‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 49 sur 83 · A M. LE PRINCE D'ORANGE · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE D'ORANGE

se départir du contrat, comme radultere au mari, de se départir de sa femme ; mais que la dissolution du contrat n'estoit à présupposer tant que les estais légitimement assemblés l'eussent jugé, et prononcé disertement ne plus ne moins que la cause de divorce ne parfaict pas le divorce, mais l'envoi du libelle; par ainsi, que c'estoit toujours femme et mari, peuple et prince, etc. , jusques à ce que ces formalités eussent esté observées, nonobstant les adultères et perfidies prétendues ou intervenues, après lesquelles nous lisons assés de reconciliations sans interruption de principaulté ni de mariaige , comme mesmes il auroit esté veu en la personne du ro)' d'Espaigne, après tant d'infractions des contrats faiets avec ses subjects. Ce sont, monseigneur, à peu près les propos qui feurent tenus par forme de discours , lesquels je vous dis avec la mesme franchise que j'ai tousjours désiré vivre. Et cependant n'ai oncq dissimulé ni dissimulerai qu'une des plus grandes et plus profondes joies que je pense avoir eu de ma vie, feufc d'entendre l'entreprise d'Anvers faillie, pour l'interest commun de la vraie Eglise, pour le particulier que je sens vivement (et ne sçai bonnement pourquoi) eu celui des Pays Bas , et pour la singulière affection que j'ai au service de vostre excellence , dont j'aurai trop de regret d'avoir besoing d'alléguer aultre tesmoing qu'elle mesmes. Or c'est trop, à mon advis, envers vostre excellence, et beaucoup plus ne suffiroit pas contre les calomniateurs; et pourtant, je supplierai le Créateur, monseigneur, qu'il assiste vostre excellence par son Sainct Esprit en tant de perplexités. Et pour mon regard demeurerai, s'il vous plaist, vostre très humble, etc.

De Pau en Bearn.

A M. de Montaigne.

Du 9 novembre i58'3.

MoNSiEtja, si mes lettres vous plaisent, les vostres me profitent; et vous scavés de combien le profit passe le plaisir. M. de Bellievre conféra avec M. le mareschal cà Fotenzac. Soudain après, renfort de garnison , forme de citadelle, poursuite par ung viseneschal contre ceulx de la relligion de Bazas; qui plus est, garnison à Sainct Sever, Dax , Marmande, Gondom, etc. Ce prince a jugé qu'on le voulloit mener à ce qu'on prétend par force; et que ces deux, bien que par diverses voyes , tendoient à mesme but. Vous scavés la profession qu'il faict àe couY^Q^e -^ Jlectatar forte facile y at frangatur nunquam. Ainsi, il a pryé M. de Bellievre de surseoir la proposition de sa principale charge jusques à ce que ces rumeurs d'armes feussent accoisees. Cela faict, il aura les oreilles plus disposées, et peult estre par les oreilles, le cœur. Ung festin préparé, si le feu prend à la cheminée, on le laisse pour courir à l'eau : nous estions préparés à la réception; le feu se prend en ung coing de ce royaume, mesmes soubs nostre foi, nos amis sont en danger ; qui trouvera estrange qu'on désire qu'il y soit pourveu avant de passer oultre? Adjoustés que ce prince veult avoir le gré tout entier de ce qu'il veult faire , sans qu'il en soit rien imputé à aultre considération quelconque. On m'a lasché ung mot que les aucteurs de ce conseil se pourroient repentir. Le maistre a assés d'esprit pour le prendre de soi mesmes; et M. de Bellievre seroit marry que tous les conseils de France

A M. DK MONTAIGNE. 383

lui feussent imputés. Les persuasions peuvent beaucoup sur ma simplicité, les menaces fort peu sur la resolution que j'ai prise. Et vous saurés bien juger pour vos amis en quelle opinion on en parlera. Je ne vous dirai plus qu'ung mot. L'affaire pour laquelle il estoit veneu, mérite sa gravité et expérience; mais il se tient tant sur la réputation du roy, qu'il semble avoir peu de soingde la nostre; et qui vient pour satisfaire une injure non tant prétendue que recogneue, bien qu'il ait affaire avec l'inférieur, ne doibt tant payer d'auctorité que de raison. Çuo acriora ingéras ^ eo contumacior évadât humoi- qui miligandus est : quo sane nisi mitigaio , vidniis convalescere nidlâ ratione polest. Viderintipsi; tu etiam atque etiam vale.

Du Mont de Marsan.

A M. de Saletles.

Du 23 novembre i583.

Monsieur de Salettes , depuis vostre partement , l'insolence extrême de ceulx du Mont de Marsan , et les longueurs sans fin de M. le marescbal de Matignon , ont réduit le roy de Navarre à y rentrer de soi mesmes. Ce qu'il a faict, grâces à Dieu, si heureusement que j lundi 2 1 novembre, ses gardes s'y logèrent sans excès, pillage ni sang, et tost après feurent suivies de lui. Deux hommes pour tout , courans à fallarme , y ont eslé tués, que la voix de tous les gens de bien dç la ville adjugeoit de long temps à fin plus misérable. Nous avons escrit partout, afin que ceste reprise de posses- -sion , que chacung feroit chez soi, ne soit interprétée

en conséquence du gênerai. Et particulièrement le roy de Navarre en escrit amplement à leurs majestés , lesquelles , à mon advis, veu leurs ordonnances tant de fois réitérées, ne le trouveront pas plus estrange que quand ung de leur suite entre par la fenestre en une maison qui lui est marquée par fourrier ou donnée par le mareschal des logis , si on lui en veult fermer la porte ; car enfin le roy de Navarre n'a faict aultre chose qu'exécuter l'intention du roy et faire obéir la craye. Ici ne les ayant peu vaincre par ci devant par patience, nous taschons à les dompter par bonté , puisqu'ils nous en ont voulleu mettre à l'extrême preuve, et j'espère qu'ils sentiront par effect qu'il nous est plus naturel de bien faire , qu'il ne leur a esté coustumier de faire mal depuis quelques années; et peult estre ce subject nous aura servi pour monstrer quels nous sommes. Je vous en escris la vérité, parce que je sçais qu'on la déguisera de mensonge, lequel se rendra d'autant plus croyable, que leur faulte estoit réputée digne de plus rigoureux traictement, et les soldats de ce temps peu capables d'estre contenus en ceste discipline. Si vous puis je asseurer qu'il ne s'y est perdeu ni pris ung cheval ni ung denier; en quoi j'ai eu trop plus de contentement qu'en la chose mesmes. C'est ce qu'aurés de moi pour ce coup, qui, sur ce, saluerai bien affectionnement vos bonnes grâces, et supplierai le Créateur, monsieur, etc.

Du Mont de Marsan.

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