‹ Mémoires éditésChapitre 33 sur 379 · APOLOGUE DE L'OURS ET DES DEUX COMPAGNONS · texte numérisé non relu

APOLOGUE DE L'OURS ET DES DEUX COMPAGNONS

qu'il leur accreüst encores ung escot!, et que, avant deux jours, le payeroïient du tout ; car ilz prendroient cest ours qui faisoit tant de mal, dont la peau valloit beaucoup d'argent, sans les presens? qui leur seroient faictz et donnéz de toutes gens. Ledict hoste accomplit leur demande, et, quant ilz eurent disné, ilz allèrent au lieu où hantoit cest ours. Et, en approchant® de la caverne, le trouvèrent plus près d’eulx qu'ilz ne pensoient?. Ilz eurent paour et se° misrent en fuytte. L'ung gaigna ung arbre; l’autre fuyt vers la ville; le tiers, l’ours le print et le foulla fort soubz luy, en luy approchant le museau près’ de l'oreille. Le povre homme estoit couché tout plat* contre terre et faisoit le mort. Or ceste beste est de telle nature que, quant ce que elle tient, soit homme ou beste, et elle voit qu'il’ ne se remue plus, elle le laisse, cuydant qu'il soit mort. Et ainsi ledit ours laissa ce povre homme sans luy avoir faict guères de mal et se retira en sa caverne. Dès ce? que le povre homme se veït delivré, il se leva tirant vers” la ville. Son compaignon, qui estoit sur l'arbre, lequel avoit veü ce mystère, descend’ et court et crye après l’autre, qui alloit devant, qu'il l’attendist ; lequel se tourna et l’actendité. Quant ilz furent joinctz, celuy qui avoit esté sur l’arbre demanda à son compaignon par serment ce que l'ours luy avoit dit en conseil, qui si long temps luy avoit tenu le museau contre l'oreille! ; à laquelle demande" luy respondit : « I1 m'a dit" que jamais je ne marchandasse de la peau de l'ours jusques ad ce que la beste fust morteï. »

a. Comme ïilz approuchèrent M et P. — b. pensèrent P et M. — c. si se P. — d. fort près P et M.—e.à plat À.—f. dès ce qu’il P. — g. ce omis par M et P.— h. devers P. — 5. mon D. — j. descendit P. — k. attend P. — 1. si longtemps avoit tenu le museau contre son oreille À ; si longtemps lui avoit tenu le museau contre l'oreille P. — m. à quoy P. — n. il me disoit P.

1. C'est-à-dire : qu’il augmentât leur dette d’un nouvel écot.

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