PRÉFACE XIII
venir en France l Rossel refuse, tombe stoïquement, sur le plateau de Satory,
Bien des cœurs se serrèrent, sous Vuniforme de ceux qui rangés en carré, dans Vauhe blême, virent tomber, frappé par des balles françaises , celui qui voulut sauver son pays des balles prussiennes. Je Vai écrit ailleurs : On avait cru fusiller un déserteur,^ on fit un martyr,
Rossel avait vécu, en soldat, pour remplir ce qu'il croyait son devoir de citoyen. Ce fut en citoyen qu'il mourut, pour les droits nouveaux du soldat. Ce que les généraux tuèrent avec lui, sur le plateau funèbre, c'était précisément ce qu'ils pensaient défendre. La discipline passive, Vaveugle ressort de meurtre, ensemble furent touchés, périrent.
La jeune armée nationale, où s'élabore le sens plus haut d'une discipline active, honorera, de plus en plus, la mémoire de Rossel. Un des premiers il réfléchit, discuta sa mission. Sa conscience l'avertit que cette mission n'était point toute dans une obéissance d'esclave, et que le a bien du service », l'intérêt de la Patrie enfin, passaient au-dessus des intérêts privés. Un des premiers il comprit que l'armée pouvait, devait être autre chose qu' « une grande chose qui tue et qui souffre ».
Qu'est-ce au juste que la discipline? Une règle de fer, sous laquelle on plie jusqu'à V écrasement, d'obscures et sourdes tenailles entre les-
ler, toujours? Cette lit son temps. Elle de Metz, ta disciî ei réciproque, le issi bien celui qui t, c'est une âme vint une abstraction
•.ur d'avoir devancé pas pourquoi un ue de son pays d'olit pas, sous le rude '.d'un Jean Cava- :t élevé au colonel armée des Vosges,
tue. à notre démoîft, c'est tout un, et isune nation libre, Uousentet s'épient.
Elle pourrait parla piédestal, quelires, où, en atten- Hime gravait , avec \e, sa nette concepstice et de progrès.
l ne douta pas, au des secrètes éner- [ vertu souveraine ble de la volonté.
PRÉf ACE XV
Même effondré^ même sanglant^ son rêve d'une société plus juste, jusqu'au dernier moment, sous les verrous, l'exalta. Les témoins de la suprême heure, ses lettres intimes, attestent qu'ayant touché le fond du malheur, il se releva simplement, pour mourir. Sans un reproche, sans une amertume, il vint se ranger au poteau. Nulle emphase, la fin d*un saint.
Nous avions, au moment où nous écrivions Une Èfoquo, feuilleté ces cahiers qu'avaient bien voulu nous communiquer madame et mademoiselle Rossely' et nous songions qu'il serait dommage de voir différer, longtemps encore, leur publication.
Seules, deux brochures biographiques, avec le livre des Papiers Posthumes, assemblés en hâte par Jules Amigues au lendemain de l'exécution, dressaient, à mi-corps, et dans une aube encore incertaine, la vigoureuse silhouette de RosseL Aussi ai-je été bien heureux de voir sa vaillante sœur camper enfin cette noble mémoire, dans la pleine clarté de son propre rayon^ nement.
C'est une si touchante chose que ces vies usées à la réparation de la sanglante injustice, cette vie de toute une famille qui jamais n'hésita, même aux pires heures de calomnies et d'outrages. De quelle amère tristesse durent-elles