‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 23 sur 83 · XX. — LETTRE DE M. DE DANZAY · texte numérisé non relu

XX. — LETTRE DE M. DE DANZAY

Ambassadeur du Roy en Dannemarck , a M. Duplessis.

Du 18 mai 1082.

Monsieur, premier que vostre lettre du i5 novembre m'ait esté rendeue , qui a esté bien tard , à cause du véhément hiver que nous avons eu par deçà , et des glaces qui nous ont tenus assiégés longuement, i'estois affligé d'une si véhémente et aspre maladie, que, Vespace de trois mois, je n'ai eu une demie heure de continuel repos ; cela a esté cause que ne vous ai de long temps escrit. Je vous supplie m'excuser. Aussi, veu la despesche que vous attendiés pour continuer la negotiatioii que vous sçavés, que me voulliés faire tenir, je desirois dresser quelques mémoires pour plus facilement l'avancer, et les vous envoyer, pour voir s'il y auroit chose qui y peust servir. Mais ladicte maladie ne la peu permettre. Ce sera pour la première commodité. Je ne vous parlerai des accidens communs qui nous sont advenus, ce que je ne pourrois faire sans une extrême douleur. Et il faut louer celui qui ne faict

LETTRE DE M. DE DANZAY, etc. l49

rien que bien. Durum^ sed levius fît patientiâ quidquid corrigera est nefas. Vostre livre de l'ancienne relligion est cause que plusieurs doctes personnes ni'escrivent souvent, pour sçavoir si la traduction latine aura esté imprimée , pour en avoir des exemplaires ; Comme aussi de "vostre livre de l'Eglise , qui mérite bien d'estre mis en latin.

Je vous remercie très affectueusement de la bonne souvenance que vous avés eu de mon neveu de Danzay. J'espère qu'il est à présent en France , et m'asseure qu'il ne fauldra de se trouver aulx Pays Bas pour continuer le service qu'il doibt à Son Altesse. Il est de bonne volonté, mais il a encores besoing d'estre retenu. Il vous remerciera de l'honneur que lui avés faict , et vous obéira et servira comme il y est tenu. Dieu le garde de mauvaise compaignie. Ladicte Altesse m'a escrit qu'elle envoyeroit de brief personne de qualité devers le roy de Dannemarck pour l'affection qu'il a de donner commencement à une vraie et sincère amitié entr'eulx ; renouveler les anciens traictés et confédérations qui ont de long temps inviolablement esté conserves entre les roys de Dannemarck et les Pays Bas ; et pour confirmer leurs privilèges et libertés; dont la resolution a esté telle. Il y a controverse entre le roy d'Espaigne et lesdicts pays. Le roy de Dannemarck ne veult entrer en cognoissance de cause, et moins en donner jugement. Il est allié et confédéré dudict roy d'Espaigne, qui lui a tousjours esté bon voisin et ami. Pour ceste cause , il ne le veult offencer sans juste cause, ne contrevenir à la foi qu'il lui a jurée et promise ; comme il feroit manifestement , s'il s'allioit ou confederoit durant ceste contention avec Son Altesse comme duc de Brabant et seigneur des-

l5o LETTRE DE M. DE DA.NZA.Y

dicts pays. Mais, veu les honnestes offres qu'il lui a faicts, qu'il recevoit d'une singulière affection son amitié , comme prince de France , et frère du roy très chrestien , qui lui avoit tousjours esté très fidelle ami, et qu'il conserveroit et augmenteroit iaclicte amitié par tous les honnestes services qui lui seroient possibles. Aussi , que pour son respect , il permettra que ceulx desdicts pays trafiquent librement par ses royaumes et pays, et ne diminuera aulcunement leiu's privilèges. Par ce moyen, il me semble (jue sa dicte Altesse a de faict ce qu'elle demande audict roy de Dannemarck, et que, veu l'occasion présente, elle s'en doibt contenter, sans presser ne importuner le roy de chose qu'il lui peust justement refuser. Je vous asseure , monsieur, que j'ai eu de la peine premier que réduire ceste negotialion en tel estât. Et sans les moyens desquels j'ai usé, ledict roy de Dannemarck se feust apertement déclaré pour l'Espaignol , comme plusieurs princes lui conseilloient, et lui faisoient de si grans et asseurés offres, qu'il a esté bien esbranlé. Mais, j'espère qu'il ne contreviendra à la promesse qu'il m'a faicte , si sa dicle Altesse envoyé promptement vers sa majesté , comme elle a promis, ce qui est merveilleusement nécessaire. Et s'il est possible qu'il ait lettre de faveur du roy très chrestien audi<'t roy de Dannemarck. Car cela est de très grande importance pour faire cesser plusieurs sinistres suspicions, qui sont si imprimées en l'esprit de plusieurs, qu'il est presque impossible de les effacer. Je ne double poinct que M. de Villiers ne vous communique familiairement ce que je lui ai escrit, qui m'engardera de vous faire plus longue lettre; aussi que je suis si débile que je n'en puis plus. Je vous supplie m'excuser.

