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blee ; au lieu que maintenant aulcuns sont contraincts de le chercher par desespoir en voyes moins licites.
Ramentevra à ce propos au roy les précédentes assemblées de Montauban et Sainct Jean , combien elles ont aidé à affermir la paix, à lever les doubles et défiances, à reprimer les boutées, desreglemens et insolences de quelques particuliers, et mesmes à faire obéir sa majesté quand il feut question de remettre en Testât porté par l'edict, les villes qu'on appelloit de la conférence. Bref, que lorsqu'il a semblé que les choses glissoient vers le trouble, elles les ont souvent retenues en debvoir, estant les premiers persuadés de la raison, et employant, puis après, leurs raisons vers les aullres pour les y induire; ce qui, sans doubte, réussira encores de celle ci pour la bonne inclination qu'il voit en tous les gens de bien, pour le mouvement que ledict seigneur roy de Navarre y apportera de sa part ; mais surtout pour l'espoir que sa majesté donne à son peuple , de leur voulloir estabhr et perpétuer un repos soubs le bénéfice de ses edicts. Au contraire, il apperçoitque l'omission, ou trop longue intermission de ce remède , est cause en partie des maulx qui régnent en quelques lieux, estant, pour le malheur des guerres, aulcunes des provinces de ce royaume pleines de -certaines humeurs qui ne se composent pas du premier coup (mesmes quand de fois à aultres elles s'entraigrissent) , ains qui ont besoing de réitération de remèdes qui en veult esviter la maladie.
Ainsi ledict sieur de Chassincourt fera très humble instance vers sa majesté de consentir ladicte assemblée, pour estre icelle obtenue au plus tost, et y adjoustera à ceste fin toutes aultres raisons dont il se pourra adviser, Faict au Mont de Marsan.
LXXVTI. —INSTRUCTION
De ce que le sieur de Chassincourt dira au roj sur le vojaige du sieur de Segur, pour response au dernier article des lettres de sa majesté apportées par M. de Cleivant, en datte du . .. novembre 1 583; dressée par M. Duplessis , le 1^ décembre suivant.
Le roy de Navarre ne pense poinct que sa majesté s'offense du voyaige du sieur de Segur vers les princes estrangers amis et alliés de ceste couronne , mais seulement de la cause et fin dudict voyaige, qu'on lui a faict tout aultre , qu'à la vérité elle n'est.
Car, pour y avoir envoyé, sa majesté sçaitbien considérer que Thonneur qu'a ledict seigneur roy de Navarre , par la grâce de Dieu , d'estre ce qu'il est , non seulement l'exempte de tout blasme en cest endroict , mais mesme l'oblige à le faire , pour le rang qu'il tient et qu'il doibt conserver, s'il ne veult perdre avec le royaume dont il a esté injustement despouillé , tout l'espoir qui lui reste d'y pouvoir ung jour légitimement retourner.
Et ne s'est jamais trouvé estrange que MM. de Lorraine, de Longueville, et mesmes les seigneurs de la Mark et aultres qui ont des biens en France, ayent traicté avec les princes estrangers en la qualité qu'ils ont de souverains , comme encores journellement messieurs de Nemours et de Guise traictent de leurs affaires ou de ceulx qui les touchent en Italie, en Savoye, en Escosse, sans que sa majesté le prenne en mauvaise part. A plus forte raison , s'asseure le roy de Navarre que sa majesté ne peult trouver mauvais qu'il envoyé vers lesdicts
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princes estrangers pour entretenir ou rechercher leur amitié qui kii est honorable , et es occasions que le cours du inonde peult faire naistre, lui seroit utile et nécessaire. Joint qu'ayant cest honneur de lui appartenir de si près, ce qu'il acquiert de support est acquis à sa majesté , sans qu'il y ait apparence qu'il soit converti au dommage de son estât, en la conservation duquel il a et sent si notable interest.
Et, pour le regard de la cause et fin de cedict voyaige, dira ledict sieur de Chassincourt, que la principale est d exhorter tous les princes qui font profession de la relligion reformée à ung synode gênerai desdictes églises, auquel puissent estre décidés et appoinctés les differens qui sont entr'eulx pour l'interprétation de quelques passages de l'Escriture concernans aulcuns articles de leurs confessions, comme sa majesté , qui a cognoissance desdicts pays, ne le peult ignorer. Or, estant cest affaire nuement ecclésiastique , ledict seigneur roy de Navarre n'a peu soupsçonner que sa majesté entrast en sinistre opinion de ce voyaige pour la poursuite d'icelui.
