QUELQUES ANECDOTES SUR LA PRJSE DE PARIS
A la gare de Strasbourg, une femme fut amenée prisonnTère par un artilleur qui l'accusait d'avoir mis le feu à des canons. C'était une grande et belle femme, proprement vêtue, une ouvrière, et non une gourgandine. Conduite à un officier, elle fut remise à deux caporaux, dont un à moitié ivre, qui la poussèrent vers le corps de garde et là, lorsqu'elle fut entrée, on la tua d'un coup de fusil par derrière, sans l'avoir prévenue de son sort. Son cadavre fut l'objet des plaisanteries des soldats jusqu'à ce qu'un des employés de U gare le fît recouvrir.
U y avait dans le même quartier, pendant la lutte un gamin d'une quinzaine d'années, armé d'un fusil qui tirait des fenêtres sur la troupe. Tous ses coups portaient. Il arborait à la fenêtre dont il avait fait son quartier général un petit drapeau rouge, et le transportait avec lui lorsqu'il changeait de fenêtre.
Les exécutions sommaires sont à peu près arrêtées. On dit que cet arrêt est dû au général Ladmirault, et contraire aux idées du maréchal Mac-Mahon. Ladmirault aurait même menacé de faire fusiller des officiers qui auraient pris des ordres directs du maréchal. Le fait est qu'à un moment donné, la vie d'un chacun était à la merci d'un sergent.
Les exécutions régulières se font après un examen sommaire devant une Cour martiale. Lorsqu'il y a condamnation, l'exécution se fait à peu près dans les formes de ce que l'histoire a appelé les massacres de septembre 1792.
Un aveu qui pourra être exploité pour la défense des vaincus se trouve dans une dépêche de Thiers à la pro-
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vince, en date du 27 mai, 7 h. 15 du soir. « Le commandant Ségoyer, du 26* de chasseurs à pied, s'étant trop avancé, a été pris par les scélérats qui défendaient la Bastille, et, sans respect des lois de la guerre^ a été immédiatement fusillé.»
Delescluze s'est fait tuer après l'abandon de la barricade où il se trouvait. Il a été frappé d'une balle au cœur.
Le Temps du 30 mai contient de précieux renseignements sur la prise de Paris. Dimanche soir, '21, les corps des généraux Douai, de Cissey, Vinoy étaient à Paris. Le Trocadéro fut enlevé dans la nui t ainsi que l'Arc de Triomphe, en même temps que le 15® arrondissement. Le lundi matin 22, de Cissey occupait le Champ de Mars et marchait vers le Panthéon. Sur la rive droite, le corps de Vinoy s'appuyait à la Seine, puis venait celui de Douai et, à l'extrême gauche, celui de Clinehant. Le mardi 23, la caserne de la Pépinière et la gare Saint- Lazare, Monceau et les BatignoUes étaient emportés. En même temps que l'armée se développait à l'intérieur, la division Montaudon s'avançait dans la zone neutre par Saint-Ouen. Le 23, Ladmirault occupe la gare du Nord, la mairie du 18° arrondissement est également prise.
La prise d'armes de la Commune a forcé la France à demeurer les armes à la main. Ladmirault, de Cissey, du Barrail ont été portés à de grands commandements; depuis longtemps les sincères amis de la patrie avaient les yeux fixés sur ces officiers. Il n'a pas fallu moins de deux révolutions et la pressante nécessité du Siège de Paris pour que le général Fournier fût appelé à jouer un rôle militaire ; jamais l'armée des vaincus de
4870 n'aurait toléré l'élévation d^e cet homme de science et de commandement. C'est lui, selon toute probabilité qui a pris Paris.
Parmi les chefs de corps d'armée de la guerre civile, il n'y a guère que X*** qui ait fait preuve d'incapacité notoire : que l'on compare ces noms à ceux de l'armée de Metz
Lo soldat ne s'est pas fait ; on l'a nourri de l'espoir d'une prompte libération, ce qui détruit tous les liens de l'armée, et brise par avance la solidarité et l'émulation. L'officier s'est battu, mais on ne peut pas espérer que sa victoire sur un ennemi igiioranf ait profité à ses connaissances. Deux mois de défaîtes contre les Prussiens auraient mieux valu pour l'armée française que deux mois de succès contre la Commune.
En promettant la libération au soldat à l'échéance du siège de Paris, les réactionnaires ont servi la liberté.
30 mai.
Voici quelques notes qui retracent l'esprit de la répression exercée par les vainqueurs sur les partisans de la Commune, elles sont découpées dans la Petite Presse du 31 mai.
