‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 36 sur 83 · DISCOURS POUR L'UNION · texte numérisé non relu

DISCOURS POUR L'UNION

il convient en continuer les causes, c'est à dire tenir tousjours les choses en ceste proportion, soit en se renforçant d'alliances , à mesure que ses ennemis se rallient, soit en leur suscitant et entretenant des exercices et travaux, qui divertissent leur esprit et leurs moyens ailleurs.

Aultresfois lui a on dict qu'il n'estoit que d'estre allié avec les plus grands princes de la chrestienté, comme le roy de France et le roy d'Espaigne ; alliances , par l'advis de tous bons politiques, qui gisent plus en papier qu'en effect, et, qui pis est, apportent plus de dommage que de profit.

Qui est allié avec ung égal (à plus forte raison avec plus fort que soi), perd sa liberté et son avantage, d'autant que, qui a compagnon a maistre , et que le plus grand faict tousjours ployer les affaires du moindre aulx siennes propres. Et oultreque les histoires en sont pleines, n'agueres encores la ligue des Vénitiens avec le roi d'Espaigne contre le Turc, nonobstant la nécessité mutuelle, ne peult durer, parce que TEspaignol , qui pense tenir ung degré sur eulx, en vouUoit seul avoir et le profit et l'honneur.

Au contraire, qui a ligue avec plus foible que soi, devient à demi maislre de ses moyens, conseils et forces; comme il se voit que jamais la France n'a eu alliance plus utile et plus secourable au besoing que celle des Suisses.

Je laisse que le différend de la relligion ne permet poinct que ces ligues soient sincères , d'autant que les conseils de la pluspart des princes catholicjues sont affinés en la fournaise de Rome, et dirigés au but du pape, qui tend tousjours à l'extermination de la relligion, comme il s'est assés veu par les pratiques du pape,

découvertes en Angleterre, dont il a prétendu rendre les susdicts princes exécuteurs.

La royne pensoit avoir trouvé ung prince qui les tiendroit tous deux en eschec , et par tous honnestes moyens, pensoit s'estre asseuree de son amitié , à sçavoir, monseigneur le duc d'Anjou; et, s'il eust pris ung bon train, le conseil n'estoit mal à propos. Mais, par ce qu'il a faict es Pays Bas, il s'est obligé à haïr et à ruyner tous ceulx de la relligion , et s'est retranché toute espérance de faire partie avec eulx ; tellement qu'il y a apparence qu'il se jettera à corps perdu entre les bras des catholiques, et espousera les affections et factions du pape , qui doresnavant le fera son bras droict, et l'exécuteur de ses plus pernicieux desseings; comme ainsi soit qu'il ne peult déguiser ce desordre d'Anvers, aultrement exécrable envers tous hommes, qu'en feignant ung zèle d'y remettre sus, à quelque prix que ce feust, le parti de sa relligion.

Et qui cognoist son humeur inquiète et défiante, ne doubtera poinct de cet article. Car, ayant en ceulx des Pays Bas offensé et endommagé tous ceulx de la relligion, il ne s'y peult plus fier; et, se voyant forclos de ce parti, il vouldra s'appuyer d'ung aultre, ou il y ait de la besongne. C'est de se rendre chef ou instrument principal de la ruyne de tous ceulx de la relligion. Desjà

il est certain que sans il s'en alloit traicter avec le

duc de Parme, pour lui rendre les places qu'il tenoit aux estais; ce qu'il lui dissuada, pour sauver les prisonniers qui en eussent esté en danger , à la grande honte de la France , et désolation de plusieurs notables familles.

Car, quanta l'accord faict entre lui et les estats , on a assés apperceu qu'il n'a eu intention que de sortir

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