‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 19 sur 113 · Ce sont les demoiselles de Saint-Denis · texte numérisé non relu

Ce sont les demoiselles de Saint-Denis

Qui n'aiment que les petits maris ;

Mais quand on leur en donne des grands,

Elles les prennent joliment.

Cette vieille chanson vise les demoiselles de la ville de Saint- Denis

par un vilain temps qui s'est changé en pluie pendant que nous étions dehors. J'ai encore cela sur le cœur.

Je continue à lire Rob Boy, et ce n'est pas sans quelque difficulté à cause du grand nombre de termes écossais que je suis obligé de deviner et que la moitié du temps je ne devine pas. Il y a là-dedans une demoiselle Diana Vernonque j'aime beaucoup et qui te ressemble, seulement elle est brune ; mais elle a beaucoup de ton caractère, elle se plaint amèrement de n'être pas un garçon et paraît disposée à trouver sa destinée- la plus malheureuse du monde.

Tu ferais peut-être bien de t'occuper comme elle de quelque conspiration jacobite, ou encore de faire de l'agitation pour les élections au Corps Législatif. Quant au héros, Francis Osbaldistoue, de la maison Osbaldistone et Tresham, il m'a l'air aussi insignifiant que X. lui-même, ce qui n'empêche pas la belle jacobite de le considérer avec bienveillance.

Je ne sais comment finit le roman, mais à moins que l'auteur ne tue Diana Vernon, il me parait que cela doit finir inévitablement par un mariage milite.

Ta haine instinctive pour les mariages mixtes ne me convertit pas : songe qu'il n'y a pas un seul mariage qui ne soit mixte dans un certain sens, et où il n'y ait de différences de premier ordre dans les idées les plus importantes. Au point de vue religieux, je ne sais pas si une méthodiste ou une quakeresse vaudrait mieux qu'une catholique; le seul point important, c'est la confession, et sur ce point les catholiques qui ont mon éducation sont aussi intraitables que moi, et obtiennent gain de cause dans leur ménage. Tu me dis qu'on ne sacrifie pas ses idées; je m'imagine que si, ou plutôt que sans les sacrifier, on peut les tempérer et même les changer dans

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une certaine mesure. Tu es peut-être un peu garçon sur ce point. Tu veux qu*on recherche le plus de chances de bonheur possible ; elles se rencontrent lorsqu'on se marie à son goût, et c'est le mien ; mais eût-on assorti une union, avec toute la prévoyance et toute la sagesse possibles, on n'en est que plus exposé au malheur, car les chances^ malheureuses sont alors celles qu'on n'a pas prévues. Au contraire, quand on a prévu un obstacle, on peut mieux le tourner ou l'éviter.

Je te dirai encore que rechercher le plus de bonheur possible, pour moi, c'est me marier le plus vite possible. Bref, si on ne me contente pas, je ferai un mariage de désespoir avec quelque protestante qui remplira toutes les conditions désirables et qui me sera parfaitement indifférente, ce qui est la meilleure condition pour être malheureux.-

Je suis allé au service religieux aujourd'hui pour la première fois, car on n'en fait pas tous les dimanches. Le temple est une salle de triste apparence, les fidèles y sont clairsemés, le tout assez triste. Par bonheur il y avait un poêle et je me suis mis auprès, sans quoi ma dévotion m'eût induit dans un redoublement de rhume. Je n'ai guère remarqué qu'une jeune personne très blonde, avec une robe trop courte, comme on les porte maintenant, et des pompons dans le dos et plus bas, comme on les porte aussi, et je me disais avec désolation que c'est là ce que j'étais exposé à épouser.

Désormais je vais considérer toute protestante mariable comme un danger, un écueil et un ennemi...

Adieu, j'en écris moins long pour écrire plus souvent.

BourgflB, 3 avril 1809.

MoB cher père,

J'espère que tu ne m'en voudras pas de revenir sur un sujet qui ne te plaît guère et dont tu m'as parlé d'une manière A peu près décisive dans ton avant dernière let- Ire, celle d'un mariage avec une catholique. Je voudrais te faire valoir les raisons qui m'engagent à ne pas trop redouter un pareil mariage, tout en reconnoissant comme très certains et très graves les dangers que tu me signales.

