X. — ^ LETTRE DE M. DE DANZAY
ambassadeur du roj de Dannemarck , a M. Duplessis-
Momaj.
Du i4 juin i58o.
Monsieur, j'ai receu vos lettres des dernier de febvrier et 1 2 d'avril , aussi celles du roy de Navarre au roy de Dannemarck, auquel je les ai présentées, et vous asseure d'homme de bien , qu'il les a eu très agréables , et qu'il lui est très affectionné ami; comme les offres qu'il m'a particulièrement faictes en pourroient donner suffisant témoignage; mais parce qu'il ne gouverne seul , et qui trop embrasse peu estraint (comme on dict communément) , il m'a semblé que nous debvions premièrement asseurer le principal, et ce qui est de plus grande importance , où je vous promets que j'ai eu de la peine et de la fasclierie à bon escient , car nous avons de puissans et vigilans adversaires; mais Dieu soit loué qui a tellement meu et confirmé le cœur du roy de Dannemarck , que c'est chose admirable. Sa majesté promet, par les lettres qu'elle escrit à la royne d'Angleterre et au roy de Navarre, de s'employer fidèlement, tant envers l'électeur de Saxe, que les aultres princes d'Allemagne, que ung synode gênerai puisse estre tenu, pour composer, par l'auctorité et commun consentement des roys et princes de la relligion reformée, les differens qui sont en leur relligion. Aussi il conseille à ladicte royne et au roy de Navarre de envoyer devers ledict électeur pour obtenir ledict synode , et donner espérance que leurs majestés en auront bonne response. Davantage il promet que cependant il usera diligente-
A M. DUPLESSIS. lOT
ment des occasions qui se présenteront pour persuader audict électeur qu'il veuille consentir etaprouverledict synode, aussi qu'il n'est raisonnable que les Eglises accusées soient condamnées ne rejetees, premier qu'elles aient esté suffisanlement et diligentement ouïes.
Apres que ladicte lettre du roy de Navarre eust esté traduicte et leue au roy de Dannemarck , il se fit relire en peu de temps, plusieurs fois avecques ung singulier plaisir, ces mots : XJtrumque peccatiun est, utrique peccatum agrioscamur^ utriqae mamim medicam afferamus; allegant que c'estoit le vrai moyen de poursuivre paix, union et concorde, non pas user de detraction, injures et conviées, comme faisoient les théologiens. Pour certain, monsieur, si ceulx qui traiteront des moyens de concorde en la relligion , ne sont fort prudens et modestes, il ne s'eh ensuivra que toute confusion et desordre, et à la fin la ruyne de tous. Je vous dirai ici en passant (pour parler entre nous sincèrement et librement), que les lettres de la royne d'Angleterre ont esté rendues au roy de Dannemarck, au temps que sa lettre au roy de Navarre estoit escrite. Les Anglois n'ont tant estimé l'importance du faict qui se poursuit, que d'avoir daigné envoyer ung homme exprès devers le roy de Dannemarck pour lui présenter lesdictes lettres, et en demander la responce, ce qui a bien esté noté; elles ont esté délivrées à un facteur de marchand du port de Helseigneur, qui les a bailliees au secrétaire d'estat du roy de Dannemarck, parce que M. Walsingham m'avoit recommandé l'affaire, j'en ai poursuivi la responce, comme j'avois des lettres du roy de Navarre. Aussi que les principaulx de ceste court ont opinon que je sois cause de l'une et l'àultre lettre; mais quoi qu'il y ait, c'est une