‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 22 sur 83 · D'AUSBOURG · texte numérisé non relu

D'AUSBOURG

La harangue estant dressée et prononcée sur les susdicts Mémoires , en fauldra bailler une copie par escrit, et faire, s'il est possible , soit par impression, soit aultrement, que tous les princes et seigneurs en ayent un exemplaire , auxquels soient adjoints et attachés les principaux papiers cités pour la vérification de chacun article.

Puis icelle s'estant pourmenee quelques jours , pourront lesdictes ambassades présenter les lettres de créance, et demander audience pour et au nom de monseigneur le duc d'Anjou, taisant le nom du duc de Brabant, afin que,soubs ce prétexte, on ne lui refuse l'audience que plus malaisément on lui peut refuser en ladicte qualité; et, ladicte audience accordée, pourroit estre remonstré ce qui ensuit :

1. Que les estats des Pays Bas ayans eu recours en leur oppression audict seigneur duc , selon la coustume et louable mémoire, tant de ses prédécesseurs, que de tous généreux princes, il auroit volontiers preste l'oreille à leur cause, et défendu leur querelle , principalement voyant que toutes équitables conditions de paix leur estoient desniees; toutesfois, pour esprouver s'ils pourroient avoir la paix, leur auroit, non obstant le traicté jà faict avec eulx, accordé de lui, etc.

2. Dont seroit ensuivi, que continuant d'une part l'oppression, et de l'aultre son secours, il auroit esté appelle, esleu, couronné , proclamé , receu, etc., duc de Brabant.

3. Et parce que son desseing n'avoit onc esté d'entreprendre sur l'autrui, ains de rendre à chacun ce qui lui est deu, incontinent qu'il auroit entendu la diete , se seroit délibéré d'y envoyer, comme il faict, etc., pour leur déclarer comme il a accepté et accepte le-

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dict tiltre et seigneurie; que ce n'est poinct invasion,

comme Navarre ou Portugal , mais légitime élection.

/(. S'offrant à accomplir les traictés, droicts, debvoirs,hommages accoustumés par les prédécesseurs, etc., pareillement à se conformer, des que la guerre lui donnera relasche, à ce qui sera ordonné pour l'utilité de l'empire, suivant l'ordonnance de la journée d'Ausbourg, i548, etc.; comme aussi ne souffrira que par les siens aulcun tort soit faict à l'empire , ou subjects d'icelui, etc.

5. Conclura par requérir d'estre receu en foi et hommage, d'avoir séance en l'empire et assesseur à Spire, comme tel, etc., promettant toute amitié, service, etc.

Cela faict , se pourra traicter particulièrement avec les princes , proposant à chacun les raisons qui lui seront plus propres.

Aux électeurs ecclésiastiques, leur remonstrer combien de fois, à Cologne, on leur a prédit ce qui adviendroit, si on ne proposoit plus équitables conditions de paix , veu qu'ils n'accordèrent oncq que des bannissemens , et virent qu'on ne cherchoit pas de pacifier, mais de diviser. Que ce n'est poinct de la part du sieur duc une invasion, mais une élection juste, telle que leurs prédécesseurs ont aultres fois pratiquée contre des empereurs mesmes , pour n'avoir gardé le serment faict à l'empire.

A l'électeur Palatin , la justice de la cause des Pays Bas , approuvée par tant de gratifications que leur a faict feu M. l'électeur son père, et d'aultre part le voi-^ sinage et parentage de France, dont ces prédécesseurs n'ont jamais receu qu'amitié, etc.

A l'elecleur de Saxe, lui ramentevoir, pour justifi-

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cation d'une pareille action, l'entreprise généreuse du duc Maurice contre la tyrannie espaignolle, oultre tout ce que dessus; item au marquis de Brandebourg et aultres.

Au landgrave, oultre les susdictes raisons, alléguer l'amitié de la couronne de France, laquelle, en pareille cause , a secouru et délivré feu son père.

