REGLEMENT DE LA VIE
faillir que l'une on Taultre ne naisse sans beaucoup tarder ; et pourtant est besoing qu'il y pense des ceste heure, comme les mariniers à leurs appareils, sur la muaison de la lune et du vent.
C'est par la grâce de Dieu que les roys régnent, et parla force des loix que les couronnes sont affermies. Il fault donc qu'il s'étudie à pieté et justice; mais sur tout, d'autant que sa personne est regardée de tant de gens, ne suffit que ses vertus soient cachées en lui, mais est besoing qu'on les voye, et que, selon la mesure d'auctorité que Dieu lui a donnée, il en monstre ung eschantillon et ung modèle.
La règle de la vie d'ung prince porte ung grand préjugé pour la règle de l'estat, voir tel, que quelque ordre qu'il y ait en une maison ou republicque par le soing des serviteurs, il ne peult couvrir le desordre de la personne du prince, d'autant que tous entrent dans sa chambre, et peu en son conseil; et tous prennent .garde à ses desreglemens , peu au règlement de ses affaires. C'est pourquoi nous désirerions que le roy de Navarre meist quelque règle à sa vie, sans laquelle nul prince ne feut o^ncq estimé.
La journée est longue quand elle est bien départie , y en a assés pour les choses sérieuses et pour les exercices et plaisirs.
Le roy de Navarre pourroit estre habillé à liuict heures au plus tard, et commander au ministre de s'y trouver pour faire la prière; cela faict, entrer en son cabinet, et y appellerceulv ausquelsil confie ses affaires , en forme de. conseil pour vuider ce qui se presenteroit d'importance meurement et à loisir, et signer les depesches qui auroient esté resoleues, dont il se feroit lire celles qui le méritent.
DU ROY DE NAVARRE. igi
Pour ne l'imjDortuner des choses de peu, ceulx de son conseil s'assembleroient plus matin , despesclieroient les affaires moins importans, esbauclieroient ceulx de conséquence , et les lui rapporteroient demi digérés ; visiteroient toutes les despesches , pour cribler ce qui seroit digne de lui, tellement qu'en moins d'une petite heure, sa majesté auroit expédie le surplus; et qui feroit cela tous les jours, n'auroit gueres affaire quelques jours.
Le surplus jusques au disner se passeroit en tel plaisir ou exercice que le roy trouveroit bon, sauf les jours de prescbe, et son disner seroit entretenu de quelques bons propos, auquel ceulx de son conseil pourroient assister, parce que la règle de ses heures " regleroit celles de toute sa maison.
L'apres disnee lui seroit toute libre , sauf qu'une heure devant son souper, ou telle aultre qu'il trouveroit bon , il entreroit en son cabinet avec les dessusdicts pour sçavoir ce qu'il y auroit à resouldre , ou ce qui auroit esté faict sur les choses resoleues , et signer les depesches : mesmes , s'il ne se presentoit rien , le roy auroit plaisir à deviser. Plusieurs princes pour réputation le font sans affaires , et, par mine d'en avoir beaucoup , se font priser.
Quelquesfois n'y auroit poinct de mal qu'il se trouvas! au conseil de ses affaires domestiques, tant pour esguillouner ung chacung à son devoir que pour l'auctoriser.
Si sa majesté disnoit à dix ou onze heures , elle pourroit souper à six ou sept heures, et se pourroit retirer à neuf ou au plus tard à dix. Toute l'apres souper lui seroit aussi libre, et le ministre se trouverait à neuf heures en sa chambre pour pryer.
jga REGLEMENT DE LA VIE
Ce faisant, le roy de Navarre ft-roit toutes choses sans s'ennuyer, et avec ample loisn-; et ses serviteurs y auroient cest heur particulier, qu'il cognoistroit ce qu'ils font et ce qu'ils valent, dont tout le travail ne leur seroit que plaisir.
Cest ordre monstreroit à ung chacung quel ordre seroit à espérer, quand Dieu Fappelleroit à choses plus grandes; feroit présumer que tout ce qu'il feroit par ceste voie, seroit faict avec la raison , au lieu que ce qu'il fait aullrement est estimé tumultuaireet à lahaste, ores mesmes qu'il soit bon.
