‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 56 sur 113 · LA SOLDE · texte numérisé non relu

LA SOLDE

La question de la solde de la garde nationale a été une des grosses questions dans la RévolutioQ de Paris. On

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n'a pas réussi à organiser le contrôle des fonds^ et l'argent du public a constamment été au pillage. La plèbe était aux gages de la Révolution, qui n'a pas osé chasser les serviteurs inutiles.

Il fallait payer le service fait^ et conformer les prestations et la solde aux tarifs militaires convenablement modifiés; il fallait rompre avec les vices du système précédent, remettre aux municipalités tout ce qui était bienfaisance, quitte à organiser cette bienfaisance avec libéralité, et n'attribuer la solde qu'aux services effectifs.

La Commune a voulu entrer dans la peau du défunt gouvernement : elle a eu son ministère des finances, son ministère de la guerre, son intendance générale. Tout cela était mauvais en principe, plus mauvais encore poiir elle, tout cela l'a mal servie.

Est-il vrai que le Peuple de Paris combattît « pour les trente sous? » Le Comité central et la Commune Pont cru ; ils ont cru du moins qu'il ne combattrait pas sans les trente sous. Ils se trompaient: le peuple de Paris combattait pour la Liquidation sociale, ce problème dont l'histoire ne donne pas la solution et que les abstracteurs de quintessence n'ont pas renoncé à chercher. Les chefs de la Révolution ont été indignes de l'armée de la Révolution; ils ont eu peur d'elle, ils l'ont menée au cabaret et aux mauvais lieux, et ont achevé la dissolution morale qu'ils auraient pu vaincre.

28 mai — 11 heures et demie du soir.

Dans les derniers joitrs de leur domination les fédérés ont usé avec un sans façon tout révolutionnaire de la propriété privée autant que de la propriété publique. Les marchands de vin, les boulangers^ les épiciers ont

été réquisitionnés à fond ; il y a des magasins qui ne rouvrent pas, faute de denrées.

Les vainqueurs ont fait fermer les marchands de vin. Le marchand de vin est un club en permanence ; c'est là que les gardes nationaux aimaient à s'épancher, c'est un peu là que les révolutions se confectionnent ; il s'y fait un constant échange d'idées, échange profitable surtout au mercanti. Le marchand de vin est comme un bureau d'esprit public à l'usage de la démocratie ; mais si les révolutions s'y élaborent, elles s'y démolissent aussi; c'est là que l'émeutier contracte cette indépendance nonchalante, cette confiance dans sa force et dans son jugement qui se substituent bientôt au sentiment du devoir, à l'esprit de sacrifice qui ont pu l'animer aux premiers moments de la lutte et qui ne se retrouvent plus que dans quelques crises suprêmes.

Il ne faut pas oublier, en étudiant nos révolutions, que le peuple veut quelque chose et qu'il sait ce qu'il veut. Il a toute la puissance des forces naturelles, et peut-être n'est-il pas inconscient comme elles. Depuis quatrevingts ans, le peuple français se soulève périodiquement en immenses marées; il enveloppe tout, il couvre tout d'écume et de sable, il brise tout ce qui s'oppose à son courant impétueux, mais bientôt il retombe, assoupi et comme vaincu, au pied du rocher qui limitait ses flots. Il semble que le rocher ait été plus puissant que la vague; qui l'emporte à la fin, cependant, de la vague ou du rocher?

La suffisance, l'indiscipline et l'ivrognerie ont été les compagnons de guerre de l'armée française dans la guerre de 1870, et de la garde nationale de Paris dans la révolution de 1871. L'une et l'autre ont péri misérablement.

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Les gens qui ont conduit la Révolution du 18 mars semblent ne l'avoir considérée que comme une immense goguette. Pour le garde national, c'était Taffaire des trente sous par jour ; les comités de légion exploitaiient la chose en boîtes de conserves alimentaires et en mètres courants de galon. Le Comité central de la fédération était le défenseur de ces beaux privilèges ; on y risquait Torgie et le Champagne, et tout. Félix Pyat se payait la maison de Thiers, Courbet abattait

la colonne. Trahit sua quemque D'ailleurs nul souci

de l'avenir, nul souci de la victoire.

28 mai.

La défaite de la Révolution de Paris n'est peut-être pas un malheur pour la démocratie. C'est un combat d'avant-garde, mal engagé et perdu, mais les réserves n'ont pas donné, le corps de bataille même n'est pas compromis. Plus d'un démocrate sérieux a combattu . avec la Commune de Paris ; beaucoup l'ont abandonnée aux différentes étapes de sa carrière insensée ; les plus vigoureux n'ont pas paru dans l'arène. *^

La victoire, à la vérité, va être exploitée d'abord par le parti le plus extrême parmi les vainqueurs : c'est Tusage. Déjà l'on fusille à outrance sur les places et l'on chante des actions de grâce dans les Eglises, mais l'exercice même de la victoire va user l'extrême droite.

Ainsi le terrain va se trouver déblayé d'une part de l'ivrognerie démagogique des Parisiens, constamment funeste à Ik cause qu'elle a prétendu servir, d'autre part du parti blanc qui va exploiter la victoire « à s'en faire mourir ».

