‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 38 sur 113 · L. ROSSEL · texte numérisé non relu

L. ROSSEL

Capitaine du génie en mission militaire dans la région du Nord.

, 21 novembre 1870.

A monsieur de Freycinet, Délégué au département de la Guerre.

Monsieur le Délégué, Je vous ai adressé hier, 20 novembre, par le courrier

du soir, une lettre vous informant de mon arrivée à Lille et de mes premières relations avec les autorités locales.

J'ai passé la journée d'aujourd'hui à Lille, où se centralisent tous les renseignements relatifs au département du Nord et même à toute la région. Cette ville est d'ailleurs le véritable centre d'organisation de la défense dans cette contrée, à cause des immenses ressources dont elle dispose et du bon esprit dont sont animés ses habitants.

J'ai à vous entretenir, aujourd'hui de deux objets principaux qui sont les opérations de l'armée du Nord et l'organisation militaire des forces de cette région.

Sur la nouvelle des mouvements opérés par l'ennemi entre Amiens et Compiègne, l'armée est entrée en opérations pour se porter sur la Somme, dans une position défensive, avec son avant- garde à quelque distance sur la rive gauche; les ordres du mouvement sont donnés et reçoivent sans doute en ce moment un commencement d'exécution. Ce mouvement, qui peut n'avoir pas une grande portée stratégique, est cependant un grand progrès sur l'état de choses antérieur: il nous apprendra si l'armée du Nord existe et ce qu'est cette armée.

Vous avez vu sur la pièce annexe, n* 1, jointe à ma lettre d'hier, le nombre de bataillons dont devait se composer cette armée : il y a aujourd'hui une légère modification à ce nombre, et l'armée se compose de trois brigades comprenant:

21 bataillons d'infanterie, 7 batteries d'artillerie, 4 escadrons de cavalerie.

L'exécution du mouvement projeté me mettra à même de vous renseigner sur la réalité et la mobilité de ces forces.

L'ensemble de l'organisation des forces militaires est

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tout à fait défectueux, non par la faute des autorités locales, mais par les vices et la complication de notre législation. Les conjonctures sont excessivement graves en elles-mêmes, et la variété, Piucohérence même des éléments à combiner est une difficulté dont on viendrait difficilement à bout en temps de paix. Au lieu d'une seule espèce d'infanterie, comme l'exigeraient la bonne administration de la force publique et les bonnes règles de la guerre, il y a quatre espèces de troupes à pied dont les officiers et sous-officiers servent à des titres différents, et dont on né peut pas combiner les éléments pour faciliter l'instruction et le service. L'infanterie de ligne réunit presque tous les of Çciers et sous- officiers expérimentés, presque tous les instructeurs; mais la troupe se compose en grande partie d'hommes de la dernière classe qui ne sont pas tout à fait formés. La garde mobile manque presque complètement d'officiers expérimentés aussi bien que de sous-officiers instructeurs; les hommes, plus âgés que dans l'infanterie de ligne, feront plus vite des soldats capables de résister à la fatigue. L'administration des régiments de garde mobile est tout à fait insuffisante.

En mélangeant la ligne et la mobile, on aurait une troupe plus âgée que la ligne, mieux commandée que la mobile, et sérieusement administrée. Cela peut se faire aisément par un tiercement. Les fusiliers marins dont il existe trois bataillons dans les places de cette région sont assurément nos meilleurs troupes, et pourront former le noyau d'instruction et de commandement d'un grand nombre de bataillons.

La garde nationale mobilisée n'existe pas réellement daos cette région; l'organisation en est confiée à l'autorité civile qui n'est pas compétente pour choisir les ins-

tructeurs et les chefs, non plus que pour veiller aux détails d'organisation d'une troupe dont les éléments hétérogènes devraient être fondus en une seule infanterie.

