POUR LES AFFAIRES DE FLANDRES
joint que, quand ces inégalités seront ostees, est à craindre que plusieurs, qui ores se feignent estre des nostres, ne se descouvrent tout aultres, et que des plus affectionnés ne se refroidissent.
En après , ceulx de la relligion romaine se plaignent d'avoir esté et estre opprimés par nous, excleus des charges et dignités , privés de la liberté de leurs consciences et de leur exercice , etc. Joint que plusieurs offences et animosités particulières sont nées pendant ces troubles, lesquelles en ung temps favorable , ils resveilleront incontinent , veu que des ceste heure mesmes quelques ungs ne le peuvent dissimuler.
Jugent ceulx de la relligion, et particulièrement messieurs de Gand par leur conscience ce qu'on pèult et doibt espérer de ceulx de la relligion contraire , si jamais on revenoit à estre exposés à leur discrétion , comme infailliblement on seroit par une telle paix Et pour leur en ouvrir le jugement, les exemples de France suffisent assés.
Ne fault aussi doubter que les ennemis voudroient lors r'entrer es biens ecclésiastiques vendeus , aliénés , ou appliqués à aultres usages, dont ceulx qui ont eu plus d'auctorité es villes, seroient les plus comptables. Et peult estre ceulx mesmes qui se flattent en ceste vaine espérance de paix , s'en trouveroient sans y penser les plus empestrés.
Et quand du premier coup Testât ne se changeroit poincten quelque ville à cause du bon magistrat, peut estre, qui pour le reste de son temps y tiendroit la main, encores certes qu'il est apparent que, se voyant dénué de support, il s'affoibliroit de courage ; il est au moins évident que l'establissement de la loi en chacune
MÉM. I»E DuPLESSIS-MoRNiY. ToME II. Q
l3o INSTP^UCTION
ville despendroit alors en partie d'ung conseil d'estat suspect et dangereux , lequel y admettroit ceidx de la relligion romaine , sans que contre iceulx nous puissions alléguer nos privilèges, et d'entr'eulx les plus contraires à nostre parti , et plus affectionnés au sien ; et, par ce moyen, en moins d'ung an Testât du pays seroit tout changé et corrompeu , et d'aultant plus que les magistrats ont ordinairement plus d'auctorité et de suite à advancer le mal que le bien.
C'est quant à la paix générale , pretendeue , comme S. E. entend, par quelques ungs, laquelle l'ennemi ne nous à onc offert telle, ni approchante de là, combien qu'.i ceulx qui aiment la vraie relligion, et prospérité de la cause commune, elle ne peult sembler que très préjudiciable.
Et quant à la paix particulière , qu'ils appellent neutralité, moyennant laquelle l'ennemi promettroit au peuple de le laisser vivre en repos, et à sa fantaisie pendant qu'il tueroit et ruyneroit ses voisins , il répugne trop à la réputation de messieurs de Gand d'abandonner une si honorable partie ; et ont tous assés d'entendement pour cognoistre que ceste neutralité ne seroit qu'une trêve jusques à la ruyne des aultres provinces. Et, partant, n'en auroientaultre advantage que d'appréhender journellement leur mort et ruyne en celle de leurs compatriotes , sans les oser secourir, ni s'aider eulx mesmes.
Mais , qui plus est , sous ombre de ceste neutralité , ils seroient contraints, et n'oseroient refuser de donner passage à l'ennemi sur leurs terres; et, quant aux gens de guerre de deçà, justement ils leur feroient la guerre, comme à déserteurs de la cause commune, et leur ravageroient leur pays. Et par ainsi le peuple se trouveroit
POUR LES AFFAIRES DE FLANDRES. l3l trop plus intéressé de ceste neutralité prétendue, que de la présente guerre.
Et particulièrement lesdicts sieurs leur diront
et feront sentir que messieurs de Zelande ayant entendu ces discours, les trouvent fort estranges, estans résolus à toute extrémité de poursuivre la guerre, et mourir plustost jusquesau dernier, que de se laisser ainsi abuser à l'ennemi, encores que tels traités, comme chacun sait, ne leur seroient si dangereux qu'aulx dicts sieurs deGand; et pourtant, en cas qu'on voullust passer ouhre , en tels traités, ne pourroient qu'ils ne se départissent de leur amitié et correspondance, parce qu'en se perdant , il est tout apparent qu'ils avancent , en tant qu'en eulx est, la ruyne de tous les aultres.
Ce que dessus diront lesdicts sieurs et selon
qu'ils jugeront estre besoing , et que le mal sera passé avant, ou aulx collèges en public, ou seuUement aulx particuliers , qui en pourront faire leur profit entre le peuple , ce que S. E. remet à leur discrétion et prudence, parce que, si les choses n'estoient si eschauffees , ne seroit besomg d'en faire si grand bruit.
Reste ung aultre poinct; c'est que, pour rendre le peuple plus enclin à telle lascheté, et afin qu'il se jette dedans le lac , sans regarder comment , on lui oste tout espoir, disant qu'il n'y a plus de moyen de faire la guerre, etc. De quoi plusieurs gens de bien mesmes se peuvent mettre en peine pour les difficultés qu'ils prévoient, et qu'ils voudroient prévenir.
Sur ce, S. E. a donné charge aux dicts sieurs de déclarer à messieurs de Gand les offres et propositions que faict son altesse*, duquel on attend la veneue au premier jour, et avec lequel on espère en l'assemblée
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des estats généraux prendre une bonne resolution, et
salutaire à tous ces pays.
Mais quand ores sa venue seroit retardée pour le mariaige avec la royne d'Angleterre , soit pour aultre cause qui peut survenir, S. E. espère qu'en ceste prochaine assemblée on fera ouverture de si bons et convenables moyens pour maintenir la guerre , payer et discipliner la gendarmerie , et soulager le peuple, que si on les veult suivre , Testât en sera avec l'aide de Dieu, relevé , et chacun en particulier aura contentement. Et ces moyens dépendent de la resolution , union et concorde des provinces , et de chacune ville.
Seullement lesdicts sieurs requerront et exhorteront messieurs de Gand, des collèges, et tous gens de bien affectionnés, d'envoyer, ou faire envoyer au plus tost que faire se pourra, des députés en ladicte assemblée , gens notables, et bien instruits et auctorisés pour résoudre de toutes choses. Et qu'attendant la resolution générale , ils veillent pourvoir au payement et contentement des gens de guerre, afin que desordre n'y intervienne; les asseurant, qu'aidant Dieu, l'ordre y sera mis en ceste assemblée pour l'advenir, pourveu, comme S. E. les en prye de tout son cœur, que, de leur part, ils s'y employent à bon escient, et ne permettent que, par ces novalitéset desseings particuliers, l'union et concorde générale soit empeschee ou retardée , de laquelle seulle , après la faveur de Dieu , despend le salut de ces pays.
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