RAISONS DU DISPOSITIF ADOPTÉ AU PONT DE PICQUIGNY
à destroit. Et la pluspart de ceulx de dedans estoient subjectz aux partisans du duc Jehan de Bourgongne, qui pour lors regnoit. Entre ledict duc Jehan de Bourgongne et le duc d'Orléans y avoit jà eu grant different‘ et la pluspart de ce royaulme divisé par ? ces deux parties, dont le faict du roy ne valloit pas myeulx. Oncques°® parcialité ne commença en pays, que la fin n’en fut dommaigeuse et mal aisée à estaindre.
Pour ceste question dont je parle avoit jà esté tué le duc d’Orleans à Paris, unze ans“ avoit. Ledict duc Jehan avoit ung grant amatz! et alloit en intention de lever ce siège qui estoit devant Rouen ; et, pour mieulx y povoir parvenir et s'asseürer du roy?, avoit esté traicté que le roy et luy se verroient à Montereau où fault Yonne‘. Et là fut faict ung pont et unes barrières. Ou meillieu desdictes barrières®, y avoit ung petit huysset, qui fermoit de deux costéz, par lequel’ on povoit aller de l’ung costé à l’autre, mais que‘ les deux partz le voulsissent. Ainsi se trouva le roy de l’ung costé de ce pont
a. grand differance P et M. — b. pour P. — c. dont P. — d. ung an dans lous les manuscrits; mais on peut restituer unze à coup sûr, car tel devait être le texte original, ainsi que l’a observé Me Dupont (édition, t. I, p. 370) après Lenglet. — e. P donne : unes barrières ou meillieu ; mais ou meillieu des dites barrières. — 1. pour quoy P.
année ; mais Commynes n’a retenu que le millésime commun aux deux événements.
1. L’assassinat du duc d'Orléans par ordre de Jean sans Peur est du 23 novembre 1407. Quand Commynes dit que Jean avait « ung grant amatz », il faut entendre ce dernier mot au sens de « corps de troupe ».
2. En réalité, Charles VII n'était pas encore roi à cette date, mais il n’était encore que dauphin.
3. Montereau ou « Montereau-Faut-Yonne » (c’est-à-dire : où l'Yonne finit), arr. de Fontainebleau (Seine-et-Marne). L’entrevue du 10 septembre 1419, qui a rendu ce nom célèbre dans l’histoire générale, a beaucoup frappé les contemporains et la génération suivante en est restée très impressionnée. Commynes en a déjà témoigné ailleurs. Voir notre t. I, p. 83.