‹ Mémoires éditésChapitre 43 sur 379 · FAUTES DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE · texte numérisé non relu

FAUTES DE CHARLES LE TÉMÉRAIRE

ceste forte place de Nuz, ainsi deffendue, veü que en toute sa vie n’avoit sceü trouver le royaulme d’Angleterre disposé des faire armée deça la mer, et encores qu’il congnoissoit clérement qu'ilz estoient comme inutilles aux guerres de France? Car, s’il s’en eust voulu ayder, il eust esté besoing que toute une saison il ne les eust perduz de veüe, pour leur aider à dresser? et conduyre leur armée‘ aux choses necessaires selon noz guerres de deça. Car il n’est riens plus sot ne plus mal adroit quant ilz passent, premièrement; mais, en bien peu d'espace, ilz sont très bonnes gens! et hardiz£.

I1 fist tout le contraire ; entre‘ les autres maulx, il leur fist presque perdre la raison. Et, au regard de luy/, il avoit son armée si rompue, si mal en point et si povre, qu’il ne l'osoit monstrer devant eulx : car il avoit perdu devant Nuz quatre mil hommes prenans soulde?, entre lesquelz y mourut des meilleures gens qu’il eust. Et ainsi verrez que Dieu le disposa de tous pointz à faire contre la raison de ce que son affaire requeroit, et contre ce qu'il sçavoit et entendoit mieulx que nul autre, dix ans avoit.

[2.] Comment le roy Edouard d’Angleierre passa en France et descendit à Calaix pour faire la guerre au roy et de ce qui en

a. à A.— b. à adresser et loger P. Mais B. de Mandrot attribue par erreur à À et à D la leçon pavillons à dresser, qui n'est dans aucun manuscrit. Les manuscrits À et D portent la leçon que nous

imprimons, de même que B et M. — c. leur armée omis par P. — d. très bonnes gens de guerre et hardis et saiges P ; très bonnes gens de guerre saiges et hardis M. — e. car avecques P. — f. et

au regard de omis par P et M.

1. Ce qui veut dire : car tout d’abord, quand ils passent (quand ils arrivent d'Angleterre), ils se montrent extrêmement gauches et maladroits ; mais, au bout de très peu de temps, ils deviennent d'excellents soldats.

2. Des hommes touchant une solde : autrement dit, des mercenaires.

3. Ce jugement, d’ailleurs fort juste, a été déjà formulé par Commynes. Cf. p. 14.

Commynes, II. 3

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