‹ Mémoires éditésChapitre 235 sur 379 · LES ENFANTS D'ÉDOUARD · texte numérisé non relu

LES ENFANTS D'ÉDOUARD

Ledict roy Edouard laissa sa femme et deux beaulx filz : l’ung appellé le prince de Galles!, l’autre duc d’Yort?. Le duc de Clocestre 3, frère dudict feu roy Edouard, print le gouvernement de son nepveu le prince de Galles, lequel povoit avoir dix ans, et luy feït hommage comme à son roy et le mena à Londres, faignant le faire“ couronner, et aussi pour tirer l’autre filz de la franchise de Londres où il estoit avecques sa mère, qui avoit quelque suspicion.

Fin de compte, par le moyen d’un evesque appellé l’evesque de Bas', lequel avoit autresfois esté chancellier du roy Edouard et depuis desappoincta et tint en prison (encores en print argent), à sa delivrance il feit l’exploict dont cy-après orrez parler. Cest evesque mist en avant à ce duc de Clocestre que ledict roy Edouard, estant fort amoureux d’une dame d’Angleterre, luy promist l’espouser pourveü qu’il couchast avec elle et elle se y# consentit. Et dist cest evesque qu'il les avoit espousézÿ, et n’y avoit que luy et eulx deux. Il estoit homme de court et ne le descouvrite pas et ayda à faire taire la dame, et demoura ainsi ceste chose. Et depuis espousa le roy Edouard la fille d’ung chevalier d'Angleterre appellé monsr de Rivieres, femme vefve, qui avoit deux filz6, et aussi par amourettes.

a. le vouloir P. — b. y manque dans P. — c. descouvroit P.

1. Édouard, âgé de douze ans en 1483. Ce prince périt à la Tour de Londres le 7 août.

2. Richard, duc d’York. Ce prince périt à la Tour de Londres le 15 août 1483. La responsabilité de Richard III est controversée entre les historiens anglais.

3. Richard, duc de Glocester, frère d'Édouard IV, qui survécut à ce prince et s’empara du pouvoir le 26 juin 1483.

4. L'évêque de Bath et Wells, dont il s’agit, est Robert Stillington, chancelier de 1467 à 1473. Il ne mourut qu’en 1491 et vivait encore au moment où écrit Commynes.

5. Entendez : qu'il les avait mariés. Ce mariage clandestin est fort problématique. De plus, l'héroïne de l'aventure est discutée. On a parlé d’Éléonore Talbot ou d’une certaine Élisabeth, assez énigmatique elle-même.

6. Il s’agit de la reine Élisabeth Woodville, fille de lord Rivers,

À ceste foiz* dont je parle, cest evesque de Bas descouvrit ceste matière au ? duc de Clocestre, qui luy ayda bien à executer son mauvais vouloir. Et feït mourir ses deux nepveux et se feït roy, appellé roy Richard. Les deux filles feït declairer bastardes en plain parlement et leur fist oster les armes; et feït mourir tous les bons serviteurs de son feu frère, au moins ceux qu'il peut prendret.

Ceste cruaulté n’alla pas loing, car estant en plus grand orgueil que ne, fut cent ans avoit, roy d'Angleterre, et avoit fait mourir le duc de Bouquinghan?, et tenoit grand armée preste, Dieu luy sourdit ung ennemy qui n’avoit nulle force : c’estoit le conte de Richemont, prisonnier en Bretaigne, aujourd’huy roy d'Angleterre, de la lignée de Lenclastre, mais non pas le prochain de la couronne, quelque chose que l’on en die (au moins que j’entende) ; lequel m’a autresfoiz compté, peu avant qu'il partist de ce royaulme, que, depuis l’aage de cinq ans, il avoit esté gardé comme fugitif ou en prison‘. Ce conte de Richemont avoit esté quinze ans ou environ prisonnier en Bretaigne du duc François, dernier mort, èsquelles mains il vint par tempeste, cuydant fuyr en France, et le conte de Pennebroth 1, son oncle, avec luy. J’es-

a. À ceste heure P. — b. à ce P. — c. hermines P. — d. P seul ajoute : et entre les aultres, le grand chambellan, seigneur de Hastingues, dont j'ai parlé, et le seigneur d’Ermerez, et plusieurs autres. — e. ou en prison omis par D.

mariée d’abord à John Grey, puis, devenue veuve, à Édouard IV, qui la rencontra dans une chasse et en devint amoureux.

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