‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 18 sur 113 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Désir de dùmlasloo. — lodépendanca politique. — Les visites. ^ Patlauce. — Dea mariages mixtes. — Diana Vernon. — Le docteur philosophe. — Imprimé pour la première fols. ^ MédUance moDdaine. — Lettres de la maison. — Le professeur d'anglais. — Tendresse filiale. — Le bureau du garde, — Projets d'Amérique. — Ecrits apocryphes de .Napoléon 1". — Ecrire  l'eau de rose. — L'élégant valseur

Les dramesde Victor Hugo. — Providence. Kol, Fatalité. — Le vieux coutumler de France. — Lettre du général Bertrand. — Travaux militaires. — La tour de Sancerre. — Il faut 1 couver > les idées. — [.'histoire. — Jacques Bodliomme. — Soirée à Viarzoo, ~ Les adversaires on présence. — Simple soldat. — Départ pour Metz.

Montpellier, 33 novembre tS6B.

Ma chère Bella, je ne l'ai pas écrit depuis mon départ, et ce n'est pas que l'envie m'en ait manqué) mais comme je l'écris pour causer avec toi, je ne veux pas m'y mettre pour la bagatelle de trois ou quatre pages. et j'ai attendu d'avoir un peu de temps pour pouvoir espérer t'écrife uoe longue lettre. Heureusement notre séparation ne sera pas bien longue, et d'ici deux mois au plus tard je viendrai passer quelque temps à Melz, à moins de circonstances bien exceptionnelles.

Je sais maintenant que je ne reste pas au régiment, soit que je sois envoyé comme lieutenant dans une place, ce qui arrivera à tous mes voisins d'ancienneté, soit que je passe capitaine. C'est ce que je saurai sans doute avant un mois: le lieutenant-colonel, qui est un excellent homme et très bienveillant, m'en parlait ce matin et me conseillait fort de ne rien espérer; mais pour qu'il me parle seulement de ma nomination comme d'une chose possible, il faut que ce soit une chose probable.

Mes camarades semblent considérer aussi que du moment que le Comité avance chaque année d'un an la nomination de deux ou trois officiers au grade de capitaine, et accorde cette faveur à ceux qui occupent les premiers rangs de leur promotion, il est logique qu'il me fasse le même avantage puisque j*ai obtenu, outre mon classement, une récompense exceptionnelle dans un concours ^ ; ainsi ils verraient mon avancement sans trop de jalousie. ^

Malgré ces probabilités, je m'annonce positivement à toutes mes nouvelles connaissances comme ayant environ un an à rester dans le grade de lieutenant^ et je cherche à me pénétrer moi-même de ces grandes vérités, que la faveur des hommes est plus inconstante que l'onde, et particulièrement la faveur des Comités, que mille hasards peuvent faire échouer la proposition de mon Ijpspecteur-Général. Malgré cela, j'aurai peut-être quelque petit sentiment de déconvenue, si l'espérance dont je me laisse leurrer est trompée.

J'ai eu grand tort de m'instalier ici autrement qu'en

1. Il avait reçu en 1867 une médaille d'or de 600 francs pour un travail sur la réparation militaire des ponts, et particulièrement des ponts de chemin de fer pour les armées en campagne, mis au concours dans l'arme du génie.

passager eteo voyageur; il en résuite que j'aurai quelque ennui de m'eti aller. J'avais commencé par m'abonner au théâlre pour passer mes soirées, mais j'y vais très rarement. M. de Rouville m'a procuré Taccès de son cercle, fort agréable à cause du grand nombre de journaux et de publications qùton y trouve. Ce même . monsieur m'a invité aussi, hiei>«et les vendredis précédents, à passer la soirée cbez lui. Ce sont des réunions presque scientifiques qui ont lieu depuis 1812; on y trouve des magistrats, des professeurs, des médecins, etc., enfin tous gens graves et instruits. On voltige sur différents sujets, et après avoir parlé des déluges périodiques ou de l'unité des forces physiques, on condescend à discuter la seconde taille de la vigne ou l'influence de la sécheresse sur les diverses façons du sol; on cause sans prétention et ces sujets ne sont pas sans intérêt pour moi.

