PRÉFACE
fée, ces pieuses gardiennes de leur 'ant le Jîls, le frère, tandis que iait à tous les combattants de la l natal, rouerait les portes de la mt, patiemment, des années et des a Rossel, en.recopiant d'une main lignes qu'avait écrites, sans trem- I main fraternelle, s'efforçait à 't une surcie.
mt, plus durable peut-être qu'une ie brome ou de marbre, cette im.aoù respire, tel qu'il a été, tel qu'il Louis Rossel. On ne séparera pas, u socle commémoratif, la douce ella, cette pure image de l'amitié
e côté de la mêlée sociale oâ l'on 'irra s'empêcher sans doute, — en
haut relief de cette âpre figure.
le pâle visage qui l'aima, — de ige, avec une sympathie attristée, ce Rossel aux traits de médaille, ^ paré d'un tragique destin, comme le des vanités humaines, l'ironia gloire?
Victor MARGUERITTE.
ESSAI BIOGRAPHIQUE
J*ai toujours ardemment désiré ne pas mourir sans avoir contribué à faire mieux connaître mon frère, Louis Rossel, le jeune capitaine du génie qui péril d'une façon si trag^ique après les événements de 1871.
. Si Ton n'a pas oublié ses malheurs, on doit se rappeler aussi la sympathie qu'il fit naître et le grand mouvement d'opinion en sa faveur, méconnu par ceux qui tenaient cette vie entre leurs mains.
On savait qu'il était très estimé, très instruit, tendrement aimé par nous. Républicain et patriote, ayant lutté hardiment à Metz contre Bazaine, il s'était évadé après la capitulation pour servir encore, et le 19 mars, apprenant le mouventient parisien de la veille, il était accouru avec l'illusion que. le parti républicain ferait comme lui. Une autre illusion, c'était l'espoir d'aider à l'organisation des forces militaires et du puissant matériel que renfermait Paris, et d'arriver à faire rompre la paix conclue avec la Prusse.
Le 8 mai suivant, trois semaines avant la fin de l'insurrection, mon frère, se rendant compte que tous ses efforts étaient vains, donna sa démission à la Commune, se trouva proscrit par les deux partis en lutte, fut arrêté, conduit à Versailles, emprisonné pendant près de six mois, jugé et condamné.
ESSAI BIOGRAPHIQUE
e ces tempi où l'idée de justice sa déh des p&rtis, ébranlée par la raacune, 'aincu, on vit on ce prisonnier la 'tîcée, on sentit que dans son obstination laix avec ta Prusse, seul, peut-Ëtre, il
la France-, les témoignages d'estime .1 redoubler quand tout fut fini.
recoQDaîsiant aux e amis inconnus »
igs mois de solitude, emportait le tourssez compris. « Je remercie, dit-il le eui qui ont cherchéà me sauver. Qu'ils ndre après ma mort. Ils peuvent afflr- ;ul mobile de recommencer la guerre, »
ses suprêmes recommandations : « Que
continuent à me défendre. i> lardé à projeter la lumière sur cette cacher; il est vrai que mon père auto- I jours du deuil, une publication i faite forcément incomplète et prématurée, lu bien. L'instigateur de cette œuvre
opposée & celles de mon frère que ce ous arrêter. Nous l'ignorions et péris de notre manque de lucidité en un
a semblé, afin d'obtenir un jugement
autres raisons encore, qu'il convenait î, pour notre œuvre déBnitive, que tes Sont-elles calmées? ou transformées ?
e, commune aus doctrines les plus ad- Uéfense Nationale. Mon frère en a eu
!urs ont résumé la question dans un aucun d'eux n'était en mesure de tout r le vœu de mes parents en assumant
ESSAI BIOGRAPHIQUE XIX
le rôle du dernier témoin complètement informé. Ma mère ^ m'a beaucoup soutenue dans ce travaiKet m'a puissamment aidée de ses judicieux conseils. Bien des soirées se sont passées à relire, à faire notre choix; et c'était si vivant toujours, si bien lui, qu'on avait presque^ parfois, le sentiment de la présence.