Il est merveilleux d'examiner combien ce peuple intempérant qui se soulève à Paris d'époque en époque a

été constamment nuisible aux vrais intérêts de la démocratie. Les prétendues révolutions de 1830, de 1848, de 1871 ont été immédiatement exploitées par des indignes ou des incapables, et ont constamment faussé nos institutions dans un sens qui n'a rien de démocratique. ~"

L'Internationale n'a pas sérieusement donné dans la Révolution de Paris ; elle envoyait, dit-on, de l'argent (la Commune n'en a jamais parlé), mais ce n'était évidemment qu'une minorité très effacée dans le gouvernement de Paris.

Le Comité central a toujours été très exclusif. C'est quelquefois une force ; ce fut pour lui et pour la Révolution une cause de faiblesse. Il n'a pas cherché à s'assimiler les forces révolutionnaires qui existaient en dehors de lui ; il les a exclues et combattues avec une étroitesse de jugement qui était sa condamnation. Vaincu par sa propre incapacité, il a fait faire les élections au moment où la victoire était loin d'être assurée. Ayant une fois remis à la Commune le soin d'achever la révolution, il n'a confié aucun pouvoir à la nouvelle assemblée et n'a quitté que les positions d'où il était chassé. Le Comité central s'est perpétué à l'Hôtel de Ville, le Comité d'artillerie, de même les sous-comités, ont continué à ea?/9/oi7er l'administration des arrondissements. Il a fallu mettre tout cela à la porte ; le 10 avril, les délégués de la Commune pour l'administration locale n'étaient par encore maîtres des mairies.

28 mai.

La mort de Raoul Rigault est confirmée. Jaroslaw Dombrowski a, dit-on, été frappé d'une balle qui a traversé les intestins. Transporté d'abord à Lariboisière,

puis à l'Hôtel de Ville, il a rapidement succombé à une péritonite aigûe. On affirme également la mort de Ladislas Dombrowski. La Petite Presse, du 59 mai, racontait la découverte du corps de Delescluze et parlait en termes désobligeants de ce vieillard qui a si longuement souffert et qui s'est dévoué à sa caudC jusqu'à la dernière* heure, malgré sa faiblesse physique, ses souffrances, ses infirmités.

Raoul Rigault avait, dit-on, de grandes aptitudes. Quoi qu'il en soit, il aurait dû, pour servir utilement sa cause, ajourner la débauche et le temps perdu. 11 a mené à la Préfecture de Police l'existence scandaleuse d'un viveur dépensier, entouré d'inutiles, consacrant à la débauche une grande part de son temps.

J. Dombrowski n'a jamais joué franc jeu : il a accepté des avances du Comité de salut public, de l'Assemblée des chefs de légion, en même temps qu'il obéissait à la Délégation de la guerre. Ces intrigues ont été plus d'une fois nuisibles à la défense.

Ladislas Dombrowski était un brave soldat.

Delescluze, s'il n'avait pas été affaibli par l'âge et par la maladie, aurait peut-être été l'homme de la Révolution. Il a marqué son arrivée au Ministère de la guerre par plusieurs mesures heureuses qui auraient pu remettre de l'ordre dans le gouvernement des affaires militaires. Quant aux questions techniques, il y était absolument étranger. Il ne paraît pas non plus qu'il fût administrateur. Tout considéré, c'était un homme usé. Le 9 mars il s'était relevé de quinze jours de maladie : une longue déportation avait ruiné sa santé, il ne parlait plus, il respirait à peine; c'était un cadavre ambulant. L'acceptation du pouvoir était le sacrifice des misérables restes de sa vie, et cependant

UÉMOIRBS DE LOUIS KOSSEL

.; il accepta de la majorité de U Commune, faisait pus partie, mais qu'il dominait de la de soa passé, un rôle impossible, condamné et daus lequel il ne fut pus soutenu. Il est rière une barricade, mais déjà ii avait suci tâche. On a retrouvé sou eorps défiguré par se brûlure que lui avait faîte au cou une poui d'une maison voisine. Les vainqueurs trouaroles pour insulter sa mort.

t était grand, îl avait peut-être quarante-qua- ) teint blanc, la barbe et les cheveux noirs,

bellâtre. 11 avait dû être un garçon à bonnes U avait la faconde du journaliste et savait s de propos une déclaration de principes. Son it très nette, sa rédaction beaucoup moins, ce it les analystes qui prétejident juger l'homme riture. Le caractère de Cluseret manquaitsur- ;tteté, et sou esprit de décision. Il ne paraît iût ni principes fixes, ni connaissances appro~ i expérience sérieuse.

leut-ètre un bon et intelligent capitaine d'infaut-être les hasards qu'il a subis depuis qu'il armée française ont-ils amolli son caractère rer son esprit. Jeune homme distingué, il mu un homme médiocre. Hien n'est plus iqne que sa carrière de général aux Etats-

avait servi peu de temps, et dans un corps lent décrié sous le rapport de lu conduite au-^ le la valeur militaire. Le choix de ce chef a jommune dans tous les Etats-Unis. Délégué :, il n'a pas su vouloir, ni continuer ce qu'une

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