XXXV. —-EXTRAIT DE LETTRE
De M. Duplessis a M. d'Jngrongne,
Du dernier janvier i583.
Monsieur de la Motte Fenelon va sans doubte proposer le mariaigc de madame la princesse de Lorraine
2l8 LETTRE DE M. DUPLESSIS
avec le roy d'Escosse ; et à mesme fin vont le sieur de Meneville que cognoissés, et le fils du baron d'Ossonville de la part de M. de Lorraine.
Geste alliance, à mon advis, sera suspecte à l'Angleterre, et pourtant s'offre l'occasion de leur ramentevoir les propos qu'aultresfois je leur ai ouverts du mariaige de madame la princesse, dont peult sortir autant de bien que de l'aultre de mal.
Il est certain que ce jeune prince ne demeurera long temps sans se marier, car ce qu'il est tant recherché l'y faict penser. C'est une princesse chrestienne, bien nourrie, sage , belle , de grand' expectation; s'elle eust voulleu tant soit peu rabattre de la relligion, elle espousoit le duc de Savoie, et encores ne s'en rebute il pas du tout. Ce seroit ung heur pour l'Escosse, ung repos pour l'Angleterre, et de quelque part qu'on se tourne, n'y a rien à craindre ni soubçonner de ceste part , pour ce qui concerne l'auctorité de la royne.
J'en parle pour le bien delà chrestienté, et vous prye, par l'advis de M. de la Fontaine, en traicter avec nos amis , et m'en faire response au plus tost.
Pour le manier secrètement, vous sçavés quels ils sont, etc.
J. M. Valider Mjlen.
Du i^febvrler i583, MoNSinun, je vous ai escrit du 9 janvier; et de Testât de deçà ne puis qu'adjousler, sinon qu'en ce corps y a tousjours quelques démangeaisons que nous taschons à oster, lantost par légères purgations, et tantost
A M. VANDER MYLEN. 219
par medicamens topiques le mieux que nous pouvons. Si espère je que, non obstant icelles, nous demeurerons en paix. En vostre estât , j'entends avec grand regret que les calamités croissent; Dieu les abrégera quand il lui plaira pour le soulagement de tant de povres gens qui souffrent tousjours le pis des confusions publicques. JJnum me lorquet , quia in uno milita. Simultatem inter Alenconium et Aransionensem ali scribimt. Vous en sçavés la conséquence, et selon vostre prudence y pourvoirés; elle est grande , mesmes en nostre court de France. Non deerunt enim qui exacerbent, si possint, au préjudice de vos affaires; et pourtant , piincipiis ohstandiim : vous sçavés que c'est , Inter corticem et arborem digitum inserere , periculosum. Toutesfois plusieurs gens de bien en escrivent au roy de Navarre. Si voyés qu'il y puisse servir, vous m'en escrirés, s'il vous plaist. Mais je serois d'advis qu'il le feist tanquam aliud agens. Hœc tibi , prœier te nemini. Au reste, il fault que je me plaigne de la longueur en laquelle on retient mon homme par delà. Je vous prye de l'abréger par vostre intercession, s'il se peult. Je suis à vostre service, et sur ce salue humblement vos bonnes grâces, et prye Dieu, etc.
De Nerac , etc.
A M. de Buzatival.
Du I" febvrier i583.
Monsieur, j'ai receu les vostres du huictiesme décembre, et dixhuictiesme janvier; j'estois en peine d'en recevoir; et plus, en ayant receu , ne pouvant que par*
ticiper à vos ennuis. Je prye Dieu qu'il vous consolé en la guerison de celle dont la maladie vous afflige, et se contente de l'affliction publicque , dont avez eu vostre part par delà , sans nous frapper des particulières. C'est une dure séparation que du corps et de l'esprit , et à qui sçait que c'est que vraiment aimer, elle n'est moins dure de deux esprits. Mais si la volonté de Dieu est telle , il s'y fault resouldre ; car il aime ce que nous aimons mieulx que nous mesmes; l'aimant simplement pour lui bien faire , non pour en recevoir du bien et du contentement comme nous. Je prye Dieu derechef qu'il change vostre tristesse en joie, c'est à dire, sa maladie en santé; et permettez qu'avec vous je change de propos. On m'escrit beaucoup de calamités du Pays Bas : Sed in una omnes , la mauvaise intelligence entre son altesse etM. le prince d'Orange; c'estung grand mal que cela soit, et pire qu'on l'ait peu cognoistre; car voussçavez l'histoire de Milo. Il ne fault qu'une fente pour démembrer un chesne; et n'y a faultc de gens qui la cherchent. Aulcuns y cherchent ung remède, et tous le désirent, mesmes on nous escrit pour nous employer. Il est dangereux, comme sçavez, de se mesler entre l'arbre et l'escorce; peu sont receus à parler des riottes d'ung mesnage; et nous, peult estre, le serions moins que beaucoup d'aultres. Si quelqu'un s'en doibt mesler, ce doibt estre , à mon advis , tanquam aliud agens et ve^ luii e re nata, ac si id in Flandria prinium lesciverit ^ etc.
A Ncrac.