‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 17 sur 83 · AFFAIRES DE FLANDRES · texte numérisé non relu

AFFAIRES DE FLANDRES

Baillée aux sieurs , allant de la part de M^'' le prince d'Orange vers MM. des quatre membres de i Flandres , et de la ville de G and; dressée par M. Duplessis en janvier i 582.

Remonstreront lesdicts sieurs tant à MM. les députés des quatre membres à Gand , comme à MM. du collège et du conseil des guerres, et mesmes en particulier aux doyens de la ville , ministres de l'Eglise, et aultres personnes qu'ils cognoistront affectionnées à la conservation de la relligion et défense de la cause commune , les choses qui ensuivent.

Et premièrement, qu'il est assés notoire à un chacun combien la concorde est nécessaire, tant de toutes les provinces ensemble, que des membres en chacune d'icelJes, et que son excellence n'a rien plus tasché, depuis qu'il est appelé en ce pays, que reunir lesdictes provinces si estroitement, qu'elles tendissent toutes de mesmepied à ung mesme but, comme le seul et unique moyen de les conserver et maintenir, ainsi que nagueres encores il auroit soigneusement et expressément remonstré à MM. de la ville de Gand.

Cependant que son excellence est advertie que journellement il se tient à Gand des conseils particuliers composés de peu de personnes et aulcunes suspectes, esquels, au desceu de MM. des estais généraux et du Lautrath^ se traitent affaires de conséquence pour tout le gênerai, et se proposent certains desseings particuliers , qui ne peuvent que retarder la concorde et union des provinces, désirée et procurée et par tous les gens

de bien , comme le seul remède des misères présentes, et engendrer des divisions et arrière pensées, non entre les membres de la province seulement, mais en la ville mesme : qui est le plus abrégé chemin d'une ruyne.

Cela est l'occasion que ledict seigneur prince n'a peu omettre , tant pour l'acquit de sa conscience , que pour l'interest de MM. de Gand en particulier, et de tous en gênerai, d'envoyer lesdicts sieurs vers eux , les priant voulloir considérer à bon escient combien toutes les novalités et particularités sont dangereuses et préjudiciables à ung estât , lors principalement qu'il est agité et tourmenté de guerre, et nommément se ressouvenir combien, ces dernières années, semblables pratiques ont faict de mal à ladicte ville de Gand , et par conséquent à toute la généralité des provinces, afin de s'abstenir dorénavant de toutes telles choses, et par ung commun advis tendre au bien gênerai de tous.

Particulièrement son excellence ne leur veult celer qu'il entend qu'on auroit parlé de quelque reconciliation prétendue avec l'ennemi, laquelle, ceulx qui la mettent en avant, honorent du nom de paix, pour la faire trouver meilleure au peuple, qu'ils cognoissent trop affectionné à son bien pour jamais prester l'oreille à une lascheté ; et là dessus forgent et imaginent une neutralité , qui ne peult estre que la ruyne totale de la ville et du peuple, en quelque f;içon qu'ils la veillent desguiser.

S. E. donc désire que chascun entende qu'elle peult estre ceste pretendeue paix , et quelle ceste imaginaire neutralité, et a pryé lesdicts sieurs de la leur exposer de sa part.

Et premièrement présuppose S. E. comme chose toute certaine, que messieurs de la ville de Gand, qui

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