A M. DUPLESSIS. l5ï

Monsieur , je me recommande bien humblement à vostre bonne grâce, et prye Dieu vous donner très heureuse et longue vie.

De Helseigneur.

Vostre bien humble serviteur et entier ami, Danza^y.

Et estait escrit au bas , en apostille :

Celui qui viendra par deçà, de la part de Son Altesse, pourra demander et proposer au roy de Dannemarck ce qui lui plaira. Mais qu'il se contente d'une honneste response , sans presser ledict roy de chose qu'il peust justement desnier. On nesçait encores quel succès prendront les desseings de Son Altesse , et nos actions sont si suspectes, qu'ung chacun en est tousjours en crainte et do'ibte. Et en telles occasions, celui est bon ami qui ne nuit poinct. Je desirerois grandement scavoir si Son Altesse envoyera à ceste diète impériale, comme il seroit bien nécessaire, pour plus facilement rompre les conseils de ses adversaires , qui ne perdront ceste occasion de lui nuire, s'ils peuvent.

Et au dessus de la lettre estait escrit :

A Monsieur^ Monsieur Duplessis , Conseiller du roy de Navarre ^ et son. Ambassadew aux Pays Bas. «

Pour le sieur de Clervant , allant de la part du roy de Navarre vers M. de Savoie; dressée par M. Duplessis.

Représentera à M. le duc de Savoie le grand contentement que le roy de Navarre a receu de l'asseurance qu'il à pieu audict seigneur duc lui donner de sa sincère et entière amitié, Tasseurant que ledict sei-

l52 INSTRUCTION DU ROY DE NAVARRE gneur roy n'a rien en ce monde plus cher , comme de sa part il ne fauldra aussi d'y correspondre par tous bons offices , qui se peuvent attendre d'ung très affectionné parent et entier ami.

Et, quant à la démonstration que ledict seigneur duc lui a faict de voulloir confermer et estreindre ceste amitié par ung lien de mariaige avec madame sa sœur, lui déclarera que ledict seigneur roy auroit ung singulier désir que les choses peussent estre conduites à ceste fin.

Mais, sur ce que le sieur de Bellegarde lui auroit tenu propos, qu'il seroit requis, pour y parvenir, que madicte dame sa sœur changeast sa relligion, ne peult ledict seigneur roy lui celer que ceste condition lui a semblé dure et estrange, comme il ne double qu'elle semblera telle audict seigneur duc , quand il y aura ung peu pensé, (j)

Car ledict seigneur duc sçait très bien que Tobligation que les hommes ont envers Dieu , précède de bien loing toutes aultres; et les princes l'ont d'aultant plus grande, qu'ils ont plus receu de lui. Et ne sçait ledict seigneur roy quelle amitié , sincérité et fidélité, ledict seigneur duc pourroit ci après attendre ou espérer dudict seigneur roy, par le moyen de ceste alliance , s'il avoit conseillé à madame sa sœur de faire une telle faulte envers sa conscience propre. Comme aussi , il ne voit poinct quel heur et prospérité il pourroit attendre d'ung mariaige, qui auroit esté commencé par ung si misérable commencement que celui là.

Joint que, s'il plaist audict seigneur duc entrer en profonde considération de ce faict, ledict seigneur roy »i I .. . — ——.——.— ^»— .—.-—— —

(i) Ceste considération achoppa le mariaige.

AU SIEUR DE CLERVANT. l53

nepeult faire chose plus préjudiciable à sa réputation , inesme entre tous hommes, que celle là , par laquelle il meriteroit de perdre, et perdroit sans doubte l'amitié et alliance de tous ceulx desquels jusques ici il a esté fortifié et appuyé. Au lieu que le but de telles alliances est d'accroistre d'amis et d'appuis ; et que ledict seigneur duc désirant ceste ci , doit désirer par mesme moyen que ledict seigneur roy garde et maintienne les siens de plus en plus, lesquels par ceste alliance lui seront acquis , pour en estre fortifié, appuyé, et servi es occasions qui se peuvent présenter.

Sur ce que ledict sieur de Bellegarde a faict entendre et cognoistre audict seigneur roy, que ledict seigneur duc auroit agréable qu'il s'employast pour accommoder le différend survenu entre ledict seigneur duc et messieurs des cantons et de Genève, déclarera audict seigneur duc que ledict seigneur roy a esté très marri desdicts differens , lesquels, à son advis, ne peuvent réussir qu'au dommage et incommodité des ungs et des aultres. Pourtant a donné charge audict sieur de Clervant , si ledict seigneur duc estime que son entremise lui puisse estre en rien utile , de s'y employer en son nom ; auquel ledict seigneur duc faisant entendre son intention , ledict sieur de Clervant essayera d'amener les choses à la raison et au contentement des parlies, encores que le roy y a ja interposé son auctorité, lequel y peult trop plus que lui.