Ma mère très discrète, très réservée, d'une nature un peu fière, a senti fortement la nécessité de révéler entièrement le caractère de son fils ; de là son consentement, à la publication de lettres bien intimes. — « Mon fils est toujours Ik », fut une de ses dernières paroles.
Quant à mon père^ qui survécut 17 ans à ce fils, il ne cessa jamais d'écrire sur ce drame de notre vie. Se plaçant à un point de vue différent du nôtre, il retraçait nos démarches angoissantes, le rôle que tel ou tel personnage avait joué ; il dégageait les responsabilités assumées, pour arnvér à ce refus de grâce, au moment du plus ferme espoir. Il traitait la question de droit avec une inguérissable amertume. Je n'ai eu garde de l'oublier. Lui aussi, un des derniers jours de sa vie, me légua le devoir à remplir en me montrant ses tristes cahiers, journal d'une des plus grandes '^douleurs.
Je ne voudrais pas donner l'idée que, seule de nous trois *, j'aie eu la hantise de celte mémoire qui nous était également précieuse et chère. Pour la servir, je laisserai mon frère se dévoiler lui-même au lecteur. Il parle quelque part de son « insupportable manie d'écrire, et d'écrire sans cesse », suite de son habitude de lire constamment. Grâce k ces dispositions qui l'ont pris de très bonne heure; il notait ses travaux, ses pensées, les faits intéressants ou importants qui le concernaient ou ceux dont il avait connaissance.
Nous avons ainsi, parmi d'innombrabjes écrits, traités
i. Nous avons eU la douleur de la perdre en décembre 1905. 2. La petite sœur, que mon frère aimait tant, était encore enfanta l'époque de la guerre.
ESSAI BIOGRAPHIQUE
lestement de « Dotes incohérentes », de h travaux 3 », comme uDe histoire aulobiograpliiquc, L'autoie a ses dangers ; ou le sait de reste : «d se vante exprËs, ou i ne on scie m méat, et souvent aussi on as tout dire.
m'accordera, quand oo aura lu, que mon frère a e d'une indéniable sincérité, [t dit tout, jamais il '.. Ces écrits vécus, spontanés, qui semblent faire k celui qui tes trace, ont une grande force de com-
>ignant des lettres, révélatrices plus familières, je l'évoquer avec ses goûts, ses tendances, ses affecins sa jeunesse gracieuse, et dans son infortune, sa conscience lyrannique et gênante l'a conduit durs chemins.
l'ai pas voulu en ce livre, qui n'est pas un livre, !ur n'en a point agencé les éléments, relier les parrentes par un telle de moi.
1 eu serait un manque de placer ma prose lourde one à côté de la sienne, et puis, dans une œuvre ictére aussi grave, j'ai dû rejeter tout ce qui senrrangement, et je n'ai pas voulu affadir cet être
'il est, ceux qui l'aiment, car on l'aime, sentiront généreuse intuition ne les avait pas trompés; et 1, qui ne connaissent de lui que ses malheurs, qui js savoir, se formeront une opinion raisonnée, quelle leur conclusion.
tilerait donc que je n'aie rien à dire ; pourtant j'ai l'indiquer les époques, de suppléer un peu aui pé- DS lettres, d'attirer l'attention sur quelques points U.
ère. Louis Nalhaniel Rossel est né le 9 septemh Saint-Brieuc, où mon père, alors lieutenant d 'inavait épousé l'année précédente, inademoiselle mpbell, d'une vieille famtlle écossaise. Mon père.
ESSAI BIOGRAPHIQUE ^ XXI
né à Nîmes, était d'origine cévenole : double hérédité tenace et courageuse, et, du côté de l'Ecosse, des militaires à Tiofinl.
Mes parents donnèrent tout de suite à leur petit garçon le nom de Lise, qui vient du Midi, paraît-il, mais que nous n'avons connu qu'à lui. 11 le garda toute sa vie. « Il n*j a qu'un Lise, » disions-nous plus tard, de cet être que notre adoration n'avait pas gâté.
