L. ROSSEL
Capitaine du génie en mission mil ire dans la région du Nor
ille, £7 novembre 1870 et 2S novembre, 2 heures da matin.
2& novembre iilû.
A Monsieur de Preycinet, Délégué au Ministère de la Guerre.
Monsieur le Délégué,
J'ai eu l'honneur de vous adresser de Lille, hier dans la nuit, une septième lettre qui n'est partie que par le courrier de ce malin. Aujourd'hui, j'ai quitté Lilleaprès avoir appris le malheur <' i 23" corps ou Armée du , Nord, et avoir cherché à c nnaltre la direction de re- " traite des iroupes. Je me sui rendu à Douai, chef-lieu de la direction d'Artillerie de es départements, où j'ai vu Monsieur le gént^ral Treuilt de Beaulieu, le Sous- Préfet et le Maire.
Monsieur le général Treuille a bien voulu m'entretenir des questions d'artillerie dont il s'occupe. Je n'ai pas rencontré jusqu'à présent, dans ma mission, d'homme d'une supériorité aussi caractérisée et aussi sûre d'ellemême; malheureusementson temps est en partie absorbé par les détails du commandement d'une place.
Monsieur le général Treuille, en ce qui concerne l'armement de la région du Nord, pense qu'on ne doit pas chercher à utiliser les ressources locales pour la fabrication, mais qu'il faut s'adresser aux industries déjà outillées, soit à l'étranger, soit en France à Saint- Etienne pour les armes portatives, à Ruelle et à Nantes pour les canons ; il est convaincu que les méthodes de transformation des armes et les outillages de fabrication ne s'improvisent pas. Cependant il me paraît que luimême, s'il avait le temps d'y appliquer son esprit, improviserait méthodes et outillages.
La garde nationale mobilisée commence aujourd'hui à se mettre en mouvement, c'est-à-dire que l'on réunit les hommes non habillés et non armés encore. La Préfecture de Lille assure que les vêlements, les différents effets et les armes sont prêts, ce dont je doute un peu en ce qui concerne les armes; mais ce qui vaut mieux, c'est qu'un officier qui m'a paru actif et énergique, a pris aujourd'hui à Lille la direction effective avec le titre de général. J'ai eu l'occasion de l'entretenir quel- \ques instants et, comme tout le monde, il s'est plaint des difficultés que l'Intendance apporte au service, mais il m'a paru disposé à ne pas s'arrêter à ces difficultés.
On commence à parler de la défaite d'Amiens; j'ai vu aujourd'hui un officier supérieur, M. le Commandant Giovanelli, qui y avait été blessé.
Ses discours m'ont induit à croire 'que cette armée a été battue à cause du mauvais choix de ses positions, trop étendues pour l'effectif. C'étaient en effet des positions de cantonnement, toujours plus larges que des camps, et qu'on ne devrait jamais garder en présence d'un ennemi qui entre en opérations réglées. Mais la difficulté de camper et de s'agglomérer est une difficulté
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d'administration (plus qu'une difficulté militaire) que les chefs de cette armée n'ont peut-être pas pu surmonter. Enfin le défaut de cavalerie était cause qu'on ne pouvait s'éclairer au loin et prendre des dispositions pour accepter ou refuser le combat, ou en diriger l'issue. J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Délégué,
Votre très respectueux et obéissant serviteur.