‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 43 sur 83 · LUI. — JUSTIFICATION · texte numérisé non relu

LUI. — JUSTIFICATION

Des actions du roj de Navarre, baUlee au sieur de Segur, pour le mesme vojaige que dessus , le Ç> juillet I 583.

Chacung sçait que nul n'eust oncq plus grande occasion de se plaindre que le roy de Navarre, de ce qui se passa en l'an 72, le i[\ aôust, à Paris; car on y abusa de ses nopces pour violer la foi publicque par ung horrible massacre. On lui tua devant ses yeulx les plus notables amis et serviteurs qu'il eust en France , et nommeement la fleur de la noblesse de ses pays , qui l'estoit venue accompagner, jusqu'à souiller sa JDropre chambre, et mesmes sa couche du sang des meurtris.

Depuis aussi , il feut long temps captif à la court , où on parloit toutes les sepmaines de le mettre à la Bastille, où plusieurs fois on meit en délibération de le faire mourir , où mesmes on n'avoit honte de proposer à la royne, sa femme , le mariaige d'aultres princes pour la faire consentira sa mort. Ces choses, qui sont cogneues de tous, estoient pour mettre ce jeune prince hors des gons, et pour lui faire oublier toute mesure. Et d'autant plus que, par la grâce de Dieu, il est souverain, né, nourri et eslevé hors de France, et spolié de la meilleure part de sa couronne , pour avoir , son aïeul , suivi l'amitié de France. Au reste, on ne lui pouvoit imputer chose qui se feust passée es troubles du royaume , pour le bas aage auquel lors il estoit.

Ce nonobstant, comme Dieu lui eust faict la grâce d'estre échappé de ces liens au commencement de l'an 76, au mesme temps que monseiffneur le duc d'Anjou

nvoit pris les armes contre le roy son frère , à m-esent régnant, que ceiilx de la relligion avoient heureusement relevé leur parti, et que M. le duc Casimir estoit avec une puissante armée en France , il ne voulleut jamais se prévaloir pour ses vengeances, ni interests particuliers, de ces forces, qui estoient pour la meilleure part à sa dévotion; ains accommoda, comme ses adversaires mesmes confessèrent, toutes ses vollontésà la paix, n'y feit jamais difficulté aulcune, pour son particulier, ni des siens , donna ses pertes , ses dommages , ses injures, la mort mesmes de ses plus chers, au bien de la republique , se contentant d'avoir retiré sa vie et sa conscience d'oppression et de servitude , et d'avoir aidé , pour sa part, à remettre sus la prédication de l'Evangile.

De ce fera foi le traicté de pacification de fan ^6 , qui ensuivit la guerre que dessus, auquel on ne verra ung seul article qui concerne son particulier honneur, bien ou accroissement, encores qu'avec les moyens qu'il avoit, il s'en pouvoit faire croire, comme feirent quelques aultres, qui n'avoient receu ni pertes, ni injures telles que lui.

Par ce traicté , feut dict que l'exercice de la relligion reformée seroit libre en tous lieux du royaume indifféremment, sauf quelques exceptions contenues en l'edict perpétuel et irrévocable qui feut faict. Et, pour le regard des dereglemens et confusions de Testât, feut dict que, dedans six mois, se tiendroit une assemblée générale d'estats, selon la forme ancienne, en laquelle il y seroit pourveu.

Pendant ces six mois, monseigneur d'Anjou feut mis en la pleine possession d'ung grand et riche appanage qui lui feut accordé par la paix, duquel se voyant paisible, feut aisé de lui faire changer parti , et de le diver-

tir de la protection des estais qu'il avoit prétendue. Ainsi donc l'assemblée de Blois feut convoquée , à laquelle on donna le nom d'estats, de laquelle feurent excleus par brigues tous les députés de la relligion , tejetés tous les paisibles catholiques, mesmes ceulx qui esloient du conseil du roi.

En icelle donc, au lieu de vaquer à la reformation de Testât, selon les cahiers envoyés par les provinces, on ne traicte que de la ruyne de ceulx de la relligion ; l'edict de pacification, qui estoit irrévocable, y est cassé et annullé, les ministres bannis, l'exercice de relligion desfendeu. Ceulx qui avoient eu charge de leurs provinces de tenir la main à la paix, sans laquelle les estais estoient frivoles et inutiles, sont menacés d'estre jettes en l'eau. Ligues se font au reste par les provinces entre les catholiques, pour exterminer chacung endroict soi tous ceulx de la relligion, sans exception de qualité, sexe,aage, société, parenté, fraternité, etc. Et jà de toutes parts on se preparoit à l'exécution.