La plupart de mes soirées se passent chez moi ou chez mon voisin le mathématicien. Quand nous sommes chez moi nous faisons du thé ; chez lui, du chocolat, sur la confection duquel il me demande des conseils, et je les lui donne gravement comme si j'étais expert. Ce soir pour la première fois nous nous servons de ma lampe. J'ai acheté un joli abat-jour blanc avec des guirlandes de feuilles de chêne; iln'est peut-être pasbien joli, mais il était au milieu de roses et de tulipes si prétentieuses qu'il m'a tout à fait séduit. Ce soir Arvengas s'est joint à nous. En me voyant écrire sur cette grande feuille, il croyait que je rédigeais un mémoire.

Tu penses toujours à t'occuper d'enseignement; tu as raison sans doute, Q^ais je suis bien aise que tu mûrisses ce projet avant de le mettre à exécution. C'est quelque chose de très délicat pour une femme de se livrer à l'en-

fe

seignement sans paraître déchoir un peu et sans se mettre SOUS la dépendance de personne; je pense assez souvent à cela et je ne suis pas encore arrivé à des idées qui me satisfassent complètement. Sans doute il y a beaucoup à faire aujourd'hui pour l'enseignement des femmes ; il y a un désir d'instruction assez répandu ; il y a aussi chez les parents l'envie d'occuper leurs filles à quelque chose d'utile après leur sortie de pension, enfinil y a un bon usage à faire de sa vie en s'occupant de cet enseignement. Mais je crois qu*on peut mieux faire que de suivre les errements de mademoiselle M. et de ses pareilles qui tiennent des fabriques d'institutrices;, il y a quelque chose de plus satisfaisant, de plus con- . forme aux besoins du moment, de plus élevé comme profession.

Montpellier 21 décembre 1868.

A ses parents. (Fragment.)

Les jeunes filles dont vous me parlez, sont jeunes^ pas laides et chantent. J'ai grand'peur d'une femme qui chanterait. C'est comme si on se mariait avec une cuisinière parce qu'on aime à bien dtner. Du reste je n'ai vu ces demoiselles que très superficiellement, d'autant plus que j'ai perdu mon lorgnon vers le temps de mon arri-, vée ici et que je n'en ai pas repris. ,

Celle qui doit enchaîner mon existence ne m'est donc pas encore connue, et ce n'est pas de ma faute, car je n'aspire qu'à être enchaîné. Peut-être une des causes qui me font retarder de venir à Metz est que je connais trop bien le peu de ressources de cette localité, et que je désire, sans me l'avouer, prolonger mes investigations dans ce pays-ci.

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23 décembre. Je pars demain pour Nîmes où je vais passer quatre jours. Je ne suis pas nommé capitaine; je reste le premier à reprendre, car on en a fait 30 et je passais le 31''. D. est le seu| qui passe de ma promotion. J'aurais/mauvaise grâce à me plaindre, et je ne me laisse pas plaindre; ce serait être bien exigeant que de vouloir, deux fois dans un an, amener le quine à la loterie. Je reste à mon rang et ne suis pas lésé.

Si j'étais passé capitaine, je songeais sérieusement à donner ma démission; vous comprenez que j'y songe encore plus maintenant. Seulement, si je trouve une place avant le mois d'août, je la prendrai sans même attendre l'épaulette de capitaine que j*aurais voulu avoir. Il faut que je me fasse une carrière. Le métier de militaire n'est pas seulement contraire à mes goûts, mais surtout il a pour moi le grand défaut de me priver des droits de citoyen; j'ai des idées très nettes en politique, et je désire de tout mon cœur me mettre à leur service, ce qui m'est impossible en restant officier. De plus l'armée est exposée à être complice des différents attentats politiques dont le gouvernement ou les généraux peuvent avoir la fantaisie, et c*est un vilain jeu. Enfin c'est un métier de malheureux. Je suis capable de vivre de privation quelques années, mais je me crois assez de ressources dans l'esprit pour ne pas m'enterrer dans une profession où je n'aurai jamais que le strict nécessaire. La considération qui me retenait le plus était l'incertitude où j'étais sur mon aptitude à mener à bien un travail quelconque, à finir, à résumer et à conclure, enfin à embrasser une idée générale. L'achèvement et le succès de mon travail sur les Ponts me lire de ce doute.

J'ai fait en quatre mois, avec beaucoup de temps perdu soit par ma faute, soit par mon service, une com-

pilatioD considérable, j'ai rédigé le résultat avec netteté et j'en ai déduit des données pratiques.

Cela me semble résoudre mes doutes en ma faveur. Il me reste le regret de n'avoir pas une instruction scientifique assez complète ; mais c'est peut-être là une illusion que je fais, en regardant trop en avant et pas assez en arrière. Je suis donc résolu à devenir praticien.

