‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 18 sur 83 · POUR LES AFFAIRES DE FLANDRES · texte numérisé non relu

POUR LES AFFAIRES DE FLANDRES

jusques à présent se sont monstres si zélateurs de la vraie relligion, et de leur liberté, voudront inviolableinent retenir, garder , et asseurer l'une et l'aultre avant toutes choses, et sans icelle estimeront quelque paix que ce soit la peste du pays , et leur ruyne totale. Et ce fondement estant mis, il les prye d'examiner quelle espérance , ou apparence de paix ou reconciliation avec l'ennemi il y peult avoir.

Le traicté de Couloigne a suffisamment monstre quelle a esté l'intention de l'ennemi en proposant ce beau nom de paix , asçavoir de diviser et rompre les provinces, et suborner les villes, comme il a faict de quelques unes , en haine de nostre relligion. Aussi nous avons veu qu'après une longue negotiation , en laquelle l'empereur, et plusieurs princes de l'empire, pour y donner plus d'apparence, estoient entrevenus, on n'a jamais peu tirer aultres articles , sinon que l'exercice de la relligion romaine seroit r'establi , et le nostre aboli et desfendeu , et que ceulx qui voudroient jouir de la liberté de leur conscience, auroient certains temps pour vendre leurs biens , et se retirer du pays.

Dont se voit que ceulx qui parlent maintenanL d'une paix, ou reconciliation avec l'ennemi, oii sont trop ignorans de faire espérer au peuple à son grand dommage ce qu'il ne peult aucunement oblenii , ou plustost vraiement nialicieux de lui voulloir faire perdre, sous le nom de paix, la vrai relligion, et liberté, en laquelle il a protesté de voulloir vivre, et mourir, et sans laquelle il ne peult y avoir de vraie paix.

Mais S. E. leur accorde que l'ennemi voulleust maintenant octroier meilleure condition qu'alors , mesme qu'il baille à ceulx de la relligion , et de ce parti la carte blanche, et les face arbitres de leur capi-

tulation, tant pour les privilèges et libertés, que pour l'exercice de leur relligion , qui est tout ce qu'ils peuvent demander : quelle asseurance auront ils maintenant que ceste paix leur dure, et que les conditions leur en soient observées? Au contraire , en moins d'ung an ils ne voyent leur ruyne extrême, et sans remède?

Chascun sçait que par une paix il sera tous] ours dict que les armes soient posées, les forces licenciées, les garnisons mises hors , les bourgeoisies désarmées , le commerce remis en son entier; et l'ennemi, pour nous oster toute défiance , ne demandera peut estre pas mieux que de commencer l'exécution de ces choses, dont aulcun dommage ne lui peult advenir, veu la nature des villes de son parti, afin que, sans difficulté, nous facions le mesme , que , veu la nature des nostres , nous ne pouvons faire sans apparente ruyne.

Joint qu'alors nous n'aurons point faulte de gens, qui croiront comme des maintenant, que tout est perdeu et ruyné , afin de se desarmer incontinent, et se desfaire de tous gens de guerre, et seront peut estre si endormis., ou occupés chascun en son particulier mesnaige , que nous lairrons aisément surprendre le public.

Or, quand les choses seront réduites à ce poinct, comme par telle paix, elles ne peuvent faillir, S. E. prye tous ceulx qui affectionnent la vraie relligion et liberté, de se proposer ce qu'elles peuvent, et eulx mesmes devenir.

Il est trop certain qu'il n'y a gueres ville en ce pays , et nommément en Flandres, en laquelle les ennemis de nostre relligion ne soient encores aujourd'hui en plus grand nombre, et qu'ils no sont retenus que par l'auctorité du magistrat, et la force de la garnison;

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