Qui plus est, le roy faict signifier au roy de Navarre et à monseigneur le prince de Condé , par députés exprès, que c'estoit son irrévocable volonté; qu'il falloit qu'ils s'y accommodassent, adjoustant soubs uîain qu'aultrement ils seroient déclarés indignes de succéder à la couronne de France. Quelle doibt estre Tauctorité de ces estats, feut lors assés déclaré par quelques personnages catholiques, qui eulx mesmes en formèrent les nullités. Joint que la nullité en est évidente en ce qu'ils ne feirent du tout rien de ce à quoi ils estoient appelles, à sçavoir le bien et soulagement du peuple.

Le roy de Navarre donc remonstre modestement au roy par ses députés les inconveniens qui en advien-

droient, mais en vain. Et comme nonobstant, il veit acheminer l'exécution de ses ordonnances par les armes de monseigneur d'Anjou, de ceulx de Guise et des susdictes ligues contre lui et les siens, se résolut de se défendre; et delà naquit la guerre de l'an -^-y, en laquelle Dieu lui feit la grâce de se conduire en telle "sorte, que, sans aide ni faveur de personne , estant assailli de toutes les forces de France , commandées par monseigneur d'Anjou mesmes , il soutint ceste tempeste qui sembloit le debvoir submerger , et , avant le bout de l'an, obtint une paix, par laquelle l'exercice feut rendu à ceulx de la relligion , sinon aussi libre qu'en la précédente, tel au moins qu'au milieu de si dures contradictions se pouvoit espérer. Tant y a qu'on n'y verra poinct ung seul mot qui concerne son particulier, sinon en tant qu'il est membre du gênerai; au contraire, qu'il est content de surseoir l'usage de son auctorité légitime en beaucoup de choses, plustost qu'en la débattant, reculer tant soit peu la conclusion d'une paix.

Les articles de ceste paix se réduisent principalement à trois poincts, à la relligion, à la justice et aulx seuretés du traicté.

Quant à la relligion , l'exercice en est permis, et attribué en certains lieux, en la plus part desquels il n'est encores establi, ains, par diverses subtilités et chicaneries, troublé ou défendu. Quant à la justice, pour éviter l'animosité et partialité des juges , certaines chambres avoient esté ordonnées pour juger des causes de ceulx de la relligion; icelles , depuis tant de temps, ne sont encores establies. Et quant aulx seuretés , les garnisons non accoustumees debvoient estre ostees, et les citadelles nouvelles rasées; et en oultre liuict villes

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leur avoient esté laissées pour l'espace de six ans, en dedans lesquels la paix feut effectuée en toutes ses parties, et ledict sieur roy de Navarre remis en son auctorité. Au contraire ,lesdictes garnisons et citadelles tlemeurent debout en leur entier; et, quant aulx villes, les deux principales ont esté soubstraites et enlevées par pratiques et menées; et toutes, si on n'y eust pris garde, le seroient pieça, veu les entreprises qui s'en sont découvertes de fois à aultre; le tout sans qu'on en ait peu avoir justice, quelque plainte qu'on en ait <lressee , et quelque preuve contre les aucteurs qu'on en ait peu faire.

De ce desni de la relligion , chose si chère à tous gens de bien, sont procedees beaucoup de justes douleurs; du refus de la justice, beaucoup d'impunités, et par conséquent d'injures , de meurtres, d'assassinats, etc. Et de l'infraction des seuretés, beaucoup de soupçons et défiances : tellement que la paix a vaincu en quelques lieux la guerre, en irrelligion, en injustice et cruauté : dont est aussi advenu que la patience de ceulx de la relligion , sentans les coups de la guerre soubs le masque d'une paix, s'est tournée quelquesfois €n fureur, et ont repoussé par justes et naturelles défenses les injustes offenses qu'on leur faisoit.

Mais tant y a que le roy de Navarre faict ses plus grands ennemis juges, s'il n'a pas effectué de sa part tout ce qu'il avoit promis par la paix; s'il n'a pas rendu ce qu'il avoit convenu; et si , au contraire, on ne lui retient pas encores de ses propres villes et maisons, contre les termes exprès de ledict; s'il n'a pas auctorisé la justice contre les siens propres par tout où il a esté question de l'exécution de la paix, jusques à démanteler plusieurs places et faire exécuter des princi-

3oo JUSTIFICATION DES ACTIONS

])au]x entrepreneurs en divers lieux, encores qu'ils n'eussent que rendu l'injure, et non au regard de celle qu'ils avoient receue.