Faites-moi l'amitié de me conseiller dans vos prochaines lettres. Vos conseils sont toujours les bienvenus, surtout quand il s'agit de choses aussi importantes. Conseillez-moi surtout sur les moyens d'exécution ; voyez si vous connaissez quelqu'un où quelque chose qui puisse m'aider. Vous savez que je préférerais l'Angleterre ou plutôt encore l'Amérique, parce que dans ces pays-là les affaires se traitent plus en grand et plus nettement que chez nous.

J'ai un éditeur pour mon travail, mais il ne m'offre pas d'argent ; il se charge de l'impression et me donne cinquante exemplaires. Je verrai cela en passant à Paris.

Adieu, je vous embrasse tous; merci à la petite S. pour sa jolie et bonne petite lettre.

Ecrivez vite à votre petit.

Votre fils affectionné.

24 décembre 2 heures matin.

Bourges, 27 février 1869.

Ma chère B.,

J'ai reçu avant hier votre bonne lettre ; je trouve que vous ne me répondez pas assez vite, et je te prie particulièrement d'y veiller pour ton compte et d'être plus

alerte à m'écrire. Tu dois penser que les lettres que je reçois de la maison me font grand plaisir et grand bien et que sans elles je suis tout à fait seul.

J'ai déjà écrit pour avoir sur le jeune homme à marier les renseignements qu'on vous a demandés. Il y a lieutenant du génie et lieutenant du génie comme il y a fagot et fagot; je crois que celui-là est de deuxième qualité : il sort des rangs et doit être d'un âge raisonnable. La pauvre jeune personne en est-elle réduite-là ?

Je suis bien aise que ton mal de gorge ait été sans gravité, mais je te dirai (fue je te trouve bien égoïste d'admettre un catholique et de rejeter une catholique, Surtout quand elle pousse la sympathie jusqu'à éprouver un contre-coup dès que tu as mal à la gorge. Moi je suis précisément d'avis contraire : un catholique, jamais!!... Une catholique, pourquoi pas? Aussi ai-je écrit à ce sujet à l'abbé Lapierre, mais la lettre n'est pas encore partie parce qu'elle n'est pas encore finie. J'ai été retardé par mon mémoire, que je revois avant de l'envoyer à l'éditeur. D'ailleurs, j'ai été frappé hier en pleine poitrine par un entrefilet du Figaro qui dit que le Ministre de la Guerre a défendu d'accorder aucune permission de se marier avant le mois de juillet; j'ai failli aller chercher querelle au Ministre de la Guerre, mais ce n'est probablement qu'un bruit sans consistance, que le rédacteur a reproduit pour me faire enrager.

Dimanche 28. J'ai fait dans ma journée sept à huit visites; cela me prend par boutades, et il y a des jours où je ne ferais pas une visite pour un empire; enfin, aujourd'hui, voyant que je suis ici depuis un mois et que je n'ai pas fini mes visites d'arrivée, je me suis attelé à cette besogne qui en somme, n'est pas trop désa-

gréable une fois qu'on y est. D'ailleurs c'est un bon exercice : on apprend à entrer, à sortir, à s'asseoir, à se lever toutes choses de la plus haute importance et qu'on a le tort grave de ne pas exiger pour le baccalauréat. J'arrive, je m'assieds en face de la maltresse de la maison, qui ne m'a jamais vu, et je lui dis que le temps est froid et que l'hiver a été particulièrement humide. Le maître de la maison survient et me demande de mes nouvelles ; il est tout content d'apprendre que je me porte bien, cela lui ôte un poids de sur la conscience; sans doute il craignait que je ne fusse malade.

Cependant, j'insinue dans le cours de la conversation que j'arrive à Bourges comme officier du génie, et c'est ainsi que les gens apprennent qu'il est arrivé un officier du génie lequel a cru devoir leur faire visite en arrivant. Enfin je sors d'un air souriant, en saluant et resaluant et eu m'efforçant de ne pas m'accrocher aux montants de la porte, car mon caractère naturellement timide ôte à la précision de mes démarches et me fait trouver les portes trop étroites. Chez l'ingénieur en chef,ne sachant même pas s'il est marié, je demande monsieur; on me fait monter, et on m'introduit dans un vaste salon où pour tout ingénieur, je trouve quatre dames, qui étaient chez elles et qui faisaient cercle autour du feu. Je salue à tort et à travers, sans y voir, et on m'installe dans un vaste fauteuil dont je n'ai jamais pu trouver le fond. Heureusement que ces dames étaîent de l'espèce qui cause, sans cela je ne sais pas ce que je serais devenu, mais elles causaient, je me suis appri> voisé et la visite n'a rien eu de pénible.