S'il m'est permis d'emprunter des exemples à l'histoire militaire, je rappellerai que les Volontaires de la Révolution ne sont devenus des troupes sérieuses qu'à l'époque de la formation des demi-brigades, qui les a mélangés à l'ancienne armée. Les volontaires ont eu Valmy, grâce à l'excellente artillerie que nous avait léguée l'ancien régime, mais ils n'auraient jamais fait Millésimo ou Rivoli. La situation est la même : les débris dOs l'armée régulière (et ils sont nombreux dans cette région) peuvent seuls enseigner aux jeunes troupes que vous levez les traditions et les détails du service. Avec de grands défauts, l'armée française avait de grandes qualités, héritage de plus d'un siècle. C'est là ce qui ne s'improvise pas. Elle seule peut apprendre à nos jeunes troupes à marcher, à camper, à se défendre efficacement contre les intempéries, la maladie, la disette. Lorsque Napoléon *, en i 811, réalisait ces miracles d'organisation et qu'il lui fallait par exemple lever 90 cohortes de gardes nationales, il en forma aussitôt, grâce aux cadres, de bons régiments d'infanterie avec de vrais officiers et de vrais instructeurs. Il savait, et il le répète constamment dans ses écrits, qu'une armée ne s'improvise pas. — 0^1 rirait au nez de celui qui voudrait improviser l'atelier le plus simple, mais on. pense sérieusement à im* proviser des régiments.

Je vous supplie, monsieur le Délégué, de prendre en sérieuse considération la nécessité, l'urgence de n'avoir

i. Il y a ici un ou deux mots que le temps a fait disparaître dans le manuscrit original (registre de copie de lettres). Je les ai remplacés de mon mieux et crois avoir conservé Je sens général de la phrase. -

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qu'une seule armée, une seule instructioD^ une seule organisatioQ.

Il y a aujourd'hui cinq armées en France; il est impossible que toutes s'organisent et qu'elles sauvent le pays.

L'heure du courrier m'oblige à renvoyer à ma prochaine lettre les documents concernant les effectifs et l'armement des places.

J'ai l'honneur d'être, monsieur le Délégué, etc.

22 novembre 1870.

A monsieur de Freycinet, Délégué au Ministère de la Guerre.

Monsieur le Délégué,

J'ai eu l'honneur de vous adresser hier, 21 novembre, par le courrier du soir, une deuxième lettre où je vous parlais de l'entrée en opérations de l'armée du Nord et de l'organisation de l'infanterie.

L'armée peut-être considérée aujourd'hui comme étant entrée en opérations préparatoires, mais ces opérations sont étrangères en elles-mêmes à l'objet de ma mission. En ce qui concerne la composition de l'armée, j'ai eu l'occasion de m 'assurer que toutes les forces inscrites sur les tableaux de composition ne sont pas immédiatement mobilisables ; les officiers accusent principalement les retards causés par le service de l'Intendance.

On doit remarquer en outre que chaque brigade se compose de bataillons de l'armée et de bataillons de gardes mobiles^ mélange qui serait très judicieux sans la variété de l'armement, consistant en fusils modèle 1866 (chassepots) pour l'armée et fusils modèle 1867 (fusils de munition transformés) pour la mobile ; d'où il résulte

rue la brigade, au lieu d'êt,re un ensemble, une unité tac- Ique, se trouve composée de troupes qu'on ne peut engager à la môme distance de l'ennemi et qu'on ne peut ravitailler de munitions avec les mômes voitures. Ce défaut, qui rend l'organisation du corps d'armée très précaire, très fragile, ne provient pas des autorités locales^ mais du système militaire adopté.

J'ai cherché aujourd'hui à connaître Tétat d'avancement de l'organisation de la garde nationale mobilisée ; j'ai pu m'assurer que tout n'est pas fini, tant s'en faut, et je ne suis pas parvenu à me rendre compte de Fétat de Farmement de cette force.

M. le Préfet m'a assuré que tout sera fait dans huit iours, mais je crois avoir reconnu qu'il tenait à ne pas me renseigner encore d'une manière positive.

La garde mobilisable du Nord, qui comprend 31.Ô00 hommes, sera armée de fusils à percussion, à l'exception de la légion de Lille qui sera armée de chasse pots et 4ont deux bataillons sur quatre ont déjà reçu leurs armes.