Faire aussi signifier, par interposés, au cardinal Madrucce ou de Trente , ambassadeur du pape, en quel danger se met le pape, irritant son altesse, de perdre tout le crédit qu'il a en France, qui seroit son extrême ruyne.

Pratiquer les ambassadeurs de Florence , et Ferrare, et Venise, et aultres, pour leurs interests contre la grandeur d'Espagne, etc.

De M^'' le duc cT Anjou, etc., à MM. de Bouillon (i) et Duplessis y allans de sa part a la diète d'Ausbourgy fan i582.

Desclaueront premièrement à sa majesté impériale (2) et aulx très révérends, très illustres et très notables princes, seigneurs, députés et estats du sainct empire, l'honneur, le respect, l'affection et la bienveillance que monseigneur le duc d'Anjou , fils et frère de rois de France, leur porte et désire à tousjours porter, tant en gênerai qu'en particulier; en tesmoi-

(i) Messire Guillaume Robert de la Mark , duc de Bouillon. (2) Geste négociation feut rompue , et n'y allèrent poinct lesdicts sieurs.

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gnaige de (juoi il auroit, long temps a, proposé d'envoyer vers la majesté impériale et les princes et estats dudict sainct empire, pour leur faire entendre, selon l'honneur qu'il leur veult rendre , et le debvoir d'amitié nécessaire entre princes bons voisins et anciens amis , les causes de ses conseils et desseings, nommément en ce qui touche les affaires des Pays Bas.

Mais en auroit esté quelque temps retenu sur ce qu'il entendit, des le commencent de l'année présente, que la diète impériale se debvoit tenir, laquelle depuis auroit esté par plusieurs fois différée, estimant qu'il seroit trop plus à propos de leur déclarer le tout en telle très notable et très célèbre assemblée , comme aulx oreilles et à la vue de tout le sainct empire.

Leur diront donc que , comme les estats des Pays Bas lui eussent par plusieurs fois unanimement remonstré la misérable servitude dont ils seroient et auroient esté, par longues années, opprimés iniquement par les Espaignols, le debvoir au contraire que de tout temps ils auroient rendu, nommément au roy d'Espaigne, et estoient encoresprests de lui rendre, suivant les accords et sermens mutuels ; il auroit esté meu premièrement pour le debvoir de nature, et par l'exemple de tous princes généreux , d'embrasser leur défense et protection en une si juste cause, espérant que ledict sieur roy, se resouvenant de la fidélité et obéissance de son peuple, et de la bienveillance réciproque que les princes doibvent à leurs subjects, changeroit d'advis , et mettroit fin , par une bonne et équitable paix , aulx longues et insupportables misères de ses povres pays.

Qu'à ceste fin il y seroit lors venu avec une bonne et florissante armée , et auroit esté receu en plusieurs bonnes et notables villes desdicts pays, desquelles,

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comme chacun sait, il eust peu se prévaloir, si son intention eust esté d'envahir l'aultrui; mais qu'au contraire , voyant la voie de paix ouverte, comme il sembloit, nommément par la médiation de l'empereur et entremise de quelques très révérends princes et illustres personnages du sainct empire , il auroit très volontiers et de lui mesme retiré et abstenu totalement ses forces desdicts pays , pour ne sembler troubler un si sainct et si nécessaire affaire ; encores que par les choses passées il apperceust très bien, et feust aussi de plusieurs parts adverti quesdicts traictés de paix les Espagnols n'avoient aultre but, que d'esloigner le secours desdicts pays, et en les entretenant en longues et vaines espérances , leur faire tant plus avantageusement la guerre.

Sur quoi remarqueront particulièrement que combien qu'iceulx sieurs des estats eussent accordé unanimement avec lui d'ung certain terme, en dedans lequel la paix deust estre ou conclue ou rompue, pour ne tenir ses forces inutiles et en suspens (comme appert par le traicté de Tan i 5^8 en aoust) ; feut toutesfois mondict seigneur content d'allonger le terme tant qu'il leur pleut et qu'ils jugèrent bon estre, afin que ledict seigneur roy d'Espaigneeust loisir de retourner à soi , et eulx moyen de sonder tout ce qu'ils en pourroient obtenir, n'y faisant icelui aultre difficulté, sinon qu'il avoit regret de les voir périr pièce à pièce , soubs ombre de vaines espérances, au lieu qu'acceptant à temps le secours qu'il presentoit , ils se pouvoient, parla grâce de Dieu, conserver.