Ramentevra audict seigneur duc la prière qu'il lui a de long temps faicte d'employer sa faveur et auctorité pour la liberté des sieurs de Turenne et de la Noue, pour en faire une nouvelle despesche, et bien affectionnée au roy d'Espaigne, suivant les ouvertures qu'il verra convenir. Gomme aussi, ledict seigneur roy

1 54 INSTRUCTION DU ROY DE NAVARRE , eic, tienclroit à grand plaisir qu'en sa faveur ledict seigneur duc fcist sentir sa bonté aulx sieurs d'Escroz , desquels les biens sont saisis seulement pour le faict de la relligion , le suppliant de ks en voulloir remettre en plene et entière jouissance.

Au duc de Savoie.

Monsieur , je nv3 sens grandement obligé à vous des grands témoignages de vostre amitié qu'il vous a pieu naguère me demonstrer par l'envoi du sieur de Bellegarde , et vous supplie croire que de ma part j'essayerai par tons les moyens de la rendre perpétuelle, comme les effets le vous feront cognoistre, quand me ferez cette faveur de m'employer en cbose qui vous loucbe. Pour le vous témoigner tant plus, j'envoye le sieur de Clervant vers vous, lequel je vous supplie ouïr et croire en ce qu'il vous dira de ma part comme de moimcsme. Comme aussi je lui ai donné charge, s'il se présente occasion en laquelle vous jugiez que son entremise puisse aider vostre service, d'y apporter de ma part et de la sienne tout ce qu'il pourra pour vostre contentement : sur lequel remettant le tout, je ne ferai celle ci plus longue, sinon pour vous dire que je fais tant de cas de vostre amitié, et la désire si chèrement conserver et si étroitement entretenir, que, quand je cognoistrai pouvoir faire chose qui vous agrée, il n'y a rien qui me puisse estre difficile à passer, sinon cela seul que le doibt estre à toutes personnes de vertu et d'honneur, qui est le respect de Dieu et de la conscience sans lequel je m'estimerois indigne, non de

LETTRE DU ROY DE NAVARRE, etc. l55

vostre amitié seulement, mais de quelconque aultre personne. A tant monsieur, etc.

A M. de Mezieres. (i)

Du 5 décembre i582.

Monsieur , m'en venant en ce pays de Gascogne trouver le roy de Navarre, j'eus cest heur de rencontrer à Artenay près d'Orléans, à la couchée, M. du Ferrier nostre commun ami , lequel je trouvai plein d'une bonne et saincte resolution; mais qui, à mon advis, pour l'infirmité de ceste chair, et les appâts et accroches du monde, a besoin d'estre fortifiée, et d'autant plus qu'il va à la cour, où il n'aura faulte de gens qui tascheront de l'en détourner. Croyés que je n'ai rien omis de ce que j'ai deu et peu , et à mon advis non en vain; car il me sembloit (jue Dieu le m'avoit conduit en mon chemin ; mais il faultque vous acheviés l'œuvre que vous avés commencé. Et, pource, serois d'opinion que le veinssiez voir à Paris , pour l'arracher du tout de là et le transplanter en meilleure terre; et j'ai apperceu qu'il vous en pryeroit instamment , s'il ne craignoit de vous importuner. Or combien la profession publique d'ungsi grand personnage fera de fruit, et envers les ignorans , et envers les temporiseurs, je le vous laisse à penser. Mais je desirerois fort que, comme Dieu lui a fSict des grâces singulières, qu'il y eust aussi quelque chose de singulier en ceste profession ; car vous sçavés qu'à qui plus il donne, plus aussi il redemande; et qu'il compensast en quelque façon ceste tardiveté

( i) François Perrot , sieur de Mezieres.

i56 LETTRE DE M. DUPLESSIS

de resolution, par la forme qu'il tiendroit à se déclarer, laquelle, comme je lui ai dict , peult estre telle , que lui qui n'est venu que sur le soir, fera plus de fruit et de profit en ceste vigne que nous avons à cultiver, que ceulx qui ont houé des le matin et porté tout le chaud de la journée. Ceulx comme vous savés qui nous ont précède en ceste arène, n'en ont pas eu si bon marché que nous; ils ont esté bruslés, noyés, massacrés; aujourd hui le martyre est changé en confession, le martyr en confesseur. Dieu s'estant contenté des persécutions passées, el nous donnant une paix, en laquelle nous pouvons librement et seurement faire profession de ce qu'il nous a donné de croire. Mon désir seroit que M. du Ferrier se retirast en quelque église notable et libre, comme pourroit estre Sedan; s'il n'aime mieux faire cest honneur au pays de sa naissance. Que là, ayant conféré avec les ministres, publicquement eu pleine assemblée il feist une confession de sa foi bien préméditée, comprenant les fondemens de nostre salut, et déduisant sommairement les raisons qui l'auroient meu de se départir de l'église romaine. Que sur la fin il sommast les consciences de ceulx qui cachent la cognoissance que Dieu leur a donnée, de rendre à Dieu l'honneur qui lui appartient. Et qu'après que ceste harangue auroit esté prononcée , elle feust imprimée en latin, françois, italien, etc., et envoyée partout, mesmes au roy en lui rendant compte de ceste mutation de vie, moyennant quoi, j'espererois que sa confession et profession ne feroit moins de fruit que le martyre de feu M. du Bourg son collègue : je pense qu'il doibt cela à Dieu et à son Eglise ; et, si vous estes de cest advis, je vous prye d'y tenir la main, et me mandant en quoi j'y pourrai servir, je le ferai de tout mon cœur. Mon-