D'abord, la personue dont il est question n'est pas « unecalholiquequelconque». Il est très probable qu'elle n'a pas été complètement entourée de catholiques superstitieux, et que sou père qui sort de l'Ecole Polytechnique et qui n'est pas encore à l'âge où certains esprits tombent dans la dévotion, doit avoir sur ces suje^-là des idées indépendantes qui pourront un jour revenir à' la fille pour la préserver des idées contraires.

De plus, elle est encore assez jeune, elle a environ dix-huit ans, et à cet âge, beaucoup d'esprits n'ont pas encore pris parti d'une manière absolue; les idées peuvent se modifier plus profondément que dans un âge plus avancé ; il pourrait eu être ainsi de ma femme, surtout avec le parti-pris de mon côté de ne pas heurter ni choquer ses idées, et de les laisser seulement se transformer autant qu'il sera possible.

Enfin, mademoiselle X"' m'a paru avoir l'esprit assez ferme et assez net; avec ces qualités et de la jeunesse, il me semble qu'on ne doit désespérer de rien.

Voilà, mon bon chéri, tout ce qui m'engage à te soumetlre de nouveau mes idées sur ce point, qui sont de demaiiiler mademoiselle X'" en mariage et de l'obtenir.

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Il vaudrait mieux sans doute épouser une protestante, mais je n'en connais pas, et je n'aurai pas d'ici longtemps l'occasion d'en connaître. Je ne puis pas m'absenter longuement pour aller à Nîmes; je ne puis même compter sur rien, le chef du génie devant changer dans très peu de temps. Je suis même exposé à remplir un intérim qui me fixerait à Bourges jusqu'à la nomination de mon nouveau chef. Il n'est donc pas possible d'aller taire à Nimss des démarches d'une issue incertaine, d'autant plus incertaine qu'aucune des jeunes Elles dont on m'a parte ne remplit aussi bien les conditions pour me plaire et pour vous plaire que la catholique dont je parle.

Celle-ci au contraire est assez jolie, son âge s'accorde avec le mien, son caractère et son instruction semblent aussi de nature à s'accorder; je trouve que ce sont là des conditions importantes, plus importantes peut-être que l'dtcord de la religion. Et encore, en allant au fond des choses, comme j'ai plus de religion et plus de tolérance que la grande majorité des jeunes gens catholiques, il me semble que j'ai moins de chances qu'eux de voir la désunion s'introduire de ce chef dans mon ménage.

J'espère que mes raisons ou mes raisonnements ne te sembleront pas trop déraisonnables et que tu ne trouveras pas mes idées inadmissibles.

Adieu mon chéri père, je t'embrasse -de tout mon

Ton fils affectionné.

Rourges, j avril )869.

Mes chers parents.

Je suis bien négligent à vous répondre, mats je vais

m'y mettre et tâcher de faire partir cette lettre demain matin. Il fait un temps absurde mêlé de soleil et de bourrasque, parfois la température de l'été, pu moment après, de la neige et du vent. Je ne sais si le temps influe sur le caractère, mais jcy ne suis boo à rien et JB m'ennuie cordialement. Nous n'avons eu jusqu'à présent qu'un beau jour tout à fait beau; j'en ai profité pour faire une promenade fort agréable, ei j'ai même trouvé le pays joli, quoiqu'on le dise fort iiid.

Je commence à m'occuper du projet de la grande caserne. Je crois que le colonel pense à présenter une autre disposition que celle qui est proposée par le Ministre, de sorte que cela diminue les chances qu'aura notre projet d'être exécuté. Cette construction dure depuis des années. Il meiarde d'être hors de tout cela. Si vous trouvez quelque débouché pour moi, n'oubliez pas de m'en faire part^ car c*est toujours une de mes grosses affaires. Une a^tre, et non moins importante, c'est toujours de me marier; mais l'autre soir, j'ai pris une feuille de ^pier toute spéciale pour exposer mes raisons sur ce jpoint, il est donc juste que je m'en taise ici. Ce qu'il y a de sûr, c'est que vous pourrez trouver de bonnes raisons à lu'opposer, comme en toutes choses, mais malheureusement les raisons, même bonnes, prouvent peu, et sont peu convaincantes, et il y a tant de chances, de hasards et d'aventures dans les entreprises de notre vie, que les mieux combinées échouent souvent. Pourquoi donc ne pas s'en fier un peu à la fortune, à sa propre volonté, aux efforts que l'on fera pour détourner les mauvaises chances? Il me semble d'ailleurs que je ne m'embarque pas absolument (( contre vents et marées, » puisqu'il n'y aurait de contraire que cette question de religion.

