‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 22 sur 113 · C'est ati le 9 seplemb · texte numérisé non relu

C'est ati le 9 seplemb

j'ai envoyé un exemplaire de mon ouvrage. Il m'a écrit ces jours derniers une lettre où il me dit-qu'il a lu mon travail, il m'en parle avec éloge, et ajoute qu'il a écrit aux directeurs de la Compagnie à mou sujet et qu'il espère dans quelques mois m'avoir pour collaborateur. Tout cela est un peu en l'air, mais pourrait prendre de la consistance. Il faut donc vous faire à l'idée que je pourrais à un moment donné passer en Amérique, danç des conditions qui ne seraient pas désavantageuses, et pour y rester quelque temps. C'est un déplacement du même ordre que ceux auxquels je pourrais être exposé dans ma profession actuelle ; il ne se passe pas d'année qu'il ne parte un ou deux de mes camarades pour la Cochinchine, le Sénégal, ou toute autre colonie, tandis que les Etats-Unis sont un pays très civilisé, et qui a des relations suivies avec l'Europe par les moyens de communication les plus rapides et les plus perfectionnés. Il n'y a pas de point si éloigné du continent américain d'où les chemins de fer (et je serais sur un chemin de fer) ne conduisent en moins de huit jours jusqu'aux ports de l'Atlantique, d'où la traversée pour l'Europe est une affaire de moins de quinze jours; ainsi ce n'est pas un voyage beaucoup plus long que pour aller en Crimée, et c'est quatre fois moins de temps que ne mettaient les lettres de Père pour venir de Chine.

D'ailleurs nous n'en sommes pas là: il peut se présenter d'ici six mois bien d'autres circonstances qui me retiennent ici Toute circonstance qui m'offrirait un débouché^ c*est-à-dire l'occasion de faire vite ma carrière, me retiendrait ici. Je ne liens pas du tout à m'expatrier, seulement je trouve le milieu où je suis enfermé trop restreint pour mon activité et mes connaissances, et je crois convenable d'entreprendre, autre chose.

Lorsque Père partait de Nîmes pour Rouen pour se faire soldat, c'était une entreprise beaucoup plus aventureuse que celle qui me conduirait à Memphis ou New- York.

Du' reste, je ne veux rien faire avec précipitation : les plus réelles objections qu'on puisse faire sont relatives à mes aptitudes. Ai-je assez de caractère et de vigueur pour réussir dans une carrière indépendante ? Voilà la principale question; pour mon compte, j'ai confiance, mais comme on se trompe volontiers sur soi-même, comme je n'ai jamais été soumis à des épreuves bien sérieuses, je serai très heureux d'avoir votre avis là-dessus.

Bourges, 20 janvier 1870, Minuit.

Pendant mon séjour à Paris (attention à ceci, je vous prie), j'ai présenté au journal Le Temps un article qui a paru sous la rubrique (( Variétés )) dans le numéro daté du 10.

En bouquinant les derniers Volumes publiés des œuvres de Napoléon, je me suis aperçu que deux petits traités que la commission chargée de cette publication lui attribuait, n'étaient pas de lui. Ce fait étant nouveau et pouvant être intéressant, j'en ai fait une démonstration par des raisons dont les unes sont bonnes et les autres moins bonnes, et cela m'a semblé une occasion favorable pour entrer dans la presse militante*, peut-êlre cela ne me conduira- t-il à rien du tout, peut-être celafera-t-il surgir beaucoup d'ennuis et de complications pour moi, peut-être cela me servira-t-il. Ne pouvant signer démon nom, j'ai signé du nom de Randall^. Jevous

1. Ces articles insérés par Le Temps se trouvent dans l'appendice de cet ouvrage.

Page 1