A M. DE MEZTERES. 167

sieur, vous userés de ce mien advis selon vostre prudence et discrétion. J'honore le personnage, et j'estime que par ce moyen en honorant Dieu, il seroit vraiment honoré de Dieu et des hommes. Je prye Dieu qu'il Tinspire et vous doint heureuse et longue vie. De Nerac, etc.

A M. Taffin.

Du 7 décembre lôSa.

Monsieur , encore que je sois loing de vous en corps , j'en suis tousjours près en esprit, et ne puis oublier le pays que de long temps je n'ai moins affectionné que ma patrie. Je suis depuis quelques jours auprès du roy de Navarre où je me suis souvenu que vous avés par delà , par la misère des guerres, ung nombre infini de povre peuple réduit à grande nécessité; dont on ne voit encores prochain remède ny apparente issue. Sur cela j'ai proposé au roy de Navarre d'en retirer quelque bon nombre de familles en ses pays souverains de Bearn, lequel n'en a si tost ouï l'ouverture, qu'il l'a embrassé de tout son cœur, pour les accommoder er tout ce qu'il sera possible; afin que vous y advisiés avec plus de fondement, les commodités sont telles. Le pays a ce don de Dieu spécial , que sa parole y est purement preschée en françois , et toute idolastrie et superstition forclose et bannie. Si quelque nombre de Flamans s'y veulent retirer, ils auront semblable exercice en leur langue. La paix y est profonde et àsseuree; la justice, qui en dépend, soigneuse et droicte, je dirai sans passion, autant qu'en petit climat du monde. Geste région est sur les marches dé France et d'Espaigne, proche de la

l5S LETTRE DE M. DUPLESSIS

mer oceane vers Bayonne, et de rivière navigable pour y descharger les marchandises. D'Espaigne on a fort commodément les soies; du lieu mesmes les laines et le lin. Les rivières y sont très propres pour les teintures. J'estime toutes les commodités que vos réfugiés on eu ailleurs, incommodités au regard de celles ci. Le bled et le vin y est très bon et à vil prix. Toutes aultres choses nécessaires, de mesme; et pour attirer toutes personnes industrieuses, le roy de Navarre leur départira des terres fort bonnes à cultiver, des villes bien assises à habiter, des privilèges tels qu'ils sçauroient honnestement refjuerir pour les accommoder. Ils trouveront au pays tout ce qui est nécessaire à leurs exercices et manufactures, et en la dehonnaireté du prince recouvreront tout ce qui pourrait défaillir au pays. J'omettois à vous dire qu'il y a une université audict pays, où ils pourront faire nourrir leurs enfans aux bonnes leîtres , bien pourveue de gens doctes en toutes sciences et langues. La longueur du chemin les en pourroit destourner; mais Dieu y a pourveu, et ledict sieur roy de sa part y pourvoira en ce qu'il pourra. La mer les peult apporter juscjues à Bayonne qui est sur les marches ; et, pour amoindrir les frais, ils pourroient venir jusques à La Rochelle dedans les vaisseaux des Pays Bas qui vont au sel en Brouage et en Ré, ou dedans ceulx de La Rochelle qui portent des vins aux Pays Bas. Quand ils seroient là , on donneroit ordre qu'ils seroient accommodés de vaisseaux nécessaires jusques à Baybnne; et le roy de Navarre mesme facilitera leur voyage en tout ce qu'il pourra adviser. Mon advis seroit, s'il y en a par delà qui vueillent accepter ce parti, qu'ils envoyassent au phistot quelque honneste homme par deçà pour recognoistre les lieux , auquel on feroit voir le