Sur tout est besoing que ledict sieur roi se propose ung but digne de lui, au(|uel il dispose sa personne et sa vie", et ses serviteurs, leurs intentions et actions. Car à ung marinier qui n'a poinct de but, nul vent ne peult servir; à qui en a ung, tout vent sert et abbrege le chemin , mesme le plus tempestueux et le plus contraire.
Le règlement de sa maison suivroit aisément celui de sa personne; car chacung, mesme en particulier, s'y "vouldroit conformer. Mais s'il veult faire cognoistre, et aux siens et aux étrangers, que le vice lui deplaist, et qu'il ne règne point en son ame, il fault qu'il le laisse habiter le moins qu'il pourra en sa maison, esloignant les personnes diffamées d'auprès de la sienne, et en approchant les vertueuses et de bon renom ; réprimant toutes foules et concussions qui se pourroient faire par les siens , et soulageant par tous moyens ceulx que Dieu a faict naistre soubs sa subjeclion; les officiers nui dérobent ses finances, méritent chastiment; combien plus ceulx qui dérobent et son peuple, et son honneur ensemble? Et puis, qui verra ses subjects opprimés sous sa maison, qu'espevera il jamais sous sa domination?
DU ROY DE NAVARRE. ig3
La personne donc du roy de Navarre doibt estre ung exemple à sa maison; sa maison, ung modèle d'ung juste gouvernement , et une arre à toute la chretiensté , d'une juste et légitime administration. Moyennant quoi , Dieu le bénira sans doubte , et lui monstrera combien importe aulx princes sa faveur et bénédiction. Amen.
A M. Vander Mjlen^ conseiller cV estai au Pays Bas.
Du y janvier i583.
Monsieur, je n'ai receu les vostres du 22 octobre mais bien du a 8. Je vous remercie de la bonne souvenance que vous avés de moi , que je vous prie me continuer; car, encores que Dieu m'ait conduit au fond de Gascogne près du roy de Navarre , je n'oublierai jamais ni vostre pays, ni les amis que j'y ai, surtout s'il se présente occasion de servir. Ce prince est une belle matière dequoi faire quelque cbose de grand ; car il a de la vigueur, du courage et de l'esprit. L'exercice de ces belles parties y adjousteroit la forme. Mais parce qu'd dépend de grands moyens, et qu'iceulx doibvent venn^ d'ailleurs, elles ne peuvent encores ni se desployer, ni s'estendre par les actions et effets. Si croi je que Dieu le destine à cboses grandes, et nommeement à la ruine d'Espaigne ; et d'aultant plus que l'injure qu'on lui retient, l'y esmeut et attire. Si nostre roy se voulloit déclarer à bon escient, sans grande peine vous en sentiriés du costé de delà grand soulagement. Je suis bien aise qu aies pris une bonne resolution en vostre assemblée pour assister son altesse en la défense publique. Quatre millions adjoustes à ses moyens particuliers et
Mém, de Duplessis-Mornay, Tome ii. 1 3
ig4 LETTRE DE M. DUPLESSIS
auxiliaires, peuvent entretenir une belle guerre; mais souvenés vous qu'il vousfault, comme souvent je vous ai dict, dresser ung estât de vostre guerre proportionné à vos moyens, et réduire ou remplir vos compagnies et regimens, moyennant quoi vos finances satisferont à la guerre défensive et offensive ; sinon, vous dependrés trois armées en ung an , et n'en aurés jamais une. Je sçai que je parle de ces choses de bienloing; mais je pense qu'il nie soit permis, parce que je les ai en affection, quoique bien loing. Nous descouvrons de grandes divisions et infirmités en Espaigne. Hosle tantiun opiis est. Et jamais les princes chrestiens , qui ont la grandeur d'Espaigne suspecte, n'auront beau jeu, tant qu'ils l'aient attaquée chés elle , à l'exemple des Romains qui chassèrent Hannibal d'Italie en assaillant Carthage. Vous en particulier, au train que vous tenés , en avés pour vingt ans , au lieu que par ceste voie vous sériés soulagés en ung ; et nous de deçà à la longue en pourrions profiter quelque chose , mais le commencement de nos peines seroit apparemment la fin des