DU GÉNÉRAL F
Août 1871.
Le générai F. propose de limiter à deux ans la durée du service, et appuie cette proposition de l'expérience de l'Armée du Nord. Il cite par exemple une batterie de la mobile, formée au mois de septembre S qui tira son premier coup de canon sur le champ de bataille, et cependant se montra aguerrie dès sa première affaire, et tira dans la durée de la campagne jusqu'à 2.615 coups de canon.
Ce qui réduit beaucoup l'autorité de cet exemple, c'est que les fonctions de pointeurs et une partie des fonctions de conducteur (au moins, sans aucun doute, les conducteurs de derrière des pièces) c'est-à-dire les seules fonctions réellement spéciales, étaient remplies les unes par des marins, les autres par des conducteurs du génie. En tenant compte de ce détail, on voit qu'avec un noyau emprunté à nos meilleures troupes d'élite permanentes, on a pu former une batterie complétée par des hommes inexpérimentés.
Cette question, comme d'ailleurs toutes les conclusions du général F..., demanderait une longue discussion, où il me faudrait contester absolument les opinions d'un des officiers généraux les plus respectables et les plus éclairés de l'armée. Je me bornerai à une observation.
Dans l'historique de la campagne du Nord, le général
constate à chaque bataille le succès obtenu par Tarméd du Nord sur le champ de bataille ; et cependant l'insuccès stratégique est flagrant, car chafque affaire est suivie d'une retraite de notrs armée et d'une marche en avant de l'ennemi. D'où vient cette incohérence, ce résultat paradoxal? Le vainqueur recule et le vaincu avance, rançonne le pays et fait capituler les places : c'est contraire à tout ce qu'on a jamais vu, car le seul motif, la seule excuse d'une bataille engagée est le résultat stratégique qui doit en être le prix.
La raison de cette bizarrerie, la voici : c'est que l'armée du Nord était plus désorganisée par sa victoire que l'armée allemande par sa défaite. C'est que le choc de nos régimenis novices, de noire- organisation précaire, contre les vienne régiments, contre l'organisation précise et ingénieuse de l'armée prussienne, le choc seul était la ruine pour nous. La faute n'en- est certainement pas au général ni à ses courageux auxiliaires, mais il en sera de même tant que nos lois nous donneront seulement des soldats et nous refuseront les moyens dd former des militaires.
Ce n^est pas tout de conduire une armée sur le champ de bataille^ la grosse affaire est de l'en tirer.
Sans avoir peut-être formulé cette idée, les Prussiens l'ont constamment mise en pratique depuis léna ; après une bataille, vainqueurs ou vaincus, ils ont une armée.
C'est une question à examiner, de savoir si depuis Wôrth, les Prussiens ont couché une seule fois sur le champ de bataille où nous avions combattu. Ils ont toujours usé de leurs succès tactiques avec une discrétion qui semblerait incompatible avec leur caractère.