‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 54 sur 83 · LXXV. — LETTRE DE M. DUPLESSIS A M. de Montaigne · texte numérisé non relu

LXXV. — LETTRE DE M. DUPLESSIS A M. de Montaigne

Du i8 décembre i58'î.

Monsieur, nous appercevons, par les lettres que M. de Bellievre escrit au roy de Navarre, que le roy a esté mal informé de ce qui s'est passé ici. Sur fausses presuppositions, on ne peult que conclurre faux. Et j'espère , quand il aura sceu la vérité , tant par lettres de

094 LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc.

M. de Bellievre, que par les nostres, qu'il prendra le tout en meilleure part. Ce qui est véniel à M. de Joyeuse, ne nous doibt poinct estre mortel. Encores nostre action en toutes circonstances est elle plus supportable. Cependant on nous circuit de garnisons pour tirer la chose en conséquence. On n'a poinct ainsi procédé contre les aultres; et cette inégalité ne peult procéder que de la passion de quelques ungs. Ce prince ne pense qu'cà la paix; et je désire fort qu'on rie le presse poinct oultre mesure : vous le cognoissés. Mesmes lors qu'il doibt craindre, il ne le veult pas. Je pense que la prudence de M. de Bellievre modérera toutes choses. Ces inconveniens appaisés, video cœtera proclivia; et vous en aurés des marques, mais qui doibvent estre aidées. Je suis, et serai tousjours vostre, etc.

Du Mont de Marsan.

A M. de Chassincourt sur la demande de l'assemblée générale des églises.

Du 23 décembre i583.

Le sieur de Chassincourt fera entendre au roy , qu'ayant le roy de Navarre entendu, par le retour de M. de Clervant, la saincte intention qu'a sa mnjesté d'affermir de plus en plus la paix, et, à ceste fin, faire exécuter ce qui reste de part et d'aultre pour l'entière observation d'icelle, il se seroit résolu d'apporter de sa part, pour faciliter une œuvre si nécessaire, tout ce que Dieu lui auroit donné d'auctorité soubs celle de sadicte majesté, afin qu'elle puisse , après tant de peines, avoir <'e contentement tant désiré , de voir, Jion seulement les

INSTRUCTION A M. DE CHASSINGOURT. 31)5 playesdes malheurs passés bien refermées, mais mesmes, en tant que possible seroit, les marques et cicatrices d'icelles entièrement effacées.

Et parce que , pour parvenir aux effects que dessus sa majesté auroit estimé nécessaire d'envoyer certains commissaires es provinces , personnages dignes et qualifiés, tant pour remettre ledict seigneur roy de Navarre, et monseigneur le prince de Condé, en la pleine et réelle jouissance de leurs gouvernemens, que pour aussi recevoir des mains de ses subjects de la relligiori reformée les places qu'il auroit pieu à sa majesté leur bailler en garde pour certaines années, dont l'ung despend de la seule auctorité et simple vollonté de sadicte majesté ; l'aultre de la confiance qu'il est requis que sesdicts subjects de la relligion reformée prennent de la bienveillance de sa majesté pour se remettre totalement en elle ; ledict seigneur roy de Navarre, pour les y induire et persuader, estime très nécessaire, pour le service de sa majesté, qu'il se tienne , avec son bon plaisir, une assemblée générale des députés des églises de la relligion reformée de son royaume , où ledict seigneur roy de Navarre se trouvera en personne pour leur proposer la volonté de sa majesté, délibérer avec eulx des plus propres et faciles moyens de l'effectuer, et, selon ou au plus près d'icelle , le faire resouldre. Moyennant quoi, espère ledict seigneur roy de Navarre, que lesdicts sieurs commissaires de sa majesté trouveront les chemins si applanis, et les cœurs si disposés à l'exécution de leur commission et satisfaction de sa majesté, qu'elle cognoistra enfin que ce qu'il a désire retenir auctorité et créance entre sesdicts subjects de la relligion reformée , a esté principalement pour en rendre l'auctorité et volonté de sa majesté tant plus facilement obeie,

quoique plusieurs ayent tasché et laschent journellement de lui faire entendre le contraire.

Adjoustera ledict sieur de Chassincourt que sa majesté a faict souvent cest honneur au roy de Navarre, de lui déclarer le desplaisir qu'elle avoit des courses, entreprises et attentats, et aultres menus remuemens qui s'exerçoient et commettoient en divers lieux de quelques provinces, tant de part que d'aultre, pour auxquels remédier, ledict seigneur roy de Navarre, en tant qu en lui a esté, se seroit tousjours diligentement employé ; mais non avec tel succès partout qu'il eust bien désiré, tant pour les défiances qu'aulcuns prennent plaisir d'esveiller et d'attiser, à mesure qu'il prend peine de les amortir et esteindre , que particulièrement pour la circonstance de ce temps , auquel se parle de remettre les susdictes villes, dont plusieurs esprits entrent en peine et anxiété , ne voyans encores les choses en Testât qu'on esperoit que le terme de six ans les pouvoit réduire.

Pour donc les resouldre de leurs défiances et incertitudes, en les asseurant de la bonne et saincte intention de sa majesté, a pensé, ledict seigneur roy de Navarre , que ladicte assemblée générale des églises viendroit très à propos. Car icelle estant amenée par les raisons qui pourront estre alléguées à la raison qu'on desire, lesdictes églises s'emploieront, puis après, tant plus volontiers h resouldre les doubtes, défiances et incertitudes des particuliers dont est question. Et en ce cas qu'ils ne s'y voulleussent ranger, les feront soubs le commandement de sa majesté ployer à son intention, dont elles auront esté pleinement esclaircies. Joint que, si aulcuns prétendent quelque cause de se plaindre, ils en attendront le remède par le retour de ladicte assem-

Page 1