A M. TAFFITY. iSg

tout; et par mesme moyen il pourroit requérir ce qu'il cognoistroit nécessaire pour cest effet; et il trouveroit ici ung nombre de gens d'honneur et de vertu, qui l'assisteront de bon cœur, et ne le lairront retourner vide. Cent familles, pour le commencement, voire deux cens , y seroientles très bien venues , et m'asseure qu'ils s'y trouveront si bien, qu'à peine auront ils jamais envie d'en partir. Nous désirerions des tapissiers , drapiers , teinturiers, tanneurs, tisserans, faiseurs de serges, ostades , trippes, passemens, etc. ; un excellent peintre, et qui tirast au vif, y seroit particulièrement appointé du roy de Navarre; et si quelque ministre veult conduire la petite colonie, il y sera le très bien venu et entretenu comme l'ung de ceulx du pays. Je remets la conduite de ce faict à vostre prudence et discrétion pour ne le communiquer à ceulx qui l'interprète^ roient mal. De moi je n'y cherche que le bien et soulagement de plusieurs povres gens, aulxquels je serois marry de conseiller que pour leur bien et repos. Je vous prye donc de m'en donner response au plustot que pourrés , adressant vos lettres à Paris chés M. de Torsay vostre frère, pour les bailler à M. de Chassincourt. Je n'en ai escrit qu'à M. Macis de Gand et à M. Haren de Bruges , aulxquels en pourrés communiquer et à aultres que verres bon estre. La désolation que je vis deHundscot m'émeut le cœur pour penser à ceci, et vous n'avés faulte de semblables. Au reste, faictes tousjours estât de mon amitié, et vous souvenés de nous en vos prières, comme nous de vous aulx nostres. Je prye Dieu, monsieur , qu'il ait pitié de vostre povre pays , et vous doint en particulier heureuse et longue vie.

De Nerac, etc.

Le roy de Navarre m'a commandé de vous escrire

l6o LETTRE DE M. DUPLESSIS

tout ce que dessus , et en pouvés faire estât et fondement

comme de ses lettres propres.

A M. du Ferrier. (i)

Du 22 décembre i582.

Monsieur, depuis que je vous vis à Artenay, j'ai tousjours pensé à vous; et en vous, à Tavancement de la gloire de Dieu, et du salut des hommes. Vous scavés les propos que nous eusmes ensemble : en contentant vostre conscience vous pouvés faire un grand fruict à tout le monde. Je sçai que vous aurés trouvé le monde en personne aulx lieux où vous alliés, qui vous en aura voulleu divertir; car il est ennemi et de vous et de son bien. Mais il est temps de le vaincre, et la victoire n'en est en ce temps fort difficile ; quand il est mesprisé , il est vaincu. Sans faire tort à vostre constance et magnanimité, j'ose vous ramentevoir ce que je vous disois lors. Ces ans passés Dieu requeroit de nous le martyre, et maintenant il se contente de nostre confession. Si nous la dénions, vous en scavés la peine; c'est qu'il nous desavouera, nous frustrant de trop meilleur héritage que ceulx que nous perdons. Etencores, toutes choses considérées, c'est un marché sans peur; aujourd'hui , nous le pouvons posséder sans rien hasarder ni perdre. Permettes que je passe oultre; les rares et singuliers dons que Dieu vous a départis requerent je ne sçai quoi de particulier en vostre confession. Vous

(i) Arnaud du Ferrier, eraployé par les roys en diverses charges et ambassades au Concile de Trente , à Venize^ etc. etc. . et depuis chancelier de Navarre.

A M. DU FERRIER. l6l

avésune grande repiUatioh en diverses nations; il fault donc que la cognoissance qu'il vous a donnée éclate par tout. Vous avés aussi par plusieurs grands et notables services acquis de rauctorité auprès du roy ; il fault pareillement qu'elle parvienne jusques à lui niesmes. Mon advis seroit, monsieur, (et vous ne le recevrés comme de moi; mais rexaminerés selon le debvoir de conscience ) qu'au plus tost vous vous retirissiés en quelque lieu seur , oii il y eust une notable église reformée, comme à Sedan, ou en ces quartiers s'il vous sendile meilleur. Que là, ayant communiqué avec les ministres, vous requissiés défaire une confession de vostre foi devant toute l'église bien préméditée, qui comprist les fondemens de nostre salut et renversast brievcmentles superstitions destjuelles vous vous départes (i). Qu'icelle feust iinpriince, puis envoyée avec une préface au roy, qui lui rendist raison de ceste conversion ; et consequemment traduite en latin , italien, etc., pour estre semée par toutes les nations ou vostre nom est cogneu. Je conçoi ung tel fruit de cela, qiïe j'oserois presque vous adjurer de le faire; et vous sçavés, monsieur, qu'à qui nous a donné le corps et l'ame, la langue et le cœur, les actions et les affections, tout ce que nous avons en somme, et (jue nous sommes, nous ne lui en pouvons soubstraire une partie par dissimulation et froideur, ou aultre considération humaine , sansim»manifeste tacrilege. Considérés, monsieur, combien il y a que vous cachés ce talent ; il en fault payer les arrérages tout en ung coup. Dieu vous a attendu en ces miséricordes, dont je suis tesmoing, il y a plus de quinze

(i) Il feit profession de la relligion, mais non en la forme qu'on requeroit de lui, pour quelque considération particulière.

