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A JEUNES TROUPES, VIEUX OFFICIERS

26 janvier 1870.

A jeunes troupes, vieux officiers. Je ne me rappelle pas si Napoléon a écrit cela quelque part^ mais à coup sûr il l'a pensé et il l'a fait. Si on veut resteindre le rôle de Tarmée permanente et augmenter celui des gardes nationales mobiles^ il faut donner de la consistance À celles-ci en les encadrant d'officiers et sous-officiers

ayant de longs et sérieux services militaires. A ce point de vue, l'admission dans la garde mobile d'officiers subalternes retraités à 25 ans de service, et même à vingt ans pour les sous-lieutenants, serait une utile mesure. Une semblable part pourrait être faite aux anciens sousofficiers et caporaux de Parmée.

Il faut que le jeune soldat apprenne une foule de choses qui ne sont inscrites dans aucune théorie et qui ne peuvent pas y être inscrites; cela s'appelle « apprendre à se débrouiller. » Il faut qu'il apprenne à tirer le meilleur parti de son léger bagage, de sa chétive ration, de sa solde à peine suffisante pour ses nombreux besoins ; .qu'il sache être propre sans employer toute sa journée à brosser et astiquer ses effets ; qu'il sache faire le café, faire la soupe, blanchir et raccommoder son linge au besoin, en un mot, que par son industrie il s'entoure de la plus grande somme de bien-être possible.

Qui lui apprendra tout cela ? Le vieux soldat d'abord pourvu quMl ne soit pas démoralisé par des garnisons oisives et des campagnes sans fatigues, et en temps ordinaire, où il n'y a pas de bons vieux soldats, les sousofficiers et les officiers sortant do la troupe. Les régiments qui arrivent en Afrique n'ayant pas fait campagne depuis longtemps souffrent beaucoup au début de leur ignorance des détails de la vie militaire. Dresser les tentes, couper du bois, faire la soupe sont pour eux des problèmes dont la solution exige des heures. Ils sont (( ïloumis )), disent les vétérans d'Afrique.

Ainsi, il faut à de jeunes troupes des officiers et sousofficiers qui aient roulé; c'est un élément que nous négligeons de produire et qui est de plus en plus nicessaire dans la voie où nous marchons.

Au contraire, on peut mettre de jeunes officiers à la

tête de vieilles troupes ; celles-ci sauront apprécier Pinstruclion, le savoir-vivre, la supériorité intellectuelle de leurs chefs, et ceux-ci, de leur côté, sauront respecter Texpérience, les connaissances pratiques, la discipline de leurs hommes. L'influence mutuelle de ces deux classes d'hommes sera heureuse : l'action des jeunes chefs élèvera le soldat à leur respect de la règle théorique et considérée presque comme une abstraction ; la fréquentation des vieux soldats initiera le chef aux nécessités de la pratique du métier et aux détails d'exécution qui peuvent rester longtemps étrangères à celui qui n'a étudié que dans les livres.

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