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pourroit servir de l'une des causes de vostre voyaige. Davantage, vous pourrez, par mesme moyen, conférer avec le landgrave de Hesse, les ducs Cazimir, de Anhald, de Pomeranie et de Holstein, des controverses qui sont en la relligion , et prendre quelque resolution ensemble, des moyens pour les compos- Russi les pryer de procurer diligentement le synode rai.
J'ai mon opinion , et me tiens o .ne asseuré que le landgrave de Hesse , les ducs Cazimir et de Anhald s'y employeront de très grande affection, et j'espère que les ducs de Pomeranie et de Holstein suivront volontiers leurs advis, et encores plus facilement le roy de Dannemarck. Pourtant il me semble qu'il seroit nécessaire de parler aulxdicls princes, selon l'ordre que je déclare, afin que les plus sages et affectionnés instruisent les aultres , et les incitent h. faire leur debvoir.
Il y a deux factions entre les princes et villes d'Allemaigne de la confession de Auguste , comme vous sçavez. L'une demande le synode gênerai , et que les Eglises accusées soient ouïes, comme aussi faict le roy de Dannemarck. Vous avez juste et suffisante occasion de aller devers ceulx de ceste faction, s'il vous plaist, pour les causes ci dessus deduictes et déclarées. L'aultre rejette le synode. Les causes principales que les théologiens allèguent pour l'empescher, sont que leur confession est il y a long temps publiée, et parce qu'elle est conforme à la doctrine des prophètes et des apostres, qu'elle doibtestre receue et approuvée de tous, davantage que les Eglises qui y contredisent, ont esté suffîsantement convaincues de leurs erreurs, et assés admonestées de les recognoistre et corriger. Pourtant, si elles veullent opiniastrement persévérer en leurs manifestes erreurs, qu'il n'est besoin d'aulcun synode pour leur respect,
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aîns que à bon droict elles doibvent estre rejetees et condamnées comme leurs erreurs mérite. Ce considéré, il seroit bien nécessaire que le roy de Navarre fist une confession de sa foi , en son propre et privé nom, comme j'ai souvent remonstré , oui feust pure et simple , et remist les controyerses r jnt en la relligion, au synode gênerai ; que ceste ssion feust communiquée aulx
princes d'Allemai^ , qui désirent ledict synode, pour en avoir leur advis, mesmement du landgrave de Hesse, des ducs Cazimir et de Anhald , comme ceulx qui entendent très bien les vraies causes des différends en la relligion, et cherchent fidèlement les moyens de les composer. Aussi qu'on les pryast et les aultres princes qui seront de leur opinion, d'envoyer devers l'électeur de Saxe, avec les députés dudict roy de Navarre. Car, si tant de princes ensemble envoyoient devers ledict électeur, leurs communes pryeres auroient plus de force et d'auctorité que si elles sont séparées. Si ceste généralité ne se peut obtenir , les pryer qu'ils envoient séparément devers ledict électeur , ou que , pour le moins, ils lui veuillent très affectueusement escrire. Si les députés de la royne d'Angleterre se trouvoient auprès des princes d'Allemaigne qui tiennent nostre parti, au même tenipsque ceulx du roy de Navarre, cela pourroit infiniment servir, à cause de l'auctorité et réputation de ladicte royne (i). Je vous dirai en cest endroict qu'il vous fauldraconsiderement parler avec les susdicts princes , de modo verœ prœsentiœ veri corporis Christi in sacra Cœnd ^ afin que ne les offensiez. Ce qu'il fault
(i) J'ai entendu que ladicte royne ne feroit confession de sa foi que en synode gênerai ; car il fault opposer nostre confession à la leur, si nous voulons estre cogneus innocens , veu que nous sommes publicquement attaqiiés.
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nécessairement éviter pour le présent, de paour de les aliéner de nous, et perdre tous moyens de paix et de concorde, car je prévois bien que vous y aurez de la peine; pourtant je vous remettrai en mémoire la forme de profession de foi touchant la saincte Cène , que j'ai souvent envoyée, parce que le roy de Dannemarck , et tous ceulx deçà, l'ont agréable, et crois qu'elle ne sera rejetee de personne, car, ayant une confession de foi de la sainte Cène nécessaire et suffisante à nostre salut, ce sera la base et fondement de union et concorde , et si on ne peult à présent convenir d'une phrase ou mode de parler , ou d'une commode explication de modo verœ prœsentiœ corpo?'is Christi in sacra Cœnâ. Geste controverse se pourra d'autant plus aisément différer ou suspendre , quand nous conviendrons de ce qui sera nécessaire et suffisant à nostre salut. Aussi, quand nous condamnerons les erreurs qui nous sont faulseinent imj)utees , la controverse de impiis et oralL mandiica" tione^ se finira facilement d'elle mesme. Le principal est à présent que nous demonstrions le tort et l'injure que lesdicts théologiens, par leurs inventions et calomnies , font aux Eglises accusées.
1. D'aultrepart, ceulx qui iront devers les princes accusateurs , se pourront premièrement plaindre que les aucteurs du livre de Concorde , et quelques aultres théologiens d'Allemaigne leur imputent faulsement plusieurs erreurs et hérésies.
2. Que lesdictà théologiens, pour couvrir leur malignité, prennent quelques passages des livres de Luther, Calvin, Zuingle et d'aultres docteurs qui ont escrit depuis cinquante à soixante ans, qu'ils interprètent à leur fantaisie , et par ce moyen condamnent les aultres Eglises contre droict, vérité et raison.