(( On voyait, hier, sur la Seine une longue traînée de sang suivant le fil de l'eau et passant sous la dernière arche, du côté des Tuileries. Cette traînée de sang ne discontinuait pas. »
Sous le titre « Les Furies, » le même journal publie le fait suivant : (( Rue de Bretagne, une femme passait « près d'un groupé de soldats ; elle se mit à les apos- « iropher violemment, les appellant assassins. L'officier (( qui commandait le poste, tire son sabre et laboure la
(( figure de la mégère ; elle a été achevée à coups de (( baïonnette. »
Il faut lire aussi l'exécution de Dereure, racontée par Paris- Journal, C'est effrayant de sans-façon.
Les officiers se plaisent à jouer uri*rôle dans les meurtres; les règlements militaires ont cependant pris soin de leur refuser toute part active aux exécutions. Tantôt c'est un officier qui donne le coup de grâce à un supplicié, tantôt un autre qui brûle la cervelle à un fuyard; mais le plus distingué est certainement, et de beaucoup, celui qui frappe de son sabre au visage une femme qui l'a insulté. Les journaux racontent tout cela sans colère, je me trompe, avec une vive colère contre les victimes.
« Une Cour martiale est installée au théâtre du Châ- )) telet, dans le foyer du public. Elle est présidée par » un lieutenant-colonel. Les individus reconnus cou- )) pables et condamnés à la peine de mort sont con- )) duits à la caserne Lobau, derrière l'Hôtel de Ville,
sous l'escorte d'un piquet du 10® chasseurs à pied. )) Des pelotons d'exécution attendent les condamnés )) dans la cour de la caserne et justice est faite aussitôt )) qu'ils y entrent. »
Voici une autre note, extraite du Journal de Paris, et qui a paru dans plusieurs feuilles : « Voici comment )) a procédé pendant la lutte la Cour martiale établie )) au Luxembourg et présidée par un officier supérieur )) de gendarmerie : tout accusé subit un interrogatoire )) sommaire, après lequel le président prononce la sen- )) tence. Si le coupable est déclaré ordinaire y on le )) reconduit en prison et de là il est dirigé sur Satory; )) si au contraire il est déclaré classé^ on l'amène )) dans une salle voisine où il lui est permis de s'en-
)> tretenir quelques instants avec un prêtre avant d'être
)) exécuté. ))
30 mai.
La circulaire de Jules Favre relativement à l'extradition est d'un gouvernement de fous, aussi bien que le sanglant système de la répression. Les procédés de la Commune à l'égard de ses otages et en ce qui concerne les monuments sont des procédés de guerre, extrêmes, mais réguliers. L'incendie du Louvre nae scandalise beaucoup moins que l'incendie de 6azeilles> et ciependant Monsieur Jules Favre serait mal venu de demander, à l'occasion de l'affaire de Bazeilles, l'extradition de l'empereur Guillaume. La demande d'extradition n'est pas fondée endroit; refuser à l'insurrection de Paris le caractère politique est un sophisme que notre illustre rhéteur pouvait seul aventurer.
(( On nous assure, dit le Siècle du 30 mai, que les )) exécutions sommaires ont cessé ce matin, sauf en ce )) qui concerne les membres de la Commune, lesnncen- )) diaires et les soldats pris dans les rangs des insur- » gés. ))
Pourquoi cette exception en faveur des membres de la Commune? Je sui^loin de me faire leur apôtre, ayant toujours été leur adversaire, mais comment juger l'insurrection après avoir au préalable passé par les armes ceux qui ont la principale responsabilité de l'Insurrection. On tue Yarlin, Jourde et on conserve Assy, Eudes et autres, bien connus pour leur nullité. Si l'on veut que l'Europe juge l'Insurrection d'après les réponses d'Assy ou de Mégy devant la Cour martiale, la Commune passera pour une Assemblée d'imbéciles désespérés; le Gouvernement de Versaiiies
supprime par le Chassepot les témoignages qui pourraient le mieux éclairer le procès.
Monsieur Beslay, ou le citoyen Beslay, membre de la Commune, a sauvé la Banque de France, où il commandait pour la Commune, de la main des incendiaires. Sera-t-il fusillé sans jugement? Son exemple montre qu'il y a communeux et communeux comme il y a fagot et fagot. Si on fusille tout le monde impartialement avant aucun débat, si on fusille les hommes intelligents de la Commune et qu'on garde quelques échantillons soigneusement choisis parmi les crânes. les plus déprimés, pour leur faire un bon procès, la répression n'est plus œuvre de justice, mais œuvre de parti.
Avoine fils a été fusillé à Belleville; c'était un des rares théoriciens du socialisme.
La Garde de Paris rentre i Paris depuis le 28. C'est une imprudence du vainqueur, qui ne garde aucun ménagement. 11 était facile de constituer, sous l'uuiforme des troupes de ligné et de la cavalerie de ligne, des corps d'élite qui auraient utilement remplacé l'ancienne Garde. La mesure que l'on prend en ramenant cet uniforme haï eût été opportune si on pouvait tuer l'insurrection; mais on ne tue pas un semblable mouvement, on ne peut que le décapiter, malgré « le filet de sang qui coule sans discontinuer dans la Seine. »