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Je veux te dire, ma chérie, qu'il ne faut pas te laisser aller au découragement comme tu y es un peu disposée, et au dégoût de la vie. D'autres, moins forts que nous, pourraient renoncer à l'action et rester à ne rien faire; mais nous, il faut que nous agissions, bien ou mal. Agissons bien. — Il y a dans la vie des tristesses et des douleurs bien imprévues, des surprises qui semblent des trahisons. On se dégoûle vite de viyre pour çoi. Il faut vivre pour les autres ; on y trouve à certainis moments des consolations 'puissantes et inattendues.
Vous deux, enfants, qui avez le cœur encore plein de vie, je compte que vous ne vous laisserez pas abattre et que vous soutiendrez nos parents. Si je ne comptais pas sur vous, sur toi, pour lej aider à porter cette douleur, je mourrais sans consolation.
11 faut, il faut dès le premier moment, je t'en adresse la prière, ma mie chérie, il faut que vous ayez pour principale préoccupation d'aimer et de soutenir notre 43on père, de le distraire de sa douleur, de l'aider de toutes vos forces, et sans avoir égard à voire douleur personnelle, à se soutenir, à se distraire, à s'attacher à quelque chose.
Je te recommande notre filleule. Rappelle-toi que j'ai eu une vie malheureuse, et tâche de détourner un semblable malheur de notre petite qui touche à l'âge de jeunp fille.
Préservez-vous toutes deux, préservez-vous mutuellement des égarements, des entraînements même généreux de l'esprit et surtout du cœur.
Adieu, mon amie chérie, je pleure, et j'ai sous les yeux ton portrait qui me sourit tristement, mais je revois dans mon esprit ton grand front d'enfant entouré de jolies boucles.
Je t'aioie et je t'embrasse; je prie Dieu de te bénir.
Ton frère, L. RossBL. ^