Ce que peult estre il eust poursuivi encores plus vivement, s'il n'eustapperceu par l'impunité de Taultre part (en laquelle on ne peult nommer de tant de mille punissables ung seul infracteur de paix puni ) qu'ils ne desiroient pas justice pour amour de justice , ains soubs ombre de justice le faisoient exécuteur de leur animosité et vengeance.

En cest espace donc de six années, tant pour l'inégalité du traictement qui rendoit les catholiques insolens, que pour l'impunité des forfaicts qui les enhardissoit à mal faire, sont entrevenues plusieurs altérations en la paix, tant que la continuation de leurs injures et injustices a vaincu quelquesfois, comme dict a esté, la constance de ceulx de la relligion; dont seroit advenu qu'en quelques lieux, des plaintes on auroit esté contraint de venir aulx défenses, et des défenses aulx offenses; en danger de s'acharner en la guerre civile plus que j'amais, si le roy de Navarre n'eust cédé pour le bien et repos public, non seulement de ses advanlages , maismesmes de ses seuretés; remettant son innocence et des siens en la garde de celui qui en est le juge, et qui la cognoist. De faict , on sçait qu'au traicté de Flex, auquel monseigneur d'Anjou entreveint, pour consolider les plaies de la guerre, il quitta volontairement les villes de Cahors et de Sainct Milion, desquelles l'importance est cogneue pour leur force et pour estre icelles passages de notables rivières; tant parce qu'il csperoit enfui vaincre le cœur du roy par sa modestie, que parce qu'il s'imaginoit que la guerre, que monseigneur entreprenoit lors en Flandres, seroit une notable

DU ROY DE NAVARRE. 3oi

saignée à la France, qui, en repurgeant le mauvais sang et donnant respiration au bon, osteroit toutes les demanwaisons dont elle auroit esté molestée et tour-

mentee.

Au contraire, nonobstant ceste confirmation de paix toute fraische, on attaque ceulx de la relligion eri Daupliiné, on démantelé leurs villes, on y bastit des citadelles; le tout contre la foi publique et les accords traictés particulièrement avec M. le duc de Mayenne, qui commandoit aulx forces du roy. Cela faict, on le veult faire passer en Languedoc pour y faire de mesmes, ce qui s'alloit effectuer, n'eustesté qu'on entra en opinion que si ledict sieur de Mayenne estant de la maison, de Guise, entroit armé dedans lé Languedoc, auquel commande le duc de Montmorency , les anciennes querelles de ces maisons se reveilleroient, et le duc de Montmorency auroit juste occasion d'entrer en soupçon, et par conséquent de se reunir avec le roy de Navarre et ceulx de la relligion de sa province.

Que faict lors le roy de Navarre? Pour lever à ses ennemis tout scrupule du cœur, et pour leur oster de devant les yeux l'object de leur vengeance, comme par tant de bonnes actions il leur en avoit osté le subject, il s'avise d'ung poinct : il voit M. le duc d'Anjou obligé en la guerre contre l'Espaignol es Pays Bas, le roy d'aultre part engagé de nature et de promesse , non seulement à le secourir, mais aussi à envahir le roy d'Espaigne; de gaieté de cœur il envoyé offrir au roy d'attaquer le roy d'Espaigne dedans le cœur d'Espaig!ie mesmes; lui faict de grandes et notables ouvertures pour en venir à bout; présente d'y dépendre en son particulier cinq cens mille escus. Et afin que le roy ait prétexte de l'aider d'argent, s'il ne se veult encores

3o2 JUSTIFICATION DES ACTIONS

déclarer, lui veult mettre entre les mains ses comtés patrimoniaux de Rouergue et de l'Isle, qui sont des plus riches, grands et anciens de France, et ne seroient moins estimés d'un million d'or. Qui plus est, afin que le roy ne puisse entrer en juste allarme de ceste entreprise, offre de composer son armée de Suisses, alliés et serviteurs du roy, de Reystres commandés par ses colonnels, reystmaistres et pensionnaires, de François tant d'une que d'aultre relligion; d'en commettre la conduite à ung mareschal de France bon serviteur du roy, assisté des plus notables capitaines qui l'auront tousjours servi et suivi, et des principaulx de la noblesse catholique de la frontière; et, pour comble de seureté , de bailler madame la princesse sa sœur unique , en ostage de sa bonne intention; comme aussi eust faict monseigneur le prince de Condé sa fille; et ce, avant d'entrer en campagne. Adjoustoit, quand l'entreprise seroit en train , de se dessaisir des villes de seureté avant le temps escheu, pour faire entendre à ung chacung qu'il ne cherchoit son asseurance en la force des murailles, mais en la seule bonne volonté du roy, qu'il avoit méritée et acquise par tant de notables offices.

