‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 59 sur 113 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

L'arrestation. — Arrivée du Commandant Rossel. — Le Colonel d'Andelarre. — Le Directeur. — La journée en prison.

— Feuilles de roses. — Les nuages. — Les livres^ Schiller.

— Monsieur Maysonnade. — Feuqujères. — Le Spectateur Militaire, — Le Roman commencé. — Les généraux en wagon. — Madame Edgar Quinet. — Les vêtements. — Retour d'espoir. — Recommandation. — La marraine. — Le cadre. — La Commission, — Dernières recommandations. — Lettre à Monsieur Thiers. — Derniers jours. — Dernière note militaire. — Dernières lettres.

Versailles, 8 juin 4871.

Mes bien aimés parents, \

Je suis arrêté depuis hier. On m'a transporté à la prison de Versailles.

Je n'ai eu le temps de m'occuper à Paris d'aucune de nos affaires; vous pourrez les traiter par l'intermédiaire de quelqu'un de nos amis.

Je vais bien, je vous embrasse, et je vous aime tous

de tout mon cœur. ^

Votre fils affectionné.

Prison de Versailles, mercredi 14 juia 1871. Mon bien-aimd père,

Ai-je besoin de Ce dire que je t'atteodais, que je devinais ton arrivée, que je savais que tu viendrais me secourir. Ta lettre m'a fait du bien.

Nous devons bien des remerctmeats au pasteur de Versailles, M. Passa, qui est venu me voir et qui est très-bon pour moi. Nous devons aussi une reconnaissance particulière aux gens qui m'ont recueilli lorsque la Commune m'a proscrit, et dont je te parlerai. J'e&père qu'on pourra bientôt me permettre de te voir. Je suis aussi bien qu'on peut l'être en prison; cela me rappelle le'collège, et, tout considéré, le désavantage ne serait peut-être pas du côté de la prison.

En ce qui concerne le choix d'un détenseur, j'en ai parlé à M. Passa; parle-lui-en avant de te décider, et choisis m'en unie plus tôt possible.

J'ai écrit à Mère pour sa fête, et j'ai remis la lettre entre les mains du capitaine rapporteur chargé de l'instruction. J'ai été interrogé deux fois, et je pense que c'est à peu près terminé.

Je songe à faire appeler en témoignage M. de Lacour, Directeur des contributions indirectes à Nevers, chez lequel j'habitais au moment de mon départ pour Paris, pour qu'il constate quels étaient mes sentiments au sujet de l'insurrection lorsque jesuis parti. Le général de Marcilly qui était mon colonel du génie à Bourges, pourra sans doute aussi me rendre un bon témoignage.

Je t'adresse ci-joint une lettre pour l'avocat que tu auras choisi, car il ne peut se mettre en relation avec moi que sur ma demande.

Adieu, je t'aime et je t'embrasse.

Tan fils respectueux et affectionné.

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y^sailles, 16 jnin.

J'ai vu aujourd'hui l'officier chargé de l^instruction et je lui ai demandé si je serais encore longtemps au secret. Il m'a dit que si tu t'adressais à la division au Lieutenant-Colonel chargé de la justice militaire, lu obtiendrais la permission de communiquer, soit au parloir, soit en sa présence.

Adieu, je t'embrasse et je t'aime; quand tu écriras à

la maison, dijs que je me porte bien, et que la nouvelle

de ton arrivée m'a fait le plus grand plaisir que je

pusse espérer.

Ton affectionné fils.

/ Prison de Versailles, 19 juin 1871.

Mes chers parents^ votre visite m'a rempli de gaîté et m'a fait vivre pendant ces deux jours; il est bien heureux qu'on nous ait autorisés à nous voir et à nous embrasser *. ,

Je me rappelle i^ue je vous ai demandé des mouchoirs, des chaussettes et une cravate. Quant à des vêtements, je me contenterai de ceux que j'ai pour le jugement, car vous ne trouveriez à la maisoa ^ que des habits habillés qui ne conviendraient pas du tout.

Il faut que père se décide à me trouver un défenseur; voilà bientôt quinze jours que je suis ici, et chaque jour différé est un jour perdu, car sans compter les démarches que ferait l'avocat pour étudier ma cause, j'y penserais aussi avec plus de fruit si je pouvais l'en-

1. Tout au début, la captivité était bien moins rigoureuse que par la suite ; on se voyait au greffe de la prison, sans grilles; mais cela ne dura pas longtemps.

2. Boulevard Latour-Maubourg, dernier domicile avant ces temps malheureux.

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tretenîr et appeler son attention ^ur les différents côtés de la question. Le barreau de Versailles ne doit pas manquer de bons avocats, c'est là qu'il faut choisir, en prenant l'avis de nos amis.

Il- faudrait que mon défenseur pût me voir et travailler un peu avec moi.

Plus je pense à vous, plus je me préocupe de me défendre avec succès.

20 Juin. — Je n'ai pas encore reçu les lettres ou la lettre dont vous m'avez parlé dimanche^ ainsi vous voyez que c'est quelquefois bien lent à venir.

Si vous écrivez à Nevers, je vous rappelle que j'y ai

laissé mes effets de sellerie, mou lit de campagne et

mes cantines, pour que vous les fassiez renvoyer à

Nîmes.

Adieu, je vous embrasse et je vous aime.

' Votre fils affectionné.

2 juillet 71. Prison de Versailles.

Que dit M. de Chabaud-Latour ? Il ne doit pas être trop de mes amis maintenant, car c'est un homme plein de respect pour la hiérarchie et l'ordre établi. Monsieur Girerd a toujours été très aimable avec moi aussi bien que Madame Girerd. Il était préfet à Bourges pour le gouvernement de septembre. Il est très simple et très gentil. Vous me parler de la bienveillance de Monsieur Thiers, mais en quoi se résume-t-elle. Est-ce la prison, la détention, la déportation, Texil ? Quelle vous semble la note exacte de cette bonne volonté ? Qu'a-t-il dit que M. Girerd vous ail répété? La Commission des Quinze ^ est nommée, et nommée avec

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