Je suis allé me promener ce soir le long du canal. Ce pays est coupé de canaux dans tous les sens; c'est le canal du Berry qui passe ici; les deux bords en sont élevés au-dessus de la plaine, et sont bordés de peupliers en dehors du chemin de hâlage. C'est une jolie promenade, mais le beau monde n'y vient guère, sans doute parce qu'il faut traverser pour y arriver le faubourg où sont les usines. Je n'ai rencontré que les bateaux qui descendaient le canal, traînés par des petits bourriquets, des hpmmes, des femmes ou des enfants; il y en avait un qui n'offrait pour tout équipage que deux femmes, un enfant et an âne. La béte a pour habitation une toute petite cabane au milieu du bateau, les gens une cambuse aussi petite à l'arrière. On voit la fumée de leur cuisine sortir par uu bout de tuyau. /

Je ne sais si je vous ai dit que j'ai trouvé ici un docteur philosophe, aide- major au régiment d'artillerie. Il est de Metz et s'appelle Vogier; c'est un garçon très instruit, et qui se fait, partout où il va, la réputation d*un très bon médecin. Il s'occupe d'une manière un peu spéciale de métaphysique et étudie les fonctions et les opérations du ceryeau. Comme j'aime assez ce genre de folies, nous causons de cela assez souvent; il a même écrit sur ce sujet et me communique ses cahiers, qu'il veut faire imprimer quelque jour. Je discute ses systèmes et il est content de trouver quelqu'un qui l'écoute et moi, quelqu'un avec qui discuter. Il a un système de classification des fonctions du cerveau très ingénieux et très séduisant. Tout cela lui sert à étudier la folie; il prétend que ce sont des études à vous rendre fou, mais il ne l'est pas encore.

A peu près en même temps que votre lettre, j'ai reçu de Paris l'épreuve de la première feuille de mon livre.

J'ai éprouvé quelque étonnement à me voir ainsi transformé en in-octavo, mais moins d'admiration pour moimême que je n'aurais cru. On trouve toujours ses enfants beaux, moi j*ai trouvé le mien assez laid^ cette épreuve étant un peu sale, un peu chiffonnée et ayant d'ailleurs beaucoup de fautes. Cependant c*est toujours un sentiment un peu nouveau de se trouver un auteur, surtout quand on n'en fait pas métier et qu'on n'a pas grande prétention.

Je ne peux pas aller à Nîmes, quoi que vous en disiez ; j*ai déjà cette année jeté beaucoup d'argent sur les grandes routes; j'ai. fait depuis le mois d'août dernier environ 2.500 kilomètres, et véritablement cela ne m'a pas enrichi. Aussi n'est-ce guère le moment, lorsque je pense à me lancer dans des 'aventures comme de me marier ou de quitter le génie, d'aller faire encore un millier de kilomètres, peut-être pour ne rien trouver. Je ne redoute rien aussi fort que d'épouser une femme qui ne me plût pas, et je ne veux pas m'exposer à me faire offrir quelque fille riche ou laide, ou toutes les deux à la fois, que je serais capable d'épouser, soit pour ne pas désobliger les gens, soit pour ne plus m'exposer à de pires aventures. Si nos amis avaient été gens assez habiles pour mener l'affaire sans moi et me télégraphier un matin : (( Vous, venir; parehts, consentir; maire être prévenu; » alors j'aurais tenté la chose. Mais aller au fond du Languedoc avec la chance de revenir garçon, je trouve que c'est trop loin. Du reste, c'est le Midi; c'était bon quand j'étais à Montpellier, mais maintenant je ne veux pas descendre plus bas que le Limosin, Adieu, je vous embrasse tous et vous aime de tout mon cœur.

