‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 47 sur 113 · LA LUTTE A OUTRANCE · texte numérisé non relu

LA LUTTE A OUTRANCE

La défense à outrance, la continuation de la lutte jusqu'à la victoire n'est pas une utopie ; ce n'est pas une erreur., La France possède encore un immense matériel de guerre, un grand nombre de soldats ; la ligne de la •Loire, qui est une excellente frontière, est à peine entamée tant que Bourges n'est pas perdu ; mais fût-elle acquise à l'ennemi, l'attaque des provinces méridionales devient difficile à cause du massif de l'Auvetgne qui oblige l'ennemi à partager ses efforts entre Lyon et Bordeaux. Un échec sur l'une de ses deux lignes les dégage toutes deux.

En thèse générale, la défense à outrance ne peut pas être nuisible à un peuple. L'erreur que nous commettons en faisant la paix est la même qui a perdu Carthage; un peuple riche et un peu sceptique est toujours sollicité à commettre cette faute ; son vainqueur n'a plus alors qu'à l'exploiter doucement jusqu'à ruine complète.

Au contraire, la résistance a souvent des chances heureuses. Rappelez- vous la bataille de Cannes ; ki conquête de la Hollande par Louis XIV, à la tête de quatre armées les plus puissantes de l'Europe^ commandées par Turenne et Coudé; l'envahissement de l'Espagne par Napoléon en* 1808 ; voilà trois situations qui étaient, et de beaucoup, plus désespérées, plus accablantes, qui laissaient bien moins de chances à une issue honorable que notre situation après la prise de Paris. Cependant toutes trois ont été heureuses, et ce n'est pas un effet

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sions m'ont été fort utiles pour le voyage, et je n'avais plus faim du tout en arrivant chez mes hôtes. Le quartier général envoyait dépêche sur dépêche pour me réclamer ; j'y suis allé le soir même, et j'y ai couché et déjeûné. Me voilà donc pour huii jours encore chez les de Lacour ; j'en suis honteux et confus, mais je ne puis aller à l'hôtel sans leur faire affront. Les mobilisés sont licenciés, mes officiers se dispersent et retournent chacun à sa chacunière ; j'en garde seulement deux pour les écritures et les comptes. - *

J'ai relu hier mes notes de Metz, cela m'a fort intéressé, je vous soupçonne de n'avoir pas osé envoyer au journal mon entretien avec Bazaine parce que vous étiez confus de me voir tant de duplicité.

Adieu mes bons parents et mes chéries pe.tites sœurs, je vous embrasse et je vous aime de tout mon cœur.

Votre fils affectionné.

Camp de Nevers, 13 mars 1871.

A sa grand'mère.

Ma bonne Marraine,

J'ai été bien heureux de recevoir ta lettre et tu es vraiment bien bonne de m'écrire, car c'est moi qui devrais t'écrire, et souvent. Mais je suis occupé et préoccupé. Occupé de mon service, préoccupé de l'avenir de mon pays, que j'aime un peu malgré son indignité.

Tu sais sans doute maintenant que mère 'est enfin à Paris. Par le plus heureux des hasards, j'y étais arrivé la veille et j'y ai passé trois jours. Ainsi nous nous sommes trouvés tous réunis, ce qui n'arrivera pas à toutes les familles françaises.

J'ai encore huit jours au moins à passer à Nevers. Je

'f'itr"^'^'

suis logé et hébergé chez d'excellentes gens, le directeur des contributions indirectes, dont le fils est sous-lieulenaut sous mes ordres.

Adieu, ma bien chère marraine, je l'embrasse et je t'aime toujours autant.

Ton affectionné filleul.

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