Ce moyen avoit semblé le plus prompt et le plus expédient au roy de Navarre , pour lever les défiances, assoupir les animosités, esteindre les noms des partis, et reunir les cœurs en une mesme volonté. Et pense ledict seigneur roy qu'il n'y a bon François à qui ceste entreprise ait esté proposée, qui n'en ait jugé de mesmcs. Cependant, c'est de lors qu'on commence de plus belle à brasser avec le pape une ligue générale à l'extermination de tous ceulx de la relligion. Que le «once faict plus grande instance qu'il n'avoit mesmes

DU ROY DE NAVARRE. 3o3

faict après les massacres de la réception et publication du Concile de Trente et introduction de l'inquisition. Que le roy s'en est rendu contre l'advis et arrest de ses parlemens, ouvertement contredisans , aucteur, faulteur et solliciteur envers eulx, tant en gênerai qu'en particulier. Qu'il a eslevé les jésuites, boutefeux de la chrestienté, en tel orgueil qu'ils se sont fourrés jusques au plus creux du cabinet, où ils minutent la confiscation des corps et des biens de ceulx de la relligion , et en sollicitent l'exécution autant qu'ils peuvent par tous les endroicts de son royaume. Qu'on a par toutes sortes d'artifices tasclié de retrancher et abaisser l'auctorité et les moyens dudict seigneur roy de Navarre , qu'on eust deu , veu les choses susdictes , meritoirement accroistre; jusques à tenter tous moyens de lui suborner et soustraire ses meilleurs amis, leur défendant soubs grandes menaces, d'avoir amitié avec lui , comme s'il estoit ennemi du royaume. Tellement que ledict seigneur roy n'a peu jusques ici gaigner par sa modestie, patience, équité et intégrité qu'ung seul poinct (mais qui lui est inestimable); c'est que, par ces œuvres, non tant de mérite que de supererogation, il a plus qu'acquité son debvoir , et satisfaict humainement à sa propre conscience; et par mesme moyen s'est asseuré de la bénédiction de Dieu sur ses affaires, et de son secours contre ses ennemis , lequel ne default jamais à ceulx qui le craignent , qui reçoivent en considération de lui le mal pour le bien, et qui apportent enfin , après une longue patience , une juste intention à une juste cause.

3o4 LETTRE DE M. DUPLESSIS

AM.de Sjdne, (i)

En juillet i583.

Monsieur, M. de Segiir, surintendant des affaires du roy de Navarre , s'en va de sa part vers la royne vostre souveraine. Il vous souvient que, Tan passé, ledict seigneur roy voulloit aller visiter la royne , et de là tous les princes qui font mesme profession que nous. Les vagues d'affaires , qui s'entresuivent en cest estât , lui feirent différer ceste délibération , et encores le retiennent. Et cependant, ne creetur ecclesiœ ex mora penculiun y il a désiré negotier en tant que faire se pourra par ceste ambassade ce qu'il pretendoit par son voyaige propre. Cest ung gentilhomme, comme cognoistrés, plein de zèle et de pieté, dere ^ timi publica, tum privata optime mevitus ; et qui plus est, qui va pour choses très recommandables à toutes personnes qui désirent le bien commun de toute la chrestienté. J'estime cest œuvre très digne que vous y teniés la main, et vous en prye de tout mon cœur. Et fault que je vous die que ce seroit à la royne proprement , pour le lieu qu'elle tient , et pour le repos que Dieu lui donne , d'entreprendre cest affaire. Mais c'est l'ordinaire que ceulx qui ont plus ressenti le mal, sont les plus préparés à le prévoir et à y pourvoir. Et vous sçavés que la délivrance de Suisse commença par Suitz, Uri et Undervald ; non qu'ils feussent plus forts et plus auctorisés , mais bien plus tourmentés et plus exposés au mal, et par conséquent plus affectionnés au remède. Hœc qunn-

(/) PLilippes Sydne, seigneur anglois, aucteur de V Arcadie.