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A sa sœuF, Mon projet de caserne avance leu çois que je suis toujours aussi pan je ne suis pas forcé de faire. Je m'r gue espérance d'avoir quelque jour mon goût. D'ailleurs ce n'est pas l des projets de caserne. T'imagines-I quart de millimètre? C'est presqui j'ai un grand nombre de quarts de rer et des lignes à dessiner qui son tance.

Tu es donc dévorée de t'envie de Il me semble qu'une fille n'est jami maison, et qu'elle n'a pas de meille sa vie que do se reudre utile dans !

rents ; A moins que les pareots soiei D'est pas noire cas, ils trouvent li leurs eofants avec eux autant que ce) leur demandent pas davantage.

Dans ton désir très louable d'avoi ne considères pas que ton état ne sei et ne te donnerait pas, selon toute:

de revenu pour compenser les demi (je ne parle pas des froissements, et( résulter pour toi et pour les tiens.

Pour nous l'argent est assez peu de c'est que nous no comptons que qui forcés. Au contraire, la tranquillité d'indépendance, le plaisir de faire nous convient sont des biens que noi coup. Il faut donc mettre en balance

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revenus et l'accroisse ment d'ennuis et de sujétions que tu donneras à mère et à loi.

Vous me demandez quelles garanties, quelles assurances j'ai? Véritablement je n'en ai aucune. Je suis trop timide pour rien demander *, et l'objel trop bien élevé pour rien dire, surtout quand on ne lui demande rien. Cependant s'il y a moyen de s'entendre sans demandes, ni réponses, ni signes, ni rien, il me semble que nous nous entendons. Apparences trompeuses sans doute, et de nulle valeur ; aussi je n'en parle que pour mémoire. Je trouve que vous devenez difficiles. Il me faut produire des pièces authentiques, il me faut savoir quels sont les moyens d'existence du sujet, etc. Je ne sais rien de tout cela et c'est à vous à rae renseigner.

Vous avez grand raison dédire que si je pouvais joindre à mes arguments la perspective d'une dot, cela rendrait peut-être notre farouche Camisard plus traitable; quoique je désespère un peu de le voir converti. Mais qui eât cru que la bonne marraine se mettrait aussi de ce bord?

Le malheur est de ne pas connaître la personne, car tous ces arguments qui sont très bons contre les papistes en général, n'ont plus aucune valeur contre chacun d'eux en particulier. Est-ce que les Masselin ne voient pas les X qui sont leurs camarades de promotion ? Estce qu'il n'y aurait pas moyen de jouer à quatre mains avec les Xf C'est si facile de jouer à quatre mains.

Vous devez finir par me trouver ennuyeux avec mes radotages. Que voulez-vous ? Je vieillis et je commence à rabâcher. Je ne parlerai plus de la chose au bon père; cela le tracasse et ne mène à rien.

1. Allusion k un désir de mariage avec une jeune fille catliolique; 11 y revenait sans cesse dans ses leltrea, et nous jugions ce dâslr irrëa 11 sable, comme la suite l'a prouvé.

Je m'en remets à vous, au hasard, à la Providence ; c'est presque renoncer.

Mes épreuves (d'imprimerie) marchent toujours.

Bourges, 9 mai 1869.

Mes chers parents.

J'ai reçu votre lettre ce soir avant dîner en rentrant de faire des visites, et je vous dirai qu'elle était impatiemment attendue, quoique vous n'ayez mis à me répondre guère plus de temps qu'à l'ordinaire, et j'en étais venu à passer à mon logement aussitôt après l'heure de chaque courrier pour voir si elle était arrivée, et comme elle n'était pas arrivée, j'allais au bureau Aroir si on ne me l'avait pas portée là. C'est que vos lettres sont à peu près la seule chose où je preuue intérêt, et que tout ce qui se passe ici me préoccupe peu, quoique cela remplisse presque toutes les minutes de toutes mes journées.