vostres. Monseigneur, à mon advis , pourroit solliciter le roy de cela. De nostre part , nous avons offert ce que nous avons peu et deu; et certes, quelque chose plus. Or attendant que nous vous puissions aider par la guerre, nous le faisons par l'establissement de la paix , auquel nous travaillons de tout nostre pouvoir. Mais le pape nous envoie en court ung cardinal Borromee, pour presser la publication du Concile de Trente, qui feut, comme vous sçavés, le commencement de vos ruines, et pourroit estre, s'il n'y est pourveu, le comble de la nostre. Il est subject de l'Espaignol , et créature du pape. Il aura faict ung notable service à tous deux, quand il aura remis la relligion en trouble. Ainsi feut envoyé
A M. VANDER. MYLEN. igS
le cardinal Alexandrin Tan 72 , sur le poinct que le roy Charles se voulloit resouldre à la guerre conlre le roy d'Espaigne, qui feut convertie au massacre des pauvres huguenots. Nostre roy sera plus sage à mon advis, que de le croire, veu mesmes cest exemple; mais il importe à son altesse d'y tenir la main, tant vers le conseil du roy que vers le parlement de Paris. On se pourra servir des nullités dudict Concile à ce propos; mais me suffit de vous avoir faict ceste ouverture, pour en user selon vostre discrétion et prudence. Et notés que ceci se pratique non loing du temps que nous dehvons remettre es mains du roy nos villes d asseurance, qui sera cause de Jfetter ceulx de nostre parti en défiance, dont s'ensuivroit ung refus, et du refus la guerre civile, de laquelle vous sçavés les conséquences et pour vous et pour nous. Pour mon particulier , je n'ai encores résolution de mon homme ; je vous prie l'assister en ce qui sera besoing; et faire au reste estât que n'aves ami au monde qui plus vous honore et révère, et plus soit à vostre service. Monsieur, etc.
De Nerac en Gascogne , etc.
Su/' la réception et publication du Concile de Trente ^ faict soubs la personne d' ung catholique romain.
Du dernier janvier 1 583.
Le nonce du pape faict maintenant nouvelle instance de la publication du Concile de Trente. Il faict bon exa-
(1) Il feiit porté par M. de Lomenie avec letlres du dernier janvier. M. le chancellier de Chevernl requit M. Diiplessis de lui envoyer ce discours, et par lui feut monstre au roy, qui le
196 ADVERTISSEMENT SUR LA. RECEPTION miner soigneusement s'il est utile et à propos de la lui accorder ou non.
C'est ung grand préjugé à tous, contre ce Concile, que la pluspart des grands estais de la chrestienté ne l'ont encores receu,ni veulent recevoir; et que le roy d'Espaigïie inesmes qui s'en est voulu servir pour asservir ses subjects , et qui par tous moyens tasche de mériter le titre de fds aisné de l'Eglise, après avoir longtemps tergiversé, ne l'a enfin receu qu'avec plusieurs grandes exceptions, et autant seulement qu'd sert ù eslahlir son auctorité el puissance.
Mais ce nous est particulièrement à nous François , non tant en préjugé , qu'ung jugement formé , que le roy Henri II, père de nos roys d'heureuse mémoire, feit déclarer l'an i55i à l'entrée de ce Concile , par ses ambassadeurs, à tous les princes de la chrestienté, qu'il tenoit ledict Concile de Trente pour nul ; et comme tel n'y voulut envoyer ambassadeurs, ains défendit mesmes aulx evesques de son obéissance de s'y trouver, comme de faict ils n'y comparurent poinct.
Que pareillement le feu roy Charles IX, en l'an 1 56o, que ledict Concile feut renoué à Trente, y ayant envoyé ses ambassadeurs les sieurs de Lansac, du Ferrier et du Faur (1), feurent contraints par la mauvaise procédure qu'ils y veirent, après deues protestations, se départir et retirer de l'assemblée, en laquelle on sçait qu'ils avoient charge de remonstrer les justes causes qui avoient meu le roy Henri son père d'interjetter nullités contre ledict Concile.
meil es mains de M. d'Epesses , son advocat gênerai. Feut imprimé à Paris.
(i) C'estoit M. de Pibrac.
