‹ Mémoires et correspondance, 1844-1871Chapitre 99 sur 113 · SUR NOS DÉFAITES · texte numérisé non relu

SUR NOS DÉFAITES

Juillet 1811. Prison de Versailles.

L'armée française, battue par les Prussiens, me rappelle ces lourds chevaliers du moyen-âge en^^loppés d*une puissante armure, mais que les vilains égorgetaient avec de petits couteaux une fois qu'ils étaient à terre. Contre une armée qui n'avait pour ainsi dire pas d'avant- postes, qui n'avait pas de partisans ou de corps détachés pour surveiller la marche de l'ennemi, pas même de cavalerie en

avantpourravertirderaltaque, la victoireétaittropfacile.

La plupart des causes de notre défaite sont dans nos mœurs militaires plutôt que dans nos lois militaires. Sur ces causes-là, le législateur ne peut avoir aucune influence directe. Les réformes militaires doivent donc poVter sur les mœurs plus que sur les lois. La première chose à faire serait d'appeler au ministère de la guerre un homme d'un caractère inflexible, qui réforme et mette hors d'emploi les officiers dont Tinstruction ou l'application au service laisseraient à désirer, les officiers généraux que l'embonpoint ou d'autres infirmités rendent impropres au service actif.

Les règlements sont à modifier en bien des points : le pouvoir législatif n'y peut mais; le caractère du ministre de la guerre y a une influence décisive.

Les hommes ne nous ont jamais manqué dans cette guerre; au contraire, nous en avons toujours en plus que nous n'en pouvions employer et plus que nous n'en pouvions instruire. Je puis dire que plus d'une fois nous en avons été embarrassés. Les levées en temps de guerre ne sont pas difficiles dans notre pays. Ce qu'il faut organiser c'est l'instruction militaire en temps de paix.

L'armée permanente ne doit pas être autre chose qu'une pépinière d'officiers de tous grades et de sousofficiers. Un bon mécanisme d'instruction et de mobilisation doit fournir au moins les neuf dixièmes des soldats.

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