Cependant seroit advenu que la paix, après avoir esté debatue six mois entiers à Coulogne , seroit non seulement venue à néant, mais mesme tournée à leur

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grand dommage , ne leur restant du traicté qu'ung desespoir de jamais y revenir, et ung regret d'y avoir tant perdu et d'occasion et de temps, leurestans, non obstant leurs remonstrances , proposées les mesines conditions qui avoient causé leur calamités depuis quinze ans, comme ledict seigneur duc ne doubte que lesdicts sieurs des estats l'auront faict amplement entendre à sa majesté impériale et aulx très révérends, 1res illustres et très notables princes, seigneurs, députés et estats du sainct empire, sans qu'il soit besoin de la leur ramentevoir en cest endroit.

Qu'en ceste extrémité se ressouvenans lesdicts sieurs des estats de la bonne affection qu'il auroit eue ci devant de les défendre contre l'oppression et tyrannie, après longue et meure délibération, auroient unanimement envoyé vers lui une notable ambassade (l'an i58o), composée de toutes lesdicles provinces, l'auroient appelé pour leur prince et seigneur, suivant leur puissance et auctorité portée par les loix et statuts dudict pays, moyennant certains articles accordes entr'eulx pour leur bien et repos, dont seroient entrevenus mutuels et réciproques sermens.

Mais que ledict seigneur duc désirant esteindre la guerre en France, premier que partir, suivant le pouvoir qu'il en auroit eu du roy très cbrestien , son très lionoré seigneur et frère , y auroit tardé assés long temps pour establir la paix : depuis auroit secouru la ville de Cambray assiégée par le parti dEspaigne, et seroit peu après passé en Angleterre pour très grands et importans affaires qu'il avoit avec la serenissime royne d'Angleterre; pendant lequel temps, (jui contient près de deux ans, ledict sieur roy d'Espaigne auroit eu assés de loisir de s'amender envers sou peuple, et présenter

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conditions recevables pour asseurer leur vies et contenter leurs consciences; quoi faisant, eust apperceu que ledict seigneur duc ne tendoit poinct par ses armes à usurper Taultrui, mais, selon le debvoir de tous princes Lien nés , à conserver et r'establir un chacun , autant qu'en lui est, en ce qui de droit lui appartient contre la violence de ceulx qui, se fondans sur leurs seules forces, veulent fouler tous droits et toutes loix aulx pieds.

Qu'ainsi donc le roy d'Espaigne, continuant de plus en plus à opprimer lesdicts sieurs des estats, et iceulx d'aultre part à reclamer son aide en ceste griefve oppression, très volontiers seroit venu esdictspays, enauroit accepté les titres et seigneuries selon les solemnités accoustumees, et y auroit apporté tout ce que Dieu lui a donné d'auctorité, de forces, de moyens pour la tuition et desfense d'iceulx; et espère ledict sieur duc que Dieu lui fera la grâce, tant de deffendre et de délivrer de toute oppression ung si grand peuple, qui , pour la bonne opinion qu'il en a eue, a faict élection de lui , et s'est jette entre ses bras , qu'aussi de conserver et maintenir la principauté et seigneurie qui 1 ui en est si légitimement acquise, et à laquelle il se sent vraiment appelle de Dieu mesme, puis qu'il y est venu aulx souhaits de tant de gens de bien de toutes qualityes , et aux cris redoublés de tant de povre peuple, opprimé sous la servitude espaignole.

