‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 20 sur 83 · XVII. — PROJET DE LA LEGATION · texte numérisé non relu

XVII. — PROJET DE LA LEGATION

Que monseigneur d'Jnjou, esleu duc de Brahant, destinait en Allemaigne , à la diète d Ausbourg , Van i582.

Il semble que ceste légation doit tendre à deux fins. La première , d'empescher que la diète ne nous apporte du mal : la seconde , de tascher qu'elle nous apporte du bien.

Le mal qui est à craindre , c'est que le pape , l'empereur et le roi d'Espaigne principalement, avec leurs adherens , prétendent que les princes d'Allemaigne, c'est à dire l'Empire, se bande contre les Pays Bas, nommément contre monseigneur le duc de Brabant.

Le bien qui s'en peult raisonnablement désirer, c'est que l'élection faicte par les estats soit confirmée par l'Empire , et mondict seigneur le duc receu à foi et hommage , selon la forme des prédécesseurs , et en toutes les prérogatives qui en dépendent ; mais pour ceste première fois malaisément se peut elle espérer.

Pour parvenir à ces fins, semble que seroit bon de tenir la procédure qui en suit.

Que ceulxquiseroient depeschés des pays de deçà à la diète impériale, eussent double instruction et doubles créances. Les unes, comme envoyés purement de par les estats généraux de ces pays; les aultres, comme envoyés avec charge de monseigneur le duc de Brabant, et que cela demeurast secret jusques au besoing.

Qu'arrivant au lieu de la diète, ils ne parlassent que des estats généraux , et demandassent audience en vertu de leurs lettres, au nom d'iceulx, laquelle ne leur

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pourroit estre déniée , veu qu'elle est assemblée pour leur faict, au lieu que, soubs le nom du nouveau duc de Brabant, elle le seroit sans double ; et, icelle octroyée, fissent leur barangue , qui pourroit, pour la justification des actions desdits estais généraux, contenir ce qui en suit :

1. L'obligation mutuelle, qui est naturellement du prince envers les subjects, et des subjects envers le prince , laquelle est de droict divin , veu que nature n'est aultre cliose que l'institution de Dieu , et partant , ne se peidt ne doibt enfraindre.

2. L'obligation mutuelle, qui est de droict civil par conlract et serment réciproque , exprès entre les seigneurs des Pays Bas et leurs subjects , dont fauldra faire apparoir par les joyeuses entrées, etc., confirmative et interprétative de la précédente.

3. Fauldra discourir combien lesdicts estais, tant en gênerai qu'en particulier, ont rendu de tout temps d'obéissance à leurs seigneurs, à l'acquit desdictes obligations naturelle et civile, nommément à l'empereur Charles, et depuis résignation faicte au roi d'Espaigne, son fils; ce qui se pourra confirmer par histoires et tesmoignages.

4. Au contraire, en combien de sortes le roi d'Espagne a violé lesdictes obligations ; sur quoi sera bon de s'eslendre à reciter les principaux articles portés par les contracts mutuels et les infiactions d'iceulx.

5. Qu'en ceste oppression, lesdicts des Pays Bas, qui eussent pu, cà la rigueur, selon le serment, user de leur puissance, ont eu recours à se plaindre aulx gouverneurs establis par ledict sieur roy ; nommément à la duchesse de Parme , sa sœur naturelle , aimant mieux en accuser tout aultre que le roy absent.

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6. Mais que, voyant qu'elle alleguoit le commandement d'icelui , se seroient résolus d'envoyer des principaux seigneurs du pays sur les lieux , pour mieux informer ledict sieur roy de Testât desdicts pays, lesquels feurent traictés , comme chacun sçait , etc. , et n'en sortit aultre fruict, sinon.que, pour ung reformateur, leur feut envoyé ung bourreau, etc., à sçavoir le duc d'Albe.

7. Et ici fauldra raconter les cruautés et tyrannies commises soubs son gouvernement, contre les loix et statuts de ces pays, et contre tout droict dénature, notoires h ung cliacun.

8. A ces cruautés et tyrannies s'opposa un temps M. le prince d'Orenge , es provinces de Hollande et Zelande, tant comme appelé par icelles, que pour l'acquit de son debvoir , leur estant gouverneur, comme aussi aulx efforts du grand commandeur qui le suivit; tant que par la mort dudict commandeur, les aultres provinces respirèrent et ressentirent le mal commun, dont non seulement elles se relevèrent de dessous le joug, mais tascherent mesme à délivrer tout le pays des guerres qui l'accabloient.

9. De là nasquit la reconciliation des provinces ensemble, pratiquée en la viile de Gand; et parce que les estats et provinces, pour le grand nombre de gens qui adheroient à la relligion , et s'y adjoignoient de jour en jour, apperceurent que leur estât ne pouvoit estre en paix si les placarts , recherches et persécutions continuoient, feut accordé que telles choses cesseroient , dont lesdicts pays commencèrent à se r'avoir et revenir à leur première splendeur.

]0. Mais l'Espaignol, impatient de leur repos, et désireux de leur ruyne , envoya don Juan sous ombre de gouverneur desdicts pays , lequel n'y fust si tost qu'il

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y voulleut remettre le feu par infinies pratiques, etc., dont les estats feurent contraints de prendre les armes, et lui, voyant sa trame rompue, se retira à Namur , dont il saisit le chasteau. Appert, par ses lettres interceptées, qui ont esté ci devant produites.

1 1. Ce feut la cause de r'embraser les troubles, qui depuis n'ont cessé, et encores <|ue, sur ces commencemens, icelui estant desnué de forces, eust esté aisé à ruyner, toutesfois, pour le remettre en son tort, se ressentant de leur obéissance accoustumee, tentèrent encores tous moyens de paix , tant que les Espaignols feurent rappelés au pays , et toutes choses en pire estât que jamais.

J2. Voyant les estats qu'ils ne pouvoient plus rien espérer, ni des gouverneurs leurs capitaux ennemis, ni du roy mesme , qui interpretoit leurs requestes en rébellion, et faisoitmourir leurs députés, etc. , pour n'obmettre aulcune des voies douces, eurent recours, par plusieurs fois à l'empereur et à l'empire, desquels aulcuns desdicts pays meuvent en fief, espérant justice par leur moyen comme du juge légitime entre le seigneur et les vassaux, tant pour l'honneur qu'ils désirent toujours leur rendre, que nommément, etc.

i3. Mais que, par les pratiques des Espaignols et leurs adhérens , et aultres preocupations seroit advenu que, nonobstant qu'ils eussent receu pour gouverneur le frère de l'empereur, etc. , ils ont esté abandonnés en leur oppression , et mesmes nullement assistés , soit en la guerre, soit en la paix, (i)

\f\. Nommément, comme ainsi soit, que pour l'espérance qu'ils auroient eu d'obtenir la paix par le

(i) iXolez que jamais l'empereur n'a advoué sa venue.

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