A M. DE SYDNÉ. 3o5

tiim ad ecclesiam attinet in universum ; sunt vero et topica îionnulla quœ propine ad vos , de quibus aliquando inter nos. Hœc maliin tu ex ore ipsius qiiain ex meis lilteris intelligas. Cœlerum^ cognatum tuiim diii expectaviet expetm\ qui hue venturus dicebatar. S'il vient, il sera le bien venu; car cui bono le promettre et ne venir poinct? Mais je sçai qu'es courts on ne faict pas ce qu'on veuit, quelque bonnes qu'elles soient. Et pour le moins, prenés en bonne pnrt que nous vous sommions de ce à quoi vous nous devriés les premiers convier. Au reste, faictes moi cest honneur de croire que je suis et serai à jamais vostre serviteur. Je désire sçavoir si estes marié ou non ; j'estime qu'oui , parce que j'ai esté trois mois sans avoir lettres de vous; et je présuppose que cela ne peult estre sans une occupation notable. Monsieur, je vous baise bien humblement les mains, et supplie le Créateur vous avoir en sa saincte garde.

De Nerac, etc.

A M. de Falsingham.

Du . . . juillet i583.

Monsieur, nous avons long temps attendeu vostre response selon que nous aviés promis, tant par le sieur de Bornam, que, depuis, parles sieurs de la Fontaine et d'Angroigne; et cela a esté cause que plustost n'avons envoyé vers vous. Depuis aussi je vous ai escrit tant du synode national de Vitray en Bretagne, où je me suis trouvé au nom du roy de Navarre, que mesmes de ce heu où sommes à présent. Maintenant, parce que le

MÉM. DE Duri-Essis-MoRixw. Tome ït. 20

3o6 LETTRE DE M. DUPLESSIS

trop long délai seroit dommageable en chose si nécessaire que celle que nous pourchassons, le roy de Navarre envoyé M; de Segur, surintendant de ses affaires et maison, vers tous les princes et estats qui désirent le restablissement de l'Eglise. Et comme la royne vostre maistresse est la première, il a désiré aussi que, de sa part, elle feust •visitée la première et suppliée d'y employer a bon escient son auctorité. Je scai que jugerës la chose si raisonnable et si recommandable de soi , selon, vostre pieté et zèle , qu'il n'est besoing de vous en recommander la negotiation davantage ; car vous voyés assés que le monde conspire , et que si Dieu vous a faict la grâce de respirer pendant que les aultres ont souspiré, que cela toutesfois ne peult pas tousjours durer. En somme , le roy de Navarre a estimé ce faict pour lequel M. de Segur va présentement , de telle conséquence que , pour le mettre à chef, il voulloit, l'an passé, y aller en personne, dont il vous souvient que je vous advertis alors ; et , ne pouvant ni lors ni maintenant pour la continuelle suite d'affaires et occupations, il vous envoyé l'ung des hommes du monde auquel il se fie et repose le plus. Monsieur , je ne la vous ferai plus longue, sinon pour vous baiser bien humblement les mains, et supplier le Créateur vous avoir en sa saincte garde. De Nerac, etc.

LVL — LETTRE DE M. DUPLESSIS A M. de Danzaj,

Du ... juillet i583.

Monsieur, estant nVgueres au synode national tenu à Vitray en Bretagne, je proposai entre aultres choses

A M. DE DANZA.Y. 3o7

de la part du roy de Navarre , combien il estoit nécessaire de negotier à bon escient la réconciliation de nos differens pour la relligion , ce qui feiit trouvé très bon ; et, sur ce , je vous escrivis amplement là conclusion qui y feut prise. Maintenant donc, en suivant icelle, le roy de Navarre , pour ne perdre temps, s'est résolu d'y envoyer M. de Segnr, par lequel vous recevrés la présente, gentilhomme fort qualifié, superintendant de sa maison, zélateur de la vraie relligion, et duquel tant lui que nos églises de France ont grandement à se louer. Il a commencé par TAngleterre, afin que la royue joignist son auclorité à cest œuvre tant nécessaire; puis y a exhorté les églises des Pays Bas; et de là passe vers le serenissime roy de Dannemarck pour le pryer bien affectionnement, comme il a heureusement conunencé, de poursuivre ceste saincte entreprise envers les princes et estats d'Allemaigne. Vous pouvés beaucoup y aider, en lui départant vos bons advis et conseils; et le pouvés faire seurenient pour sa pieté, discrétion et suffisance; et je sçai aussi que le voulés, selon la cognoissance que j'ai de vostre zèle et affection envers l'avancement de la vraie Eglise, et nommeement en ce qui touche cest affaire. Je vous supplie donc, monsieur, de parler à lui, comme je présume par la privauté dont m'uses en vos lettres que fériés à moi mesmes, afin que cest affaire puisse réussir à la fin que nous prétendons. Au reste, je suis vostre serviteur, et serai tousjours de tel cœur que bien humblement je salue vos bonnes grâces, et supplie le Créateur, monsieur, etc.

De Nerac, etc.

3o8 LETTRE DU CONSEIL

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