J'ai profité de mon dimanche pour faire quelques visites; j'ai trouvé tout mon monde et fait de longues visites, ce qui me convient assez lorsque je suis chez des gens qui me plaisent. J'ai vu madame Hermel que son prochain départ désole, et qui, si elle était seule, resterait certainement ici pour voir pousser son petit-fils, qui va commencer à faire ses dents, période très intéressante et qui, pour un enfant de quelques mois, est tout à fait accompli. J'ai vu aussi madame R. dont les enfants sont aussi de petits prodiges; sa petite de dix-huit mois a des dispositions étonnantes pour le piano. Décidément tous les parents que je connais ont des enfants merveilleux et ne le cachent pas. J'entre dans cette fiction sans avoir l'air étonné, car il y aurait vraiment mauvaise grâce etî manque d'humanité à faire autrement. Chez les

B., j'ai eu une représen talion d'une autre nature : quelqu'un ayant parlé du général comme d'un original, madame A. a dit : moi, je le défends toujours^ et est partie de là pour le déchirer à belles dents, lui et sa famille. J'ai beaucoup admiré ensuite l'adresse de ce début si simple et comme elle a su en profiter. Ou est tombé d'accord que mademoiselle X'**, fort jolie d'ailleurs, était une petite sotte, que la maman était sotte tout simplement, et que ces gens- là faisaient les fiers et n'avaient pas le sou, tout cela dit avec la plus grande bienveillance.

Les visites faites et votre lettre dûment lue, je suis allé dîner avec mon ancien, l'ingénieur des mines, qui avait aussi un de mes camarades de promotion, ingénieur des ponts à Saint- Amand et de passage ici; après quoi nous sommes allés faire un whist chez notre amphytriou ' avec accompagnement de musique de Wagner.

J'hésite à troubler le repos de père en lui parlant encore de m'écrire, mais je trouve vraiment que cela ne me serait ni inutile, ni désagréable. Que du moins il m'envoie une petite lettre comme extra de temps en temps, pour ajouter à mon ordinaire, d'ailleurs excellent, de mère et de Bella. S'il croit que ces dames me tiennent au courant de ce qui se passe, il se trompe ; elles suivent leur idée ou leurs idées, qui sont très bonnes, mais il y a un tas de choses qu'elles ne disent pas et que père raconterait peut-être. Quand je reçois une . lettre d'une seule personne de la famille, c'est comme un air de piano (un joli air) joué avec un doigt. Quand une partie de vous seulement m'écrit, c'est joué avec une nïain, il y a déjà progrès ; quand vous écrivez tous, alors seulement c'est de la vraie musique

Adieu mes chéris. Je vais lâcher d'écrire à marraine

et à Belia, sinon dans cette même lettre, du moins dans une très prochaine.

J'embrasse mille fois père, mère, marraine, B. et S.

Votre affectionné fils.

Bourges, 10 mai 1869.

A sa sœur.

Ma chère B., tu ne me parles que du feuilleton dans ton avant'dernière lettre, et pas un mot de la famille, ni de rien, de sorte que je trouverais presque que tu te passionnes trop pour les romans, ce que j'excuse d'ailleurs très volontiers, car j'ai le même défaut, surtout lorsque l'héroïne m'intéresse.

Tout cela dit pour entrer en matière, je suis bien fâché de vous faire perdre l'appétit, et vous suis mille fois reconnaissant du gros intérêt que vous prenez à mes aventures, ou plutôt à mes mésaventures ^ Il me reste cependant quelques détails à vous demander. La réponse de la dame est-elle une défaite polie, ou bien une raison de maman qiii s'imagine effectivement que sa fille est une enfant et qu'elle n'a rien de mieux à faire que de la couver pendant quelques années encore. Dans tous les cas, c'est un peu une réponse à côté de la question, qui était surtout le détail « protestant ». Il y a dans la dernière lettre de Bella un « jamais )> souligné dont je voudrais savoir l'origine : elle dit que ces gens ne consentiraient jamais à ce que leurs petits enfants fussent (une bonne note à Bella pour fussent) protestants. Ce jamais vient-il d'eux ou de votre idée ? Comment avez-vous su qu'ils ont une certaine fortune? Avez-vous sur eux d'autres renseignements? Pensez- vous que la jeune fille soit

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