3. Comme la foi des Eglises accusées n'est fondée sur les escrits desdits Calvin, Luther ne Zuingle, aussi qu'elles ne veullent estre condamnées par leurs escrits; ains seulement par ceulx des prophètes, apostres et les décrets de l'Eglise orthodoxe , selon la coustume de l'Eglise ancienne.
4. Que les erreurs ne peuvent mieux estre considérées ne cogneues que par ung synode libre et gênerai. Aussi qu'il n'est raisonnable de condamner quelqu'un premier, qu'il ait esté suffisamment ouï. Davantage, remonstrer que les hérésies et erreurs qui ont esté en l'Eglise chrestienne, ont toujours esté condamnées par les conciles et synodes généraux , et l'union des Eglises , par ce moyen, restituée et conservée. Pour ceste cause qu'il est nécessaire que ung synode gênerai soit institué.
5. Pryer ledict électeur qu'il veuille cependant commander à ses subjects de ne blasmer, accuser ne delracter des Eglises de la relligion reformée , et faire punition de ceulx qui y contreviendront, comme de vrais perturbateurs du repos public.
6. Que, s'il n'y est diligentement et sincèrement pourveu , que les roys , princes et Eglises accusées protestent des calamités qui en adviendront à la chrestienté, et du sang innocent qui en sera espandu, dont ils rendront un jour raison devant le juste jugement de Dieu , et d'avoir plustost creu aux menteries et calomnies de quelques ambitieux et corrompeus théologiens, que au vrai tesmoignage de plusieurs roys , princes et respubliques chrestiennes.
Les Eglises des Pays Bas adviseront s'il seroit expédient qu'elles s'assemblassent par manière de synode , et pryassent le prince d'Orange d'envoyer en leur nom ,
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devers les princes protestans d'Allemaigne, pour obtenir le synode gênerai , et proposer ce qui sera nécessaire pour la reconciliation des Eglises reformées , et que cela s'accomplisse le plus tost que faire se pourra, car il est fort à craindre que dans ceste diète impériale qui se doibt tenir à Nuremberg, où tous les électeurs se trouveront , et plusieurs princes d'Allemaigne, il ne soit résolu quelque cliose au préjudice des Eglises de France et des Pays Bas.
Par vostre lettre du 12* d'avril, vous me mandiez que les injures que journellement recevoit le roy de Navarre et les Eglises reformées, faisoit perdre patience à sa majesté , et qu'il seroit bon que le roy de Danneinarck , le confirmant en son sainct zèle par une honneste lettre , moderast ung peu ceste ardeur qui est cause que je y ai faict adjouster le récit que le sieur Danzay avoit auparavant faict au roy de Dannemarck, de la volonté du roy de France, touchant la conservation de Tedict de pacification; combien qu'il soit à craindre que quelques ungs ne preignent tels propos en mauvaise part.
L'on m'asseure de plusieurs lieux que l'électeur palatin a révoqué la subscription qu'il avoit faicte au livre de Concorde, et protesté de l'injure qui lui seroit faicte, s'il estoit publié en son nom.
Quant au voyaige que l'électeur de Saxe avoit entreprins par deçà , il y a eu d'estranges pratiques , que je ne puis déclarer pas bien. Seullement je vous asseurerai que ledict électeur en a ploré à chauldes larmes , plus d'une fois. Si son voyaige eust plus apporté de fruicts que de dommaige , s'il eust esté accompli , Dieu le sçait , il y en a diverses opinions.
L'on m'escrit que le roy de Polongne prespare une
fort grande armée contre le Moscovite. J'ai entendu que le duc Richardus , palatin , et le duc Jehan , des Deux- Pontz , et plusieurs aultres , desnient de subscrire au livre de Concorde, qu'il ne fault mettre en oubli; car nous abstiendrons d'autant plus facilement ce que nous poursuivons, qu'il se trouvera des roys, princes et respubliques qui unanimement s'y employeront. Aussi il ne fault obmettre d'escrire aux villes d'Allemaigne, aulx unes, pour les confirmer en leur sincère volonté; et aulx aultres, pour les admonester de faire leur debvoir et se déporter de calomnies, et detracter des roys et princes , sans occasion , et par telles inventions troubler la chrestienté. (i)
Monsieur, je me recommande bien humblement à vostre bonne grâce, pryant Dieu vous donner très heureuse et longue vie.
De Hambourg, le 1 4'' de juin i58o.
Monsieur, je vous supplie me faire cognoistre entièrement vos délibérations en ceste négociation , et de la royne d'Angleterre; car je ne defauldrai à mon debvoir, et m'excuserai, s'il vous plaist, car je suis si foible de corps et d'esprit, que je n'en puis plus. Pryez Dieu pour moi comme je ferai pour lui , afin que ma dernière heure soit à sa gloire et à mon salut.
Vostre très humble serviteur.
A Monsieur, Monsieur Duplessis , Conseiller du roy de Navarre , et son Ambassadeur es Pays Bas de Flandres.
(i) On pourra sçavoir la volonté de ce prince de Saxe parle duc Cazimir et le landgrave de Hesse , et, selon leurs advis , l'ung estoit pour se prévaloir de leur faveur et intercession.
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