2 mars. Je voulais finir cette lettre hier soir, mais j'ai passé toute ma soirée à lire, sans avoir le courage de mettre la main à la plume et la plume à la main. Je

ne sais pas si je pourrai l'envoyer avant le 1" avril l'argent de ton abonnement à VEcho de la Sorbonne; en tout cas tu Pauras dans les premiers jours d'avril.

Adieu, chérie, je t'embrasse,

Ton frère affectionné.

6 mars 1869. Bourges.

' Père a découvert le vrai moyen de me faire faire toutes les folies du monde, c'est de me dire qu'il m'écrira lorsque j'aurai besoin de conseils. Je vais* donc faire en sorte de me montrer constamment dépourvu de sens commun, afin qu'il ait toujours à m'écrire.

• Déjà, en abordant le chapitre que vous savez, j'ai obtenu deux choses bien rares, d'abord une lettre du ban chéri, et puis une prompte réponse.

Que pensez-vous de Patience? Père m'engage très sérieusement à la prendre, et certainement une aussi bonne recommandation est la meilleure des garanties, d'autant plus que voici longtemps que Père prêche pour Patience. Malheureusement, Patience ne me plaît pas, et plus je la considère, plus je trouve d'incompatibilités d'humeur entre elle et moi.

Franchement j'aimerais mieux la personne à laquelle vous me défendez de penser; je ne puis croire qu'elle soit aussi dangereusement catholique que vous le dites. Beaucoup de femmes aujourd'hui sont affranchies du joug de la confession, et pour celle que je mets en cause, étant un peu « polytechnicienne » de naissance, elle ne doit pas être aussi encroûtée que le commun. Pourquoi ne pas s'en assurer? SMl n'y avait pas dès l'abord un parti-pris de résistance, si on pouvait surmonter les premières difficultés, peut-être les mauvaises chan-

ces que vous voyez seraient pour toujours conjurées. J'engage Père, ne fût-ce que par curiosité, à regarder cette jeune papiste; je sais d'avance quelle sera son, opinion : il trouvera que la mère est mieux que la fille — mais je ne puis demander la mère en mariage — le père refuserait. Quant à la fille, je lui suppose toutes les qualités, sauf d'être protestante. Vous devriez donc bien, par acquit de conscience, tâcher de la connaître un peu, et de voir si elle a effectivement des dispositions à la bigoterie, ou si elle a Tesprit libre et ferme, auquel cas vos craintes seraient mal fondées. Je n'insisterais pas comme cela si vous m'offriez autre chose que Patience, qui n'est pas du tout mon fait, pour cent rai« sons. Pour dés protestantes, ce pays-ci n'en produit pas, et je ne puis pas en aller chercher. Quant à rester garçon un an ou dix ans ou toujours, je n'en al pas encore pris mon parti, et sans doute j'ai eu tort. Si j'avais été sage, j'aurais fait comme les autres, en surmontant dès l'abord les répugnances de mon éducation première. J'en vaudrais peut-être mieux maintenant et je ne vous tourmenterais pas.

Adieu mes bon»- chers amis, je vous embrasse de tout mon cœur, vous et les enfants.

Votre fils affectionné.

Bourges, 26 mars 69.

J'ai grand tort de plaisanter, car cela vous empêche de me prendre au sérieux. Je suis bien fâché de vousmonter la tête en vous parlant de me marier, mais véritablement si vous ne voulez pas me donner une papiste, il faut me trouver une protestante ; c'est la seule concession que je puisse faire. Celle que je mets eiv

IL \km^.

question avec un regrettable entêtement me semble agréable et intelligente. Le grief, c'est qu'elle est catholique. Aimeriez-vous mieux que j'épouse la petite X***? Ni l'une ni l'autre, direz-vous; c'est fort bien, mais je veux me marier.

Si j'avais de l'argent, j'irais par le monde cherchant l'âme sœur de mon âme, mais je^ suis forcé de prendre dans ce que je connais, en passant par-dessus les détails de catholiquerie ou autres.