Item , que tout le temps qui s'est passé depuis , comme ainsi soit que le pape ait requis et pressé par plusieurs fois la publication dudict Concile en France, se servant à ceste fin des occasions qui la sembloient favoriser, il ne l'a jamais peu obtenir, ains en a tousjours esté vivement débouté par messieurs de la cour de parlement, nonobstant les troubles pour la relligion, et les animosités qui en estoient ensuivies, et les extrêmes rigueurs et excès du mois d'aoust 1572, qui sembloient avoir ouvert ou la porte , ou la fenestre au susdict Concile. Or, ces refus sont autant d'arrests de cour de parlement donnés, parties ouïes, avec deue cognoissance de cause, et au temps que l'affection des juges, si aulcune y en eust eu, eust plustot encline en faveur de la publication qu'aultrement. Et pourtant, le pape debvroitestre justement rebuté de la poursuite; nous, totalement résolus pour l'honneur de nos roys, et l'auctorité de leurs cours souveraines, de l'en débouter.
Le roy Henri second, oultre plusieurs causes de nullité contre ce Concile, qui lui feurent communes avec la pluspart de la chrestienté , eut ceste particulière; au commencement dudict Concile il y avoit envoyé le président de Ligueriz, pour en cognoistre la procédure. Le pape, d'entrée de jeu , lui faict présenter ung grand cahier des usurpations qu'il pretendoit que le roy et ses prédécesseurs avoient faictes contre le siège romain, appellant usurpations les droicts de regale de nos roys, les privilèges immémoriaux de l'Eglise gallicane, et la pragmatique sanction, accordée entre nos roys et les papes, et homologuée par les Conciles precedens, auxquelles il desiroit estre par iceulx renoncé expressément, Ledict président, voyant le grand préjudice qu'on
198 ADVERTISSEMENT SUR LA RECEPTION voulloit faire au roy et au royaume, en protesta et s'en revint en France. Or, nonobstant ces protestations, en la continuation du Concile on a décidé de la pluspart desdicts articles au préjudice des susdicts droicts et privilèges, sans en traicter avec nos roys, et ouïr leurs raisons, comme si nos roys et royaume estoient subjects au pape, veu qu'il s'est, en ce Concile, déclaré supérieur de tous Conciles,
Consequemment le roy Charles IX ayant envoyé l'an j56i , lorsque le Concile feut remis sus, pour débattre ses dicts droicts, y receutune noAivelle offense, qui lui fournit une juste et nouvelle cause de nullité. Car le pape, pour en chasser subtilement ses ambassadeurs, aulx raisons desquels il eust esté trop malaisé de contredire, voulleut égaler le roy d'Espaigne à nostre roy, et mettre en doubte la préséance, de laquelle de long temps il est en possession; et de ceste ouverture le roy d'Espaigne s'est depuis voulleu prévaloir en aultres lieux contre la dignité de ceste couronne et de nos roys. Ainsi, approuver ce Concile, est mettre en différend l'honneur de ce royaume. Et ne faict rien de dire que ce faicl ait dépuis esté vidé h Rome ; car, oui Ire ce que la plaie en est demeurée en la cour de l'empereur, et la cicatrice en celle du grand Seigneur et ailleurs, qu'estoit il besoingde mettre en compromis la prérogative immémoriale de nos roys?
Quant à messieurs de la court de parlement de Pans , auxquels appartient de regarder de près. Ne qitid detrinienlL resp. capiat y ils ont, oultre les susdicts, proposé contre ce Concile plusieurs grands griefs, et remarqué des poincts, des ceste heure dangereux, et à l'avenir de plus dangereuse conséquence, tant pour le corps de Testât, que pour chacune de ses parties, et
tant pour l'auctorité du roy , que pour l'utilité de ses subjects, pour cause desquels ils se sont opposés vertueusement, nonobstant les artifices des plus grands, à la publication et approbation d'icelui Concile.
Mesdicts sieurs donc ont remémoré que, pendant que les privilèges et libertés de l'Eglise gallicane cstoient en vigueur, elle se portoit trop mieux que depuis, quand nous nous sommes lascbés aulx pratiques et cbicaneries de court de Rome. C'est pourquoi ils n'ont peu approuver ce Concile qui les improuvoit, ni casser et annuller avec lui ce qui au contraire mérite d'estre restitué et restabli en sa première auctorité et splendeur.