Les renseignements que j'ai obtenus sur l'habillement, le linge, la chaussure, l'équipement et le campement sont tout à fait bons, seulement on n'attache pas assez d'importance à la nécessité de donner aux hommes deux paires de chaussures.

Le but particulier de ma mission m'a conduit à envisager la situation particulière où se trouve la région du Nord au point de vue de la défense. Cette région, qui forme un ensemble géographique très nettement limité par les hauteurs qui bordent le bassin de l'Oise, a été presque entièrement respectée par l'ennemi jusqu'à ce jour. Théâtre perpétuel de nos guerres, elle est couverte de champs de bataille célèbres, dépositions militaires connues, et enfin de forteresses que l'on a conservées

pour constituer notre frontière contre la Belgique, mais dont l'ensemble se trouve pris à revers par l'invasion.

Il est impossible d'enlever à ce pays toutes les forces militaires qu'il contient: si on les mobilise pour les porter d'une manière permanente au principal point d'atta- \ que de la France contre les Prussiens^ la présence des forteresses désarmées ne préservera pas la région du Nord de la conquête. La garde mobile ne peut-être déplacée que si la garde nationale mobilisée est en état de tenir la campagne, et la garde nationale mobilisée ne peut à son tour quitter le pays que si la garde nationale sédentaire est fortement organisée. Ce résultat est loin, d'être obtenu, mais j'espère vous présenter un état des garnisons nécessaires et de leur répartition qui vous mettra à même de déplacer en temps utile les forces réelleipent disponibles.

Une autre difficulté est l'organisation de ces forces. J'ai cru comprendre que vous demandez à la région du Nord de fournir à la défense nationale, non seulement des corps de troupes organisés, équipés et instruits, mais plutôt une petite armée fournie de tous ses accessoires, avec son artillerie et les différents services constitués.

C'est ce qu'on a commencé; mais les difficultés deviendront de plus en plus grandes à mesure qu'on étendra cette organisation, et seront même insurmontables avec les procédés que Ton a suivis.

Pour le commandement, l'avancement régulier et hiérarchique que Ton s'efforce de conserver se refuse déjà à nous fournir des généraux.

Pour l'instruction des soldats et des cadres, l'impossibilité de verser les soldats nouveaux (gardes mobiles et ntobilisés) dans les cadres anciens rendra l'instruction de plus eu plus imparfaite dans les nouvelles troupes.

Je ne parle pas de la cavalerie à cause de l'abondance du sujet.

Pour l'artillerie, le matériel disponible dans la région consiste désormais en canons de... rayés; cette armée sera donc presque entièrement privée d'artillerie de réserve, à moins de recourir à des moyens que le corps de l'artillerie ne consentira pas à employer (emploi des forts calibres sur les cbamps de bataille) ; le harnachement des chevaux de trait montés par des conducteurs , est rare et compliqué; les canonniers-cond|icteurs sont difficiles à former et à instruire.

J'ai l'honneur d'être, etc. *

Lille, 22 novembre 1870.

A monsieur Leblanc, ingénieur des Ponts et Chaussées à Boulogne.

Lille, 22 novembre 1870.

Mon cher camarade,

Je suis envoyé en mission dans la région du Nord pour examiner les forces militaires dont on peut disposer. Une dés questions qui me préoccupent pour l'accomplissement de cette mission est l'étude des trois ports de Dunkerque, Calais et Boulogne au point de vue de l'embarquement et du débarquement rapides d'un grand nombre de troupes, et aussi aux points de vue du ravitaillement de cette région et de la défense locale.

Je ne suis pas certain, tant s'en faut, d'avoir le temps de visiter la côte, mais notre camarade Philippe m'assure que vous connaissez très spécialement cette région ; je vous serais donc sincèrement obligé si vous vouliez me donner des renseignements succincts et précis sur les questions suivantes :

1° Quel est celui des trois porls désignés [qui ofFrirait L'abri le plus assuré à une flollille de vaisseaux de transport prêts à transporter un corps d'armée de 10.000 à 30.000 hommes.