En traictant ce poinct comme principal , le roy de Navarre a donné charge audict sieur de Segur, comme chemin faisant, de lui rafraischir l'amitié que ses prédécesseurs ont eue avec les susdicts princes, et qu'il doibt , s'il aime ses affaires , entretenir avec tous, autant qu'il pourra. Les princes bien conseillés désirent amitié avec tous princes , et les princes chrestiens la doibvent pourchasser avec tous chrestiens, et plus il aura d'amis par telles recherches d'amitié , plus aura il de moyen de faire service à sa majesté comme il le doibt. Si ledict seigneur roy de Navarre eust eu desseing de rechercher leur amitié contre l'estat de ce rovaume, comme on
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lui a voulleu faire entendre, il ne se feust pas adressé à ceulx qu'il cognoist pour amis et alliés de sa couronne ; la royne d'Angleterre, le roy de Dannemarck, les princes de l'Empire , les estais des Pays Bas , messieurs des Ligues. Et considérera sa majesté qu'il y en a d'aultres en la chrestienté desquels peult estre l'amitié ne lui estoit inaccessible , vers lesquels il l'eust aussi tost peu envoyer; joint que ledict seigneur roy, apparemment n'y eust pas employé le sieur de Segur, duquel les paisibles deportemenssont cogneus d'ung chacung , et tesmoignés particulièrement à sa majesté par plusieurs bons effects.
Quant à l'argent qu'on a dict à sa majesté qu'il a mis es mains du sieur de Segur, pour déposer en Allemaigne, né veult ledict seigneur roy de Navarre nier qu'il y a long temps qu'il a désiré avoir vendu une bonne partie de son bien, pour y avoir cinq cens mille escus. Sa majesté sçait qu'il a eu de beaux et notables desseings qui lui ont esté communiqués, lesquels, faulle de cela, sont demeurés derrière. Il en peult naistre à l'advenir de semblables ou plus grands , ausquels il auroit trop de regret de se voir ou inutile ou mal préparé, faulte de les avoir preveus , et consequemment pourveu à ses affaires. Cest argent, en somme, ne peult nuire à personne , qu'en tant qu'il eust volonté d'en mal user ou ailleurs qu'il ne doibt.
Et il pense jusques ici avoir assés rendu de tesmoignage de son intention au bien de la paix et repos de cest estât. Si aulcuns sont marris qu'il ait des moyens, et le calomnient soubs ombre qu'ung aultre en peult abuser, ledict seigneur roy de Navarre a désiré mesmes en avoir, afin que ce qu'il fera de bien, ne lui soit imputé à nécessité , comme plusieurs font , mais à la bonne
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volonté et à la cognoissance qu'il a du debvoir; mais a ledict seigneur roy de Navarre occasion, ce lui semble, de se plaindre en ce faict, veu qu'on ue s'est poinct ci devant formalisé que le cardinal de Lorraine eust argent à Venise , comme encores aujourd'hui on ne se pkiind poinct que cenlx de Guise en font ung fonds que chacung sçait en Allemaigne, qui n'ont tel mterest au salut de l'eslat que le roy de Navarre, n'y ont pas la nature obligée comme lui, et, qui plus est, desquels lesprojetsdebvroientestre, au jugement des plus sages, trop plus suspects au roy et à son estât, que ceulx du îoy de Navarre qui naturellement n'est grand qu'en la grandeur dudict estât, au lieu que ceulx là ne peuvent s'agrandir que de sa ruyne.
Ledict sieur de Chassincourt tiendra ces propos au roy, sans en bailler rien par escrit, y adjoustant ce qu'il jugera convenable à ceste fin , et observera soigneusement les responses de sa majesté pour en advertir bien particulièrement ledict seigneur roy de Navarre.
LXXVIIL — LETTRE DE M. DUPLESSIS A M. de Montaigne,
Du dernier jour de l'an 1 583.
Monsieur, nos conseils despendent en partie des lieux oii vous estes; car nous ne parons que les coups. Si on nous laisse en paix, nous n'aurons poinct de guerre; gens qui ne peuvent que perdre, n'y entrent pas volontiers que pour sortir d'ung plus grand mal ; et nous avons assés d'esprit pour cognoistre qu'au lieu que les aultres la nous faisant, acquièrent des biens et des
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dignités, nous, au contraire, hasardons humainement les nostres. Si on nous assaull ( et je crois que ce n'est la volonté du roy ), ce prince n'est pas né pour céder à ung desespoir, et quittera tousjours son manteau au vent du midi , plustost qu'au septentrion. Vous sçavés l'histoire de Plutarque. Nous appercevons que le rov s'offence. C'est, à mon advis, sur les faulses nouvelles qu'on lui a peu escrire ; aultrement , il n'est croyable que la prise d'Aleth feust entendeue de lui avec moins de mescontentement que celle de cette ville. Vous sçavés les circonstances des deux; ce qu'il y a d'inégalité est pour nous et à nostre advantage. Du voyaige de M. de Segur , nous en satisfaisons à sa majesté. Nostre but n'a esté que de monstrer que nos paisibles deportemens ne procedoient de nécessité , mais de bonne volonté. Ce prince a cogneu qu'on interpretoit sa patience à faulte de moyens. Il désire doresnavant qu'elle retienne le nom de patience , de modération et de vertu. Je vous escris franchement à ma façon. Nous sommes prou advertis des préparatifs qu'on faict; si on continue, au moins ne pourra on trouver estrange que nous mettions la main au devant. Je sçai que vous y apportés le bien que vous pouvés. Croyés que , de ma part , je n'y obmets rien ; et au reste je suis et serai tousjours , etc. Du Mont de Marsan.
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