‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 47 sur 83 · DES PLACES DE SEURETÉ · texte numérisé non relu

DES PLACES DE SEURETÉ

retardement de la cure , non à ceulx qui portent principalement la douleur de la plaie.

La principale plaie qu'il falloit guérir, c'estoit la desfiance. Au contraire , à mesure que ceulx de la relligion s'en sont voulleu despouiller , en remettant les places, selon Tedict, ceulx qui ne vivent que de trouble , comme les barbiers d'ulcères, ont tasché à la leur redoubler en toutes sortes. Les places n'ont esté si tost remises , qu'on y a mis garnisons et basti citadelles , ou démoli les murailles, contre les mots exprès des edicts. Ce n'est pas pour convier celles qui restent à faire le semblable. Ceulx qui les ont laissées , n'en ont pas sitost esté dehors, que, nonobstant toutes promesses et abolitions , ils n'ayent esté poursuivis , pris , exécutés , massacrés. Quand on est dissuadé par les effects, mallaisement est on persuadé par les paroles. Bref, on en est venu là , qu'on ne pense ville remise à bon escient, s'il y demeure ung de la relligion en auctorité , si leur vie n'est à la discrétion pure et simple du moindre ennemi qu'ils ayent. Tandis que la foi a si peu de lieu , il est malaisé de lever la desfiance.

Ne veullent ceulx de la relligion doubler de la droicte intention de sa majesté. Mais leur doibt aussi estre permis , veu le passé , de se desfier de ceulx qui en abusent , et qui pensent, veu leurs charges, avoir droict d'en abuser. Or est il que la publication du Concile de Trente qu'on avoit laissé dormir si long temps, mesmes l'an -72 , qu'on estimoit fatal à ceulx de ladicte relligion, a esté remise sus ceste année, et plus pressée qu'oncques auparavant ; que jamais on n'a negotié avec le pape tant que ceste année; que les jésuites, qui sont les boutefeux de l'inquisition, croissent de jour en jour en auctorité; que les prescheurs en chaire

362 RAISONS POUR LA PROLONGATION, etc.

prononcent publicquement , que l'an de la ruyne desdicts de la relligion , etc. N'ignorent là dessus les principaulx de ceulx de la relligion que sa majesté n'a garde de consentir à telles choses , mesmes audict Concile , pour Tinterest qu'y a , tant la couronne que l'Eglise gallicane. Mais le peuple, qui ne pénètre pas si avant, en a pris une allarme, qui ne lui peult estre tost ostee , estant enseigné pour toute escrime de ne regarder, ni la face , ni la personne , mais seulement la poincte de l'espee.

Toutes choses considérées, à denier la prolongation du terme sa majesté a quelque interest; car elle mettra, peult estre, au desespoir quelque partie de son peuple. A l'accorder, elle n'en a du tout poinct; car il est assés évident qu'il n'y a François plus François en France qu'eulx. L'edict les déclare capables de toutes charges et dignités , et jusques ici ne sont en possession de cest article. Il seroit donc raisonnable qu'en ce peu de places, ils en ressentissent aulcunement l'effect. Au reste, quand ils en sortiront , on vouldra que d'aultres entrent en leur place; sa majesté considère là dessus, si elle en doibt avoir plus de fiance ; au contraire , si d'aulcung elle n'a occasion de juste défiance ; ce que , grâce à Dieu , elle ne peult avoir d'eulx.

A M. de H arlaj , premier président en la court de parlement de Paris.

Du 12 aoust i583.

Monsieur, il y a long temps que j'ai désiré cesL heur d'eslrecogneude vous, ettousjours l'occasion m'en

LETTRE DE M. DUPLESSIS, eic. 363

est eschappee; mais pour cela n'ai je laissé de m'obliger de service à vostre vertu , digne d'ung meilleur siècle, et qui toutesfois, en la rouilleure de cestui ci, se sçait faire honorer de tous ceulx qui en ont quelque sentiment. Je suis ici appelle auprès d'ung prince qui la prise beaucoup en tous , et en vous particulièrement la révère. Si j'estois solvable de si grande chose, je vous asseurerois que sa volonté tend toute au bien de cest estât ; et surtout à ce bien , qui seul faict joun- de tous les aultres biens , qui est, à mon advis, la paix. Le roy lui a faict cest honneur de lui mander qu'il tiendra , ce mois de septembre, à Paris, une assemblée des plus notables personnages de ce royaume , pour le soulagement de son peuple. C'est l'effect du tiltre de très chrestien. Mais vous savés que tous les beaux reglemens, qu'on y sçauroit minuter, s'en vont en vain, si la paix n'y est grossoiee; comme les remèdes topiques et particuliers , quelque bons qu'ils soient en eulx mesmes , sont inutiles, si on permet qu'ung mal universel prenne possession du corps. M. de Clervant est envoyé, de la part du roy de Navarre, vers sa majesté pour cest effect , personnage plein de modération et intégrité , et digne en somme de si digne charge. Il a commandement de vous en communiquer particulièrement. Ce qui me reste , monsieur, c'est de vous dire que je suis vostre serviteur, non simplement pour vostre dignité, mais doublement pour la dignité dont lavés honorée ; et sur ce, vous ayant bien humblement baisé les mains , supplierai le Créateur , monsieur, etc. De Saincte Foi d'Agenois.

364 NEGOTIATION DE M. DUPLESSIS

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