XI. —'^LETTRE DE M. DE DANZAY
Ambassadeur du roj en Dannemarck , hM, Duplessis- Mornaj.
. Du 6 novembre i58o.
Monsieur , j'ai souvent faict response à vos lettres des seizième de juillet et douzième daoust, mais craignant que mes lettres aient esté surprises comme quelques aultres ont esté, je vous ferai sommaire récit des principaulx poincts. Ce m'a esté et est ung singulier plaisir que nos desseins par deçà aient prins fin à vostre contentement; car je vous promets que j'ai eu de si puissans et vehemens adversaires, et en si grand nombre, que je me suis souvent repenti de vous y avoir si avant embarqué, et je sçai bien, si ceste négociation n'eust heureusement succédé, que vous en eussiez esté en peine. Mais loué soit Dieu que nous ayons tant faict que le roy de Dannemarck a eu les remonstrances de la royne d'Angleterre et du roy de Navarre très agréables. Si quelqu'ung allègue que cela n'a empesché la publication du livre de Concorde, ni esté de grand fruict, je n'y contredirai, mais je le pryerai considérer, si le roy de Dannemarck n'eut esté confirmé par la royne d'Angleterre et principalement par le roy de Navarre , et n'eust, par une publique déclaration de sa volonté, asseuré et retenu plusieurs princes et republiques qui estoientsur le point de varier, à qui nous nous pourrions à présent adresser; et, grâce à Dieu, le tout est encores à présent en son entier. Quant audict livre de Concorde, devant qu'il feust publié , plusieurs en esperoient quelque chose de grand , maintenant qu'il est
mis en lumière , ung chacun s'en moque. Pour ceste cause, ceulx qui en sont les aucteurs, demonstrent voulloir approuver le synode gênerai qu'ils ont si opiniâtrement rejeté, parce qu'ils prevoyent bien qu'ils y seront à la fin contraints par l'auctorité de la royne d'Angleterre, des roys de Dannemarck et de Navarre et des princes d'Allemaigne qui sont de ceste opinion , et ne doublent poinct qu'il n'eust de long temps esté obtenu , si les princes accusés eussent aussi diligentement faict leur debvoir que leur honneur et l'importance du faict leurendonnoient très juste occasion. Je vous ai ci devant envoyé et envoyé derechef la copie d'une lettre du doyen et de l'université de Rostock à Jacobus Andréa et Selneccerus; encores que peut estre vous l'aurés recouvrée d'ailleurs.
Ung petit escrit intitulé : Ratio m eundœ concordiœ inter ecclesias reformatée religionis y tourmente infiniment les séditieux théologiens d'Allemaigne , comme leurs livres le demonstrent et verres par ung escrit qu'ils ont envoyé en divers lieux, et que j'ai pour ceste cause faict traduire de allemand en latin. Quelques ungs estiment que David Chytraeusen soit aucteur, dont je suis en double, combien qu'il le nie fort asseurement; mais je sçai bien qu'il avoit juré qu'il y seroit respondu, estant en telle colère qu'il oublia sa dissimulée modestie. Je vous dirai la cause de son courroux et fascherie : c'est que le roy de Dannemarck et ledict électeur de Saxe se veirent à Gustrau , au duché de Mccklebourg, il y a deux ans, comme vous sçavés, ledict Chytraeus y estoit pour ne défaillir à son debvoir, combien que ce feut secrètement. En ce mesme temps , ledict escrit, de Ratione in eundœ concordice feut publié, et grand nombre distribué entre cinq ou six cens gentils'