Les années heureuses où le jeune ménage militaire parcourait la France dans toutes les directions nous étaient demeurées chères; c'était le temps des vieilles et vastes diligences surannées ; les brusques changements d'horizon nous charmaient et le cercle de famille, seul élément persistant de nos existences nomades, prenait par là un charme très intime.
C'est à Rouen, cadre des plus lointaines impressions, que je retrouve pour la première fois mon cher compagnon de jeu. On nous raconte la pauvre Jeanne d*Arc, et nous aimons les belles et étranges vieilles maisons de bois si pittoresques.
Mes parents instruisent mon frère; c'est leur idée de commencer les leçons de très bonne heure^ à petite dose. Trop jeune pour avoir part au festin, je les contemple avec intérêt. Mon père a la figure énergique, une voix forte et bien timbrée. Sa main nous paraît énorme quand il fait tracer les premiers chiffres, car il se réserve le calcul, songeant déjà peut-être à cette École Polytechnique, comme tant de papas. C'est le meilleur des hommes et nous n'avons pas peur de lui, mais il se fait obéir. « Un homme ne doit jamais avoir peur; » disait-il à l'enfant. Et il l'envoyait le soir, tout petit, chercher un objet quelconque dans une pièce obscure assez éloignée.
Ma mère donne les autres leçons; élevée en France, elle /parle français très purement. Elle* est gaie, spirituelle, tendre, cultivée, d'un dévoûment sans bornes, et son fils lui rendra tous les témoignages qu'elle mérite.
Seuls certains souvenirs surnagent; c'est si loin : la jolie campagne, l'histoire d'Armand Carrel que nous ne compre-
XXII ESSAI BI^fRAPUIOUS
noQs guère, et le premier livre favori de mon frëre^ les Cbrirt
tes de Perraulti qui joueut un grand rôle dans nos conver^
salions.
Tout cela n'a rien d'étonnant; c'est ce que je rencontre
autour de moi tous les jours : de bons parents pleins de soll licitude et d'espoir en l'avenir. J'ai voulu prendre la vie qui
f m'occupe dès ses commencements^ indiquer le caractère de*
^ meure sensiblement le mèmle jusqu'à la un : 'cet enfant est
l bon^ sincère, caressant, d'bumeur égale. Très bien doué,
^^- sans rien du jeune prodige^ il aime autant le travail que le
jeu, mais c'est un vrai enfant^ turbulent à ses heures. Son air est plutôt pensif, bien qu'il aii sa gaité à lui et qu'il chante toujours. Nature impressionnable, il prend tout très au sérieux.
Quels récits, quelles lectures l'ont frappé de si bonne heure
qu'il rêve souvent, avec une angoisse inexprimable, de régiments en déroute et les appelle par leur numéro? Nos armes ne nous ont pourtant pas accoutumés à ces choses et le régiment n'est encore jamais parti pour la guerre. Sait-on tout ce qui passe dans Tesprit d'un enfant?
Celui-ci, ^n résumé, a comme dominante le désir de bien faire. J'ai là une lettre de l'âge de neuf ans, un peu puérile pour le livre^ mais assez significative. Sa mère s'absente deux ou trois jours pour aller voir son mari détaché dans un fort, et laisse au petit garçon, demeuré seul à cause des études, des instructions détaillées : « Je suis très content que tu m'aies laissé ce petit billet qui était très gentil et je le promets d'obéir mot à mot à tout ce que tu m'as recommandé. La bonne m'a fait lever à 5 heures 20 en me disant qu'il était 6 heures 1/2, mais je lui ai montré l'heure, et je me suis recouché jusqu'à 6 heures 1/2... Un moment^ que
•^ je mange ma soupe... là. Excellente. 11 y en a beaucoup.
^ Allons, faisons le cartable... Sac au dos^ 2 ou 3 baisers ejt
I pst me v'ià parti.
