Verbe anglais francisé (pour s'excuser
lait pour une évasion. Je n'ai pas pu m'empêcher de rougir à^ette tentative d'effraction de ma conscience. De sorte que le pauvre homme est puni par où il a péché, et doit sortir de ma cellule, croyant tout ce qu'il craint. U faut m'écrire assez longuement par la voie régulière ^ et dater la lettre du 2 juillet, et m'expliquer dedans pourquoi vous ne m'avez pas écrit plus tôt.
Prison de Versailles, 5 juillet 1871.
A ses parents.
Les élections décidément sont bonnes en tous sens. Gambetta élu quatre fois. Je voudrais bien savoir ce qu'il pense de moi, car je l'ai quelquefois maltraité ; il peut me garder rancune ; il peut aussi me considérer comme un brouillon dangereux ; il se peut aussi que son impression soit moins défavorable. J'en parlerai à mon avocat qui tâchera de savoir cela.
Cela m'a fait bien plaisir de vous voir, mais je voudrais savoir Père bien portant. Vous, vous travaillez trop et vous finirez par sentir la fatigue lorsqu'il sera trop tard et que vous vous serez rendues malades.
Le directeur de la Prison est venu me voir lorsque vous m'avez eu quitté ; il a pris pour prétexte la photographie, ne m'a joué aucun tour dans la conversation, a été fort aimable et a fini par m'offrir des livres.
Les premiers jours que j'étais ici je me couchais comme les poules ; maintenant je reviens peu à peu à mes mauvaises habitudes de veiller tard, et c'est surtout le soir que je travaille. Le matin je m'éveille d'as-
1. Les lettres qui passaient par la voie régulière étaient lues ; la plupart des lettres datées de la prison passaient par d'autres voies.
sez bonne heure, ce dont je profite pour me rendormir. Vers 9 heures et demie on apporte la soupe, un bouillon maigre ou nagent quelques légumes ; alors je me lève, j'émiette du pain dans ce liquide et je le mange. Ensuite je fais ma toilette.
Les gens matineux vont à la promenade le matin ; pour moi, je suis trop paresseux pour cela. A onze heures et demie on m'apporte un bifleck ou une côtelette dans un plat de fer battu ; c'est à mes frais. On m'apporte aussi du vin, de la bougie quand j'en ai demandé la veille.
Vers une heure, je vais me promener. Le préau est . un petit jardin en forme de triangle, long de dix mètres environ. J'ai le droit d'y flâner pendant une heure. Ces petits jardins sont aux guichetiers qui en prennent soin, il y a des plantes grimpantes, ou plutôt des plantes qui voudraient grimper, mais elles n'ont pas de fils, ce que j'attribue au surcroit d'occupations que nous donnons aux guichetiers. Les rosiers aussi sont mangés par les pucerons, cependant on voit quelquefois des roses, et quand j'en trouve une dont les feuilles se détachent, je vole ces feuilles et je les emporte. Dans mon avant-dernière lettre il y avait une petite plume d'oiseau que j'avais trouvée à ma dernière promenade.
A trois heures et demie on apporte encore un potage aux he):bes; le mardi et le jeudi cette liqueur est remplacée par un plâtras de pommes de terre ou de haricots. Le dimanche, on fait gras le matin, la gamelle contient du bouillon, et le soir, du bœuf et des légumes. Je mange consciencieusement tout ce qui m'est alloué, et ce n'est que lorsque les légumes sont trop compacts qu'il m'arrive d'en laisser un peu.
Vers cinq heures et demie, on\ m'apporte de la can-
Une, comme le matin, un plat de viande, ce que j'ai demandé. Tous les matins on a un pain assez lourd que je ne mange pas complètement. C'est du pain noir, pas mauvais.
Monsieur P. se plaint qu'il me dérange, soit dans mes repas, ou dans ma sieste, ou dans ma promenade, et me demande à quelle heure il pourrait venir pour ne pas me déranger, mais vous voyez que je suis très affairé avec mes quatre repas en huit heures de temps.
Le soir, on met une veilleuse qui re^ste allumée toute la nuit. Je fais mon lit avec un soin méticuleux, et je me glisse dedans quand j'ai assez brûlé de bougie ou noirci de papier. Mon chandelier est un croûton de pain dans lequel j'ai fait un trou; il a eu d'abord une velléité de moisir, mais la sécheresse l'a complètement emporté sur la moisissure, et c'est un chandelier parfait; il ne peut ni se renverser, ni se casser, seulement il est un j)eu bas d'étage.
Le 8 juillet, 9 h. 1/2 du soir. — Parmi les gens arrêtés dans les trains de Versailles et que j'ai fait relâcher, il y a un individu qu'il serait probablement facile de retrouver. C'est un grand lieutenant de la garde mobile de la Seine, qui fut arrêté dans le train le 23 ou le 24 *, allant à Versailles, et en uniforme. Il me dit qu'il demeurait dans le quartier de l'Europe, si je m'en souviens bien, et qu'il allait à Versailles dans sa famille. On le garda à la mairie des Balignolles avec plusieurs autres, et je le fis relâcher dès qu'il me fut possible. Je dus les conduire jusqu'en dehors de la cour de la Mairie, à travers la foule qui ne voulait pas qu'on les mît en liberté. Ce lieutenant était juste der-