2° Quelles facilités offrent ces différents ports pour réunir des vivres en grande quantité et les conserver dans des magasins ou à bord de vaisseaux de transport.

3° Quelles facilités offrent ces ports pour l'entrée et la sortie des bâtiments do différents tonnages et pour le prompt embarquementou débarquement du personnel et de l'artillerie d'une armée.

4" Laquelle des trois localités offrirait à une armée le point d'appui ou le refuge le mieux approvisionné, le plus facile à défendre tant par la nature du terrain que par les ouvrages de fortification existants, et ayant les débouchés les plus commodes dans le pays (routes et chemin de fer).

Votre dévoué camarade, L. ROSSBL, capitaine du génie, en mission, etc.

Poste Restante à Lille.

A monsieur de Freyciuet, délégué au Ministère de la Guerre.

Monsieur le Délégua,

J'ai eu l'honneur de vous adresser, hier 22 novembre, par le courrier du soir une troisième lettre relative aux moyens d'organisation de l'armée du Nord.

Aujourd'hui le nom d' h Armée du Nord n a été abandonné pour celui de 22' corps d'armée; le mouvement entrepris s'est continué et les intentions de l'ennemi ont paru s'éclaircir.

Je terminerai cette nuit ce que je puis faire à Lille et je compte' partir demain matin pour Mézières, où existe un centre de résistance énergique, et dont les environs peuvent fournir au pays des défenseurs vigoureux.

Depuis mon arrivée qui coïncida avec le départ de M. le général Bourbaki, la situation militaire semble complètement changée. On a fait quelque chose, ce qui est un grand progrès sur l'état de stagnation où étaient auparavant les forces militaires du pays. L'organisation des nouvelles troupes s'est continuée, mais je m'aperçois de plus en plus que la mobilisation du premier ban de la garde-nationale sédentaire subira encore d'assez longs retards^ et que ce premier ban ne sera pas disponible pour la guerre aussitôt après sa mobilisation. Ces défauts tiennent à une erreur presque universelle aujourd'hui en ce qui concerne la levée et l'organisation des troupes : on s'imagine qu'il faut d'abord habiller et armer les nouvelles levées, et ensuite les réunir, tandis qu'il faudrait les réunir avant de les habiller et de les armer. On considère comme perdu le temps que ces levées passeraient dans les cantonnement ou les casernes avant d'être armées, ce qui est une grande erreur ; ce temps est consacré à des détails d'administration et d'instruction, dont on n'a pas le loisir de s'occuper lorsque la troupe est armée.

Le système [actuel fait bénéficier les intérêts privés de vingt ou vingt-cinq jours de travail tout au plus, et porte un dommage bien plus considérable à l'intérêt public. Les exercices militaires auxquels sont astreints les hommes du premier ban dans leurs communes sont bons tout au plus à former des miliciens ; l'instruction qu'ils recevraient dans les casernes serait beaucoup plus efficace et ébaucherait des soldats. L'opinion de Napoléon sur la réunion des hommes de recrue dans les dépôts est for-

melle; on la trouve exprimée nettement en plusieurs endroits de sa correspondance, et plus nettement encore peut-être dans ses Notes critiques sur l'ouvrage du général Rogniet, notes dont ne sauraient trop se pénétrer tous ceux qui s'occupent d'organisation militaire et que vous trouverez soit dans le VIP volume de ses Mémoires^ soit dans le XXXI^ volume de sa Correspondance récemment publiée.

En évitant cette réunion dans les dépôts, on réalise une petite économie, mais cette petite économie est largement soldée par la désorganisation de la troupe après un échec ou quelques jours de souffrance.

J'esquisse seulement dans ces lettres les principaux traits de mes observations; à mon retour de mission je vous présenterai, si vous le jugez utile, un mémoire détaillé où j'indiquerai les moyens que je crois propres à éviter les pertes de temps et la désorganisation.

