‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 34 sur 83 · A M. DE SERRES · texte numérisé non relu

A M. DE SERRES

Je me console aulcunement en ce prince, près duquel Dieu m'a appelle, et par sa voix et par la sollicitation de plusieurs gens de bien. Non que j'y voye toutes choses à souhait ; mais certes, et trop plus de bien et trop moins de mal qu'es aultres; et sur tout ung bien incomparable de se confier totalement en ceulx qu'il pense gens de bien. Dieu achèvera ou suppléera le reste par sa grâce; et peut estre par lui, comme par plusieurs vaisseaux infirmes, veult il monstrer qu'il est puissant en infirmité. Je le prye donc, monsieur, etc.

De Nerac, elc.

A M. le prince d'Orange, (i)

Du i4 febvrier i583.

Monseigneur, ce qui est advenu à Anvers nous a esté plus desplaisant qu'estrange. Loué soit Dieu , qui vous a délivrés, et de vos ennemis tant de fois, et maintenant de tels amis. Je pense que vostre excellence se sera resouvenue de moi à ce propos ; car je craignois , lors queje partis, pis que je n'osois dire, et me sembloit que ne vous faisois plaisir de vous troubler la bonne opinion que vous aviés. De moi, j'ai loué Dieu mille fois de ce qu'on me reculoit de là, et surtout de la rupture du voyaige d'Allemaigne, Au moins , en me faisant ces escornes, m'ont ils rendu ce tesmoignao-e honorable, qu'ils m'estimoient trop homme de bien pour conniver à leurs fraudes , et peult estre moins simple qu'ils ne vouUoient pour ne les appercevoir.

(i) Guillaume de Nassau, prince d'Orange.

Mém. de Duplessis-Morxay. Toaie ir. l5

220 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc.

Or, monseigneur , vos Ire excellence se souvienne qu'en une niesme année Dieu vous a rendeu la vie deux fois, et a tout le pays ensemble. Cela vous estarre d'espérer mieulx à Tadvenir, et obligation de servira Dieu de plus en plus. Vostre excellence peult faire entier estât du roy de Navarre, M. Caluart vous en dira davantage. De ma part je vivrai et mourrai vostre très humble serviteur. Je prye Dieu , etc.

De Nerac, etc.

A M. de Saine t Aldegonde.

Du i4 f«'bvrier i583.

Monsieur , vous recevrés une aultre lettre de moi ; mais l'argument nouveau , dont nous nous feussions bien passés, m'arrache celle ci. Louons Dieu qui vous a délivrés , et recognoissons en quel malheur est précipité, et ung prince, et ung pays, par le mauvais conseil de peu de gens. M. Caluart vous dira au reste de nos nouvelles. Croyés que les vostres de delà ne m'ont esté tant nouvelles que fascheuses. En somme, Nunquam ex spinis ui^as, neqne ex tvibulis ficus. Et au reste, Maliun consilium consultori pessimum erit. Je prye Dieu, monsieur, etc.

De Nerac, etc.

INSTRUCTION DU ROY DE NAVARRE, etc. 227

Page 1