MÉM. DE DUPLESSIS-MORJNAT. To.lIE II. I I

ans; depuis tout ce temps il frappe à vostre porte, et crie à vostre oreille. Gardons nous, monsieur , d'abuser de sa patience et longanimité, comme plusieurs qui mesmesen leur jeunesse ont esté surpris et prévenus en temporisant. J'en dy peut estre trop pour vostre constance , mais non pour l'infirmité humaine , et pour les tentations mondaines qui nous environnent. Donnés cela à l'affection que je vous porte et au désir que j'ai de vous voir vraiment honoré de Dieu en l'honorant. Je suis ici près du roy de Navarre; s'il y a service que je vous puisse faire, commandés comme à vostre fils. Il vous a en réputation bonne et grande ; et l'esprouverés s'il est besoing. Monsieur, je prie Dieu qu'il vous conseille et conforte par son esprit à sa gloire, à vostre salut et repos, et à l'instruction de son peuple. Amen.

De Nerac , etc.

J M. de Pibrac. (i)

Du 2 3 décembre i582.

Monsieur, je suis venu en ce pays au mandement du roy de Navarre, et pensois avoir ce bien de vous y trouver encores. En ce default, je me suis enquis soigneusement de vous, à ung vous mesmes; je dis de vous, et de ce qui est plus vostre en vous. Il m'a dict que, depuis quelque temps, vous preniez ung singulier plaisir aux sainctes lettres , et nommeement en la méditation des psalmes. Je m'en suis esjoui et en loue Dieu. Tout bien compté, ce doibt estre là le port de nos estudes, puis qu'il nous addresse le port de nostre vie.

(i) Guy du Faur, sieur de Pibrac, lors chancelier de la roy ne de Navarre.

A M. DE PIBRA.C. l63

Monsieur, il est désormais temps de penser h sortir de ce monde; celui en part plus aisément, qui s'en est départi des ici , c'est-à-dire , qui l'a banni de soi mesme. Autresfois il a esté plus décevant qu'il n'est; il sousrioit quelquesfois à la vertu , et se deguisoit pour la tromper. Aujourd'hui, qu'y voyons nous qui la convie? tant moins qui doibve charmer ses volontés , ou seulement ses yeux? Au contraire, qui ne la regarde de travers et qui ne lui rechigne? Or, ce bandeau hors, je n'ai plus^ monsieur, que vous dire; vos yeux sont prou clairvoyans pour juger de tout le reste. Excusez si l'amitié que je vous porte a vaincu le respect , pour m'arracher ces mots. Les hommes sont âmes, et les amitiés des hommes sont amitiés d'ames. Celui duquel l'amitié ne pénètre jusques là, n'aime pas à demi, n'aime du tout poinct. Des affaires de deçà , M. de la Burthe vous en dira plus qu'une mienne longue lettre. Je voi ce prince du tout dédié à extirper les racines des guerres civiles , et à convier le roy par bons et agréables services à l'employer quand il sera temps es estrangeres ; et ne voi homme d'honneur auprès de lui qui n'ait ce mesme but.

Monsieur, je suis vostre serviteur et vous honore profondement. Je vous prie , aimez moi et permettez aussi que je vous aime entièrement. Je supplie le Créateur qu'il vous doint heureuse et longue viç.

De Nerac , etc.

XXVIL— LETTRE DU ROY DE NAVARRE Au roy Henij III , rédigée par M. Diiplessis.

Du 21 décembre i582.

Monseigneur , je ne pourrois représenter à vostre

majesté le contentement que j'ai eu des lettres qu'il

t64 lettre du ROY DE NAVARRE

vous a pieu m'escrire du ^3 du mois passé; es quelles me faictes ceste faveur de m'asseurer de plus en plus de vostre bonne grâce et bienveillance, et de me désirer auprès de vous pour m'en faire plus vivement sentir les effects. Seulement, monseigneur, je supplie très humblement vostre majesté de croire que je cognois très bien qu'après la faveur de Dieu, je ne puis désirer rien de plus grand que la vostre, et que le plus grand bien et honneur que je puisse avoir, c'est d'estre près de vostre majesté , pour pouvoir desployer mon cœur devant elle par quelques bons services : mais une chose me retarde d'avoir cest heur si tost, qui est que je desirerois premier que partir d'ici, suivant les précédentes de vostre majesté, emporter ce contentement avec moi, d'avoir esteint, en ceste province, toute semence de troubles et altérations, pour n'avoir ce malheur et regret , quand je serois près de vostre majesté, qu'il y advint encores quelque folie. Et pour parler franchement, quelque peine que nous y ayons prise, M. le mareschal de Matignon et moi , je ne vois encores cela si bien et si seurement accompli , qu'il seroit à souhaiter. C'est pourquoi j'escrivois n'agueres à vostre majesté qu'il y avoit grand nombre de personnes par deçà, qui se plaignoient d'estre recherchées par messieurs de la chambre de justice et aultres juges, et pareillement par les prevosts, de plusieurs cas compris en i'edict et conférences, comme de rançons payées durant la guerre, de fermes et receptes de biens ecclésiastiques, de levées de contributions, de ports et exploits d'armes faicts avant la conférence de Flex, et choses semblables, desquelles devant tous juges ils seroient renvoyés absous par la volonté de vostre majesté déclarée en sesdicts edicts. Mais, monseigneur, ce sont gens de