Je me suis attaché aujourd'hui à voir les troupes de la Marine, qui sont un des plus solides éléments d'organisation dont nous disposions. Ce sont de vieilles troupes, ayai^; de bonnes traditions; le soldat est instruit, laborieux, obéissant, rompu à la discipline. L'officier est au-dessus de l'éloge que je pourrais en faire; seulement les cadres de sous-officiers ne participent en rien à la dignité et aux sentiments élevés des officiers. Employer de semblables troupes comme bataillons de garnison ou comme infanterie de ligne est un gaspillage manifeste : par exemple un lieutenant de vaisseau, qui commande en mer un aviso de guerre, une corvette, qui a un sentiment élevé de sa responsabilité et l'habitude du commandement absolu, n'est pas à sa place lorsqu'il commande une compagnie d'infanterie, dans la main de son chef de bataillon.

â43 MÉMOIRES DE LOUIS ^QSSEL

Ces vicieuses habitudes d^administration qui nous ont perdus jusqu'ici persistent dans bien des endroits. On a ' formé deux batteries de marins pour l'armée du Nord : suivant les habitudes du corps de l'Artillerie, on a fourni les cadres de ces batteries, non compris les conducteurs, de trois officiers de vaisseau, six seconds maîtres et huit appointés, tandis qu'en revenant aux sains principes d'organisation de Tartillerie, tels qu'ils étaient suivis dans les grandes guerres de la Révolution et de l'Empire, mais qui sont dès longtemps oubliés, il aurait suffi de deux officiers de vaisseau, un adjudant, trois seconds maîtres et trois appointés. Ces principes d'organisation du personnel d'artillerie sont complètement exposés dans l'Aide-Mémoire du général Gassendi.

Ainsi il y a dans l'organisation improvisée qui se fait aujourd'hui beaucoup de ce qu'on pourrait nommer des malfaçons \ les défauts qui en résultent ne sont pas immédiatement visibles, mais on les découvre à Vuser.

J'ai l'honneur d'être.

Monsieur le délégué, etc.

Lill^, 23 novembre 1810.

p. 'S, L'heure avancée me porte à croire que cette lettre ne pourra pas partir par le courrier de ce soir.

24 novembre 1870.

A monsieur de Freycinet, délégué au Ministère de la Guerre.

Monsieur le Délégué,

J'ai eu l'honneur de vous adresser hier 23 une quatrième lettre relative à certains détails importants d'organisation. Je comptais arriver aujourd'hui à Mézières, mais je suis forcé de passer la nuit à Anor, qui est la

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deruière station desservie par les chemins de fer français ; je compte poursuivre ma route par Chimay et Vireux et repartir de Mézières dans la soirée, en prenant cette fois les cbemins de fer Belges, qui me conduiront beaucoup plus vite.

La lenteur et la faible organisation du service des chemins de fer français est particulièrement pénible à considérer au point de vue que vous m'avez chargé d'étudier. Il était permis d'espérer que le magnifique réseau de nos chemins de fer serait une puissante ressource stratégique ; il n'en est rien, malgré l'abondance du matériel roulant et du matériel moteur.

Le moindre mouvement de troupes est une cause de retard. Eu s'occupant activement de conserver et de développer la puissance de transport de nos chemins de fer, on augmenterait beaucoup la puissance militaire dti* pays, surtout dans cette région, à cause de l'abondance des places et postes fortifiés, dont les garnisons seraient plus facilement rendues disponibles.

Le village d'Anor est gardé par le 1" bataillon de gardes mobiles des Ardennes, qui a fait longtemps le service à Givet et qui parait bon.

Il est remplacé à Givet par la garde mobilisée du premier ban, qui est formée depuis trois semaines, et le deuxième ban est déjà averti de se tenir prêt au départ. L'organisation militaire de ce département est donc beaucoup plus avancée que celle du département du Nord. J'ai l'honneur d'èlre, Monsieur le délégué.

Voire très respectueux et obéissant serviteur.

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