Quand aux motifs que j'ai de me marier vite, je ne devrais pas avoir à vous les expliquer ; vous savez que j'ai un caractère assez renfermé et assez taciturne ; je vis en moi-même et je suis obligé de faire un effort pour rentrer dans le monde; j'ai laissé ce penchant se développer sans le combattre, au point que depuis plusieurs années c'est comme une maladie morale. Vous n'êtes pas sans avoir remarqué que même avec vous je suis souvent comme si je n'y étais pas.

C'est cent fois pis quand je n'ai pour société que des camarades ou des relations encore plus superficielles. Je ne m'en serais pas inquiété si je ne trouvais pas mauvaise cette solitude factice dans laquelle je vis ; mais en vérité elle n'est pas bonne. Je m'isole, si cela continue, je deviendrai non pas original simplement, mais singulier et insociable.

Cet état de choses a des dangers et des effets fâcheux que je vois depuis longtemps et dont je ne vous expose peut-être que la moindre partie. En tous, cas, je crois de plus en plus urgent d'y apporter un remède, de m'échapper à moi-même, et je souffre avec peine que vous n'entriez pas du tout dans mes idées à cet égard; je ne crois pas me faire illusion en pensant que véritablement vous pourriez en avoir du regret. Sans doute vous devez

trouver que le mariage est un remède par trop héroïque pour me soustraire à moi-même, mais je crois que c'est là b véritable remède, et quoique prendre femme soit une grosse et dangereuse entreprise, je suis aussi en mesure de m'y exposer qu'un homme plus âgé et plus expérimenté, et je suis tout disposé à être fort reconnaissant envers la femme qui m'accepterait pour mari, et à lui donner autant d'affection que je suis capable d'en donner, c'est-à-dire beaucoup.

Vous vous faites une idée exagérée des inconvénients des mariages mixtes ; il s'en fait beaucoup, et si vous me dites qu'il y en a neuf sur dix qui ne sont pas heureux, je vous dirai qu'il en est exactement de même de ceux qui ne sont pas mixtes, seulement c'est pour d'autres motifs moins faciles à pénétrer, tandis que celui-là est un prétexte tout trouvé qui sert à rendre compte des heurts et froissements qui peuvent se produire dans un ménage.

A. Nîmes, il ne manque pas de tels mariages, et la règle que l'expérience a consacrée est que les enfants suivent la religion du père

Dimanche ^8 mars. J'étais vraiment bien enrhumé l'autre soir quand j'ai écrit ce qui précède, mais comme, après tout, c'est exact, je le laisse, quoique je regrette un peu de l'avoir écrit.

Vous avez toujours l'idée d'aller à Paris. J'aimerais mieux la petite ville dont parle Père, car Paris me fait véritablement peur ; il faut aller à Paris quand on y a affaire. D'ailleurs d'ici au moment où vous aurez à vous mettre en route, il arrivera sans doute bien des choses capables de vous fixer sur le parti à prendre ; il est probable que je ne serai plus au service.

Je suis très heureux de l'idée qu'a Marraine de de-

meurer avec nous ; je souhatte qu'elle se tienae à cette idée, car la vie nomade qu'elle mène depuis quelque temps est affligeante pour ses [amis. Il lui faut un cAezsoi un peu stable ; si elle se trouve chez elle quand elle est chez nous, elle fera bien d'y rester, ou du moins d'y passer une bonne partie de son temps.

Adieu mes chéris parents, je vous embrasse de tout mon cœur, ainsi que la bonne Marraine, B. et S; S. est la seule dont je ne voie pas l'écriture. Est-ce qu'elle a

mal à la main ?

Votre affectionné fils.

Bourges, 26 mars 1869.

A sa sœur.

Je ne sais si ta compagne, mademoiselle A., est jolie ou laide; elle est très grasse et très blonde. Je ne t'ai pas dit comment j'ai appris qu'elle était .à Saint-Denis. Le vieux conseiller prodige dont je t'ai parlé lui chantait une chanson d'une poésie primitive : les demoiselles de Saint- Denis, etc ; je serai bien aise de savoir ton avis sur cette théorie *. Quant à mademoiselle A., elle avait l'air d'adhérer aux conclusions du conseiller.

Je suis bien aise que la chérie Marraine aille bien maintenant; elle avait sans doute abusé des plaisirs de Paris, mais j'espère que le beau temps arrive et la remettra tout à fait. Surtout qu'on n'oublie pas de lui faire prendre ses caoutchoucs pour se promener ; je l'ai mouillée et enrhumée à Mâcon en allant promener avec elle

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