AU ROY HENRY III. l65

guerre, qui ne s'entendent en procès, et des qu'ils oient parler d'ajournement ou d'assignation , pensent estre pris; et ceste alarme les pourroitjetteren ung desespoir qui les precipiteroit en quelque faulte , dont Testât présent de ces pays n'a besoing. Pour ceulx ci et semblables , monseigneur , j'ose requérir très humblement vostre majesté voulloir accorder une interdiction à toutes courts , chambres , juges , prevosts , etc. , de procéder contre eulx, comme plus amplement; le sieur de Lesignan, présent porteur, le vous fera entendre; reservant tousjours , ainsi qu'il est porté par les articles secrets, les cas exécrables, violemens, meurtres de parti à parti , bruslemens sans occasion de guerre, etc. , contre lesquels au contraire je desirerois jetter la première pierre, et employer tout ce que Dieu m'a donné d'auctorité sous la vostre. Par ce moyen , ceulx que vostre majesté veult conserver par ses edicts, seront hors de peine, et nous , par conséquent, de celle qu'ils nous pourroient peult estre donner au préjudice du repos que vostre majesté désire tant; et les aultres qui se pourroient cacher sous l'alarme et défiance commune , et qui font maintenant profit de la crainte que ceulx là ont sans cause, seront plus aisés à trouver et punir comme ils méritent. Que s'il advient quelques difficultés pour la distinction des cas, et qu'il pleust à vostre majesté trouver bon de s'en remettre à M. le maresclial et à moi , nous nous accorderons ensemble d'ung petit nombre de gentilshommes et personnages capables , qui les termineroient equitablement et sans longueur, renvoyant à la justice ceulx qui se Irouveroient estre de leur cognoissance, et deschargeant les aultres desdictes poursuites. Non, monseigneur, que par là je veuille rien rabattre de la dignité et intégrité de

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messieurs de la chambre, que j'honore et estime comme je doibs; mais parce que les cas dont les dessusdicts sont recherchés, dépendent, pour la pluspart, de la guerre et du droict militaire, qui est d'aultre nature que celui dont ils font profession , lequel repute plusieurs choses criminelles qui, selon l'aultre, sont civiles ; comme aussi quelques choses se souffrent en ung corps infirme qui, en ung bien sain, ne se tolereroient pas. Touchant l'ampliation de la chambre de justice sur les seneschaulcees d'Armagnac, Querci etRoûergue, vostre majesté a peu cognoistre, par mes précédentes, que s'il n'eustesté question que de mon particulier, je n'en eusse faict instance; car, nommeement pour Armagnac, je ne l'eusse désiré aultrement. Mais j'en voyois plusieurs qui entroient en défiance , et interpretoient à leur dommage ceste ampliation, comme si elle eust esté introduite pour retarder la chambre de Languedoc; et d'autant plus qu'ils voyoient qu'elle avoit esté poursuivie si long temps, et qu'il ne tenoit qu'à quelque somme d'argent pour le remuement et ameublement de ceulx qui se debvoient transporter à Lille pour la tenir. Et parce que leurs plaintes estoient fondées es termes de l'edict , je n'ai peu refuser de les vous faire entendre. Maintenant qu'il a pieu à vostre majesté faire si expresse jussion à messieurs du parlement de ïhoulouse , et pourvoir aux deniers requis pour leur acheminement , comme toutes occasions de retardement cesseront, on doibt espérer qu'ils s'y rendront au plus tost, et qu'il ne sera plus besoin de ceste ampliation; et vostre majesté, sans prejudicier à ses intentions, donnera grand contentement à plusieurs de ses subjects en la révoquant, et ostera le prétexte à ceulx qui vouidroient chercher refuge à leurs forfaits soubs ceste couleur. Et

