‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 28 sur 83 · XXXI. — AD VIS DONNE AU ROY DE NAVARRE · texte numérisé non relu

XXXI. — AD VIS DONNE AU ROY DE NAVARRE

Sur le règlement de sa façon de vivre.

Du 9 janvier i583.

Qui considérera , ou les grâces que Dieu a mises au roy de Navarre , ou le temps auquel il l'a faict naistre, jugera à monadvis qu'il est destiné à grandes choses; et, s'il est son serviteur , portera impatiemment de le voir destourné aulx petites.

En sa personne, chacung recognoist une vigueur de corps, une grandeur de courage, une dextérité d'esprit presque incomparable. C'est la matière dont se font les grands princes, et ne reste que d'y adjoustrr la forme.

En ce siècle aussi, on voit le ciel et la terre disposés à mutations très grandes. Toute la chrestienté soupire après un g prince ; le roy et monseigneur sans enfans; le roy d'Espaigne aagé et caduc, qui lairra ou des filles, ou ung jeune héritier, mal propre à contenir ung si grand estât , composé de tant de pièces rapportées. Ces belles occasions se rencontrent avec les belles parties du roy de Navarre , et sans doubte sont nées pour lui, s'il veult estre né pour elles Et d'autant plus que la nature Tappelle en tel cas à la couronne de France , et l'équité à recueillir les dissipations de celle d'Espaigne, qui lui tient tant de tort.

Le tout est seulement qu'il comprenne qu'il est né pour choses hautes , qu'à ceste fin il compose sa personne et dispose ses actions, et se rende autant capable de ces occasions , comme elles sont dignes de lui et des grâces que Dieu lui a faictes.

Or, comme elles sont de plusieurs sortes , il ne peuk

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