Alors les deux jurisdictions, spirituelle et temporelle, fraternisoient en ce royaume ensemble, et tenoient la main l'une h l'aultre soubs l'auctorité d'ung souverain. Tous les ans le roy deputoit en cbaque province ung prélat et ung comte, qui assembloient les |)relats, barons et officiers de la province pour s'informer avec eulx de Testât de l'une et l'aultre. Le rapport s'en faisoit au roy chacung an en une assemblée générale , où il estoit assisté de ses princes et conseil. En icelle se faisoient institutions et destitutions, suspensions et condamnations d'evesques, abbés, etc. , si besoing estoit. En icelle s'ordonnoient les loix nécessaires pour maintenir la discipline, et repurger les abus de l'Eglise. Geste assemblée , en ce qui concernoit le temporel , tenoit lieu d'estats; en ce qui toucboit le spirituel, de Concile; parce qu'elle estoit comme ung abrégé et de Testât politique et de TEglise gallicane ensemble.
Avenant qu'ung evesché on prelature vaquast, y estoit pourveu, suivant les saincts Conciles , par l'élection du clergé et approbation du peuple; et neantmoins, pour monstrer tousjours que leur juridiction
200 ADVERTISSEMENT SUR LA RECEPTION spirituelle ne les exemptoit poinct de la subjection séculière, le peuple deniandoit au roy congé d'élire, et Tesieu lui frsisoit exprès serinent et hommage; et, avant icelui faict, ne pouvoit estre consacré par le métropolitain, ni par le pape mesmes.
Cest ordre nous produisoit de bons, doctes et charitables evesques, et ung bon, dévot et innocent peuple. Dieu estoit mieux servi, le roi unanimement obéi, le royaume pareillement en repos et en paix. Ne laissoit cependant le pape d'avoir sa voix d'admonition envers nostre Eglise gallicane, laquelle estoit escoutee, révérée et ensuivie selon les décrets des pères, en tant qu'elle tendoit à l'édification et non à la destruction de l'Eglise.
Au contraire, depuis que le temps, qui corrompt toutes choses, et les monopoles et collusions de quelques grands , eurent introduit petit à petit en ce royaume la puissance souveraine et absolue du pape, ont remarqué mesdicts sieurs de la court, que contraires effets s'en seroient ensuivis, au grand dommage et de Testât et de l'Eglise de ce royaume. Ces deux jurisdictions, qui souloient fraterniser, ont commencé à se supplanter l'une et l'aultre; l'une se tenant au souverain de Testât, Taultre s'en émancipant entant qu'elle a peu , pour ne dépendre que du pape , seul prétendu souverain des ecclésiastiques; car le pape a exempté les ecclésiastiques de la jurisdiction séculière, c'est à dire les a soustraits de la subjection du roy, pour les tirer en la sienne; ce qu'il continue, et confirme par tout en ce Concile, et s'est constitué seul juge des evesques et prélats, quelque crime ou delict qu'ils eussent commis en leur charge, ou aultrement; privativement à tous aultres, et s'en est attribué l'institution ,
destitution, suspension, condamnation , etc. , et iceulx evesques a faict juges des prestres, comme délégué de son siège, dont sont ensuivies les appellations en court de Rome, les réservations, expectatives, préventions, bulles, annates, dispenses, indulgences, et aultres moyens de tirer les deniers de France, et presque la France mesmes à Rome; mesmes s'est faict arbitre, et séquestre des povres consciences, et de leur salut. Or, par là est entrée la simonie, et par la simonie Tignorance et la corruption en l'Eglise. Par là aussi, plusieurs abus, pour lesquels toute la chrestienté soupire, et à cause des abus , les dissensions, divisions et schismes , et par conséquent les troubles, les séditions et les guerres civiles. Ainsi ont esté énervées et esbranlees par ceste déréglée auctorité du pape la pieté et la justice, vraies colomnes de tout estât bien ordonné.
S'en est ensuivie aussi une division et perturbation en Testât, paravant solide et tranquille; car le pape, non content de ceste usurpation sur la jurisdiction spirituelle, par laquelle il a establi ung aultre royaume au milieu de nostre royaume, sans ce qu'on y a tenu de long temps la main, enjamboit bien avant sur la séculière. Les papes pied à pied s'enhardissoient de faire collectes , et levées de deniers en France sur les ecclésiastiques, comme sur leurs propres subjects, et au contraire empeschoient nos roys d'en faire sur iceulx pour la conservation de leur estât , comme s'ils n'eussent plus esté subjects à leur puissance ; et comme nos roys vouloient maintenir leur auctorité, osoient bien dire, comme Boniface VIII au roi Philippes le Bel, par bulle expresse, que nos roys leur estoient subjects, tant en temporel qu'en spirituel (comme ainsi soit que anciennement les papes feussent cixés par le consentement