certes, je crois que messieurs de la chambre, qui ont assés de besoigne taillée plus près en Perigord, Limosin et ailleurs, ne seront marris d'estre deschargés de ceste peine. Quant à ce que les conseillers catholiques qui doibvent servir à ladicte chambre de l'edict du ressort du parlement de Thoulouse , allèguent les voleries qui se font es pays où ils ont à résider, je ne fais doubte qu'il n'y a poinct faulte de gens mal conditionnés en ces quartiers là, tant d'une que d'aultre relligion; et c'est pourquoi, depuis deux ans, j'ai tant faict d'instance pour l'establissement de ladicte chambre. Et de ma part, monseigneur, j'apporterai tout ce que Dieu m'a donné de moyen , sans acception de persçnnes, et exception de relligion , pour y faire obéir vostre volonté et justice; comme aussi es senechaulsees d'Armagnac , Querci , Roûergue , et tous aultres lieux qu'il appartiendra. Mais il fault que je vous die , monseigneur, que des plus criminels hantent familièrement des principaux de la court de parlement de Thoulouse, tant s'en fault qu'ils s'attendent de ceste part d'estre recherchés par eulx. Du faict de la maison de du Casse, j'ai ci devant escrit à vostre majesté comme il est passé. Plusieurs gens de bien ont esté bien aises de l'exécution , pour l'enormité de ceulx qui y sont demeurés : mais j'ai esté marri de l'excès , et vouidrois qu'on eust suivi aultre procédure, encores que la main forte que j'ai baillée ait esté à la réquisition des marchands intéressés, portant un arrest de condamnation à mort, et contre personnes nommeement qui avoient tousjours suivi le parti de la relligion ; je vous supplie très humblement de l'oublier, et en considération de la nécessité de ce pays, et des inconveniens qui aultrement seroient à craindre, en octroyer une abolition, en laquelle toutes-

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fois je n'entends parler pour celui qui auroit tué le jeune la Fitle de sang froid, ains tiendrai volontiers la main à la punition. Je ne requiers ceci, monseij^neur , pour favoriser à la violence; car je sçais que c'est par la seule justice que les rois régnent et que les estats se maintiennent; et qu'ayant cest honneur de vous appartenir de si près, et d'avoir esté nourri avec vous, je doibs estre principal exécuteur de vostre justice et de "VOS cotnmandemens. Mais je cognois ung peu les mœurs et humeurs de ce pays, auquel une estincelle allume souvent ung grand feu par lequel plusieurs innocens pourroient pastir en la poursuite de quelques coupables, qui seroit, en voullant punir une injustice, perdre le but et l'intention de la justice, qui tend principalement à la conservation dos bons. Et à la vérité, monseigneur, si j'eusse peu trouver aultre remède à ce mal que celui de ladicte interdiction pour les cas assoupis par Tedict, et de l'abolition pour le faict de du Casse, je n'eusse voulleu, ne vouldrois en requérir vostre majesté, tant pour ne lui estre désagréable, que pour la conséquence. Au reste, monseigneur, j'espère vous faire paroistre, et à tout le monde, par bons et visibles effecls, que, sans distinction , je désire voir la punition des meschans en ce pays , comme j'en ai devisé plus amplement avec M. le mareschal de Matignon. Seulement , je supplie vostre majesté de donner ceste faulte au bien et repos d'icelui, pour avoir tant plus de moyen d'en poursuivre d'aultres plus pernicieuses et plus dommageables ([ue celle ci, qui certes a esté plus en la forme qu'en la matière, veu que, toutes choses considérées, ça bien esté une exécution extraordinaire et mal conduite , mais d'ung juste arrest contre des meschans recogneus d'ung chacun. Quant au mur de

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Barrez, je crois que mondict sieur le mareschal vous aura escrit comme il a esté réduit selon vostre intention. Et quant à Bazas, je lui ai offert de le mettre en Testât qu'il doibt estre par Tedict , des ceste heure, et toutes les fois qu'il vouldra; ce que, pour plus urgentes affaires, il a mieux aimé différer jusqu'à quinze jours. Et pour Lunel , je ne fauldrai à escrire à ceulx de Languedoc, selon que vostre majesté me commande, afin que vostre majesté, autant qu'il me sera possible, soit contente des deportemens de ceulx de la relligion de toutes parts. Et quant à ce qu'ils excusent leur longueur sur moi , vostre majesté peult considérer que, m'employant si vivement par deçà , pour l'exécution de vos edicts et réduction des places , je ne tiendrois pas la main à l'inexécution ailleurs. En somme, monseigneur, je vous supplie 1res humblement me faire cest honneur de croire que je n'ai aujourd'hui aultre but que de vous faire paroistrela sincère affection que j'apporte àl'effect de vos intentions, et d'amener les choses par deçà, hors de tout soubçon et incertitude, pour, en vous allant baiser très humblement les mains, emporter ce repos en mon esprit, d'avoir laissé vos provinces de deçà en repos. Or, monseigneur, je remettrai le surplus sur le sieur de Lesignan, lequel il vous plaira ouïr et croire , de ce qu'il dira à vostre majesté, de ma part, comme moi mesmes, qui, sur ce, supplierai le Créateur vous voulloir,

Monseigneur, conserver longuement et très heu-reusement en très parfaite santé.

De Nerac , elc.

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