Préfet du Nord
bricatioD des armes; enfia la fabrication des cartouches pour les nouvelles armes.
Monsieur le général Bourbaki, qui commandait la région du Nord, avait entrepris la mobilisation d'une force de 22.003 hommes et 40 canons; cette armée était depuis plusieurs jours à la veille de se mettre en mouvement, mais le général est parti ce matin, emmenant avec lui tout l'état-major général du corps d'armée, ce qui désorganise tous les services. Monsieur le général Farre, chef d'élat-major du général BourbakI, a pris le commandement par intérim du corps d'armée. Monsieur Testelin paraît avoir une haute opinion de cet officier général et lui attribue Tinitiative des mesures qui ont presque réalisé la réunion d'une armée. J'ai eu l'honneur d^être présenté par M. Testelin à M. le général Farre, qui m'a montré de la bienveillance, mais m'a semblé un peu embarrassé de son autorité provisoire, de la manière de s'en servir, et de la présence d'officiers généraux plus élevés que lui dans la hiérarchie militaire. Il est surtout préoccupé de l'insuffisance des cadres d'officiers, et de l'impossibilité de remplir ces cadres en s'astreignant aux règles usuelles de la hiérarchie, dont il ne songe pas à s'écarter ; cependant cette impossibilité est aussi réelle que l'urgence de remplir les cadres.
L'époque du commandement du général Bourbaki n'a pas été sans résultats pour Vorg^nisation de la défense. Trois brigades ont été mises sur pied de mobilisation; à Lille seulement, deux régiments d'infanterie et un régiment de dragons ont été créés. Cent cinquante officiers évadés de Metz ont reçu de l'emploi et ont contribué à donner de la consistance aux cadres de l'armée. Cependant un examen sommaire m'a permis de constater que
PinfaDterie de ligne a peu de tenue et de solidité, que la cavalerie est encore plus défectueuse.
On pourrait utilement doubler le nombre de lieutenants et sous-lieutenants existant, à défaut de capitaines. La seule troupe qui paraisse solide et instruite, malgré une apparence de laisser-aller, c'est la marine, dont certaines compagnies, formées d'hommes brevetés, pourraient constituer les cadres d'un régiment entier. Jusqu'à présent on n'a songé à utiliser cette excellente infanterie que pour la défense des places.
Je joins à cette lettre, comme pièce annexe, un état sommaire de la composition de Tarmée mobilisée par le général Bourbaki.
En résumé, je pense que l'organisation et la défense de la région du Nord repose exclusivement sur l'autorité entière de monsieur Testelin et de la préfecture du département du Nord. S'il y a là des pouvoirs absolus et bien déterminés, au lieu de pouvoirs indivis et mal définis, cette région fournirait en peu de temps à la défense une armée de plus de 80.000 hommes.
J'ai l'honneur d'être.
Monsieur le Délégué,
Votre très respectueux et obéissant serviteur.