Et ce d'autant plus, que ce n'est point une conqueste de gaieté de cœur, procédante ou de pure ambition , ou de la seule bienséance desdicts pays, comme le roy d'Espaigne en tient et en a entrepris, et de fresche mémoire, nommément le duché de Milan, fief ancien et chambre de l'empire, le royaume de Navarre, et à

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présent celui de Portugal , etc. , lesquelles ne sont fondées que sur la seule force et contrainte, et partant suivies d'une servitude extrême des pays et du peuple ; mais certes, de la part desdicts estats des Pays Bas, une nécessité et oppression extrême, de la part dudict seigneur duc une affection de les soulager pure et simple, attendu , comme il est tout évident, qu il ne lui en revient pour le présent (qui toutesfois vient tousjours le premier en considération) , que beaucoup de travaux , de haines et de frais , et que de telle entreprise, veu le lieu que par la grâce de Dieu il lient , il se pouvoit honorablement et utilement passer, si l'amour de justice et la compassion des affligés, qui tousjours ont eu beaucoup de puissance sur les cœurs généreux, ne l'y eussent poussé et conduict.

Suivant ceste mesme intention , déclareront à S. M. impériale, et aulx très révérends, très illustres, très notables princes, seigneurs , députés, et estais du sainct empire , que ledict seigneur duc de Brabant et d'Anjou, etc., comme il est légitimement entré en la seigneurie desdicts Pays Bas, prétend aussi observer et accomplir soigneusement tous les traictés, qui sont d'ancienneté entre tous les princes et estats voisins , et sesdicts estats des Pays Bas. Nommeement s'offriront de^sa part à faire le deu et accoustumé hommage à l'empereur et au sainct empire des terres et seigneuries qu'il en relevé, selon la forme qu'il a esté faict par le feu empereur Charles et le roy d'Espaigne, ses prédécesseurs, et à icelui requerront présentement estre receus en cesle tant célèbre assemblée.

En conséquence de quoi requerront que ledict seigneur duc de Brabant, etc. , soit avec les susdicts pays receu en la protection du sainct empire , et honoré de

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la séance accoustumee es journées impériales, et aultres prérogatives à icelui appartenantes : au contraire, que ceulx qui leur font , ou feront la guerre , soient déclarés ennemis du sainct empire, comme tels mis au ban impérial , et reboutés de tout ce qu'ils voudroient prétendre vers icelui empire , ou par son moyen , attendeu qu'ils en auroient vouleu descliirer et arracher uncr si notable membre , et maintenant en chercheroient encores la finale désolation , et ruyne.

Moyennant quoi, ledict seigneur duc sera de plus en plus obligé de continuer, et observer l'amitié, qui, de temps immémorial, a esté entre les estais du sainct empire , et la maison et couronne royale de France; et, pour les susdicts pays, qui, par la grâce de Dieu, lui sont si légitimement acquis , leur" rendra tousiours honneur, obéissance et service.

Ce sont les instructions de monseigneur le duc de Brabant et d'Anjou a MM. de Bouillon et Duplessis , allans de sa part vers la majesté impériale, et les très royaulx , très imperiaulx , très nobles princes , seigneurs et députés du sainct empire, ausquelles ils pourront adjouster, tant vers tous iceulx en gênerai, que vers chacun en particulier, ce qu'ils jugeront convenir à ceste fin, etc.

^ M. Duplessis.

Du 1 1 mai iSSa.

Monsieur Duplessis, j'ai veu par une lettre que

vous avés escrite au sieur de Segur , comme monsieur

désire vous envoyer en Allemaigne pour déclarer les

droicts et fondemens de son entreprise à la diète de

l48 LETTRE DU IlOY DE NAVARRE , etc

l'empire qui s'y tient solennellement. C'est ung voyaige digne de vous, et auquel vous aurés moyen de faire paroistre la dextérité de vostre esprit; et si je m'asseure qu'estant occupé au service de S. A. vous ne serés inutile au mien. Faictes le donc, je vous prie, etescrivés moi souvent. Car, pour si longues que soient vos lettres, elles seront tousjours bien receues de celui qui prie sur ce le Créateur , M. Duplessis , vous tenir en sa garde. De Pau.

Vostre meilleur maistre et ami, Henry.

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