^ Adieu chéris,
Votre fils, 7 heures, matin. >
fW^f-W^ff-
ESSAI BIOGRAPHIQUE XXIII
Une autre fois il se mêle de ce qui ne le regarde pas : « J'ai lu la lettre, écrit-il à sou père, mais je trouve qu'aujourd'hui tu ne dis pas assez de mots gentils à ta femme. J'ai voulu en lire une autre, mais ipère n'a pas voulu. »
On l'avait mis au lycée à Mâcon^ à sept ans et demi et il commençait cette série de succès qui le laissaient bien modeste et dont il interrompait le récit par un « Oh! Père! » suppliant.
Je le vois encore aux prix, s'avança nt sérieux, intimidé, cherchant des yeux sa mère. La musique du régiment semble jouer avec plus d'enirain que jamais. Un regard lumineux éclaire cette calme figure de petit Romain.
Les lycées se succèdent trop nombreux, cinq en trois ans. Les souvenirs se aient de bonne heure quand on est ainsi transporté de Bourgogne en Bretagne et aux Pyrénées, en passant par la Franche-Comté ; les études en souffrent et le Prytanée de La Flèche, régime sévère, fortes études, va fournir la stabilité. L'enfant n*y sera pas trop déraciné, sa mère demeurant auprès de lui pendant les campagnes du père de famille.
La correspondance nous fait entrevoir le temps de la séparation et cesse quand on est réuni. Alors c'est une existence paisible dans cette minuscule ville très gracieuse avec sa belle rivière et ses riants environs, parmi ce « petit monde d'autrefois » sans équivalent aujourd'hui. Mon frè^e n'oubliera jamais le jardin plein de roses, élément nécessaire de la vie comme elle devrait être.
L'officier, au loin, apprend les grands succès en sciences et en lettres. « J'espère, écrit-il de Grimée, que tu remercies Dieu qui t'a donné ton intelligence et ta mère qui a pris tant de peine pour toi. »
Les années s'écoulent, voici la jeunesse. Elle ajoute aux bonnes dispositions d'autrefois un charme doux et tranquille^ une raison enjouée et d'autres contrastes faits de confiance et de réserve^ de grande indépendance d'esprit s'alliant à tant de déférence envers les parents.
XXIT ESSAI BIOGRAPHIQUE
Il m'esl très difScile de parler de ce frùre sans en dire du bien, mais en voici qui ne vient pas de moi.
Ud ancien /lécAoù, brave coJoDel, ne passe jamais dans noire ville sans venir nous voir. La première fois, il diMit à ma raére : « Quand nous cherchions un déraut à votre fils, ou même une imperfection, nous n'en pouvions pas trouver. »
En 1862, retour de mon pare après trois ans d'absence et entrée à l'Ecole polytechnique. AprËs la dernière distribution de prix, ie général Trochu, inspecteur du Prjta* née, demande le commandant Kossel : « Vous êtes un heureus père », lui dit-il.
A dix-huit ans, à l'Ecole Poljtech nique, il faut se diriger soi-même. Hier encore, le collégien consultait sa mère sur ses lectures.
Un roman nouveau circulait pendant la première aaoée de spéciale <, un de ces livres réalistes (pour l'époque), qui font école. Au premier bataillon, c'était à qui l'aurait. « Qu'en penses-tu, demandait le jeune garçon ? Est-ce que (a te ferait de la peine que je le lise ? h Et la mère ; o Tn es bien trop jeune, ne te le laisse pas prêter. » D'après l'année, ce devait être Madame Bovary. Ainsi dans celte liberté à sa portée, il recberchait la bonne influence maternelle.
Le voilà donc à Paris, vite saisi du désir de travail libre. Tout l'attire. Est-il plus avide de recherches littéraires ou de questions scientifiques i Je ne sais, mais il a glané de ci, de Ifi, dans les livres, dans quelques vojages, des connaissances artistiques très délicates et qui promettent.
La relation d'une visite au ctukleau de Sablé, en 186t, voisin d'une opulente propriété bourgeoise, révèle ces goùls naissants. Le vieux château, héritage de la famille de Colbert, abonde en merveilles d'art, en tableaux de maîtres, n bel ensemble rare dans une demeure privée. »
« Mon compagnon croit k la supériorité d'une fortune qui travaille sur une fortune qui dort. Il lui plait d';