‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 61 sur 83 · DU CONSEIL · texte numérisé non relu

DU CONSEIL

trosleurs servans, qui feront entendre le contenu d'icelui à tous ceulx qui y ont interest.

Faict au Mont de Marsan.

Henry, Claude Antoine de Vienne, Philippe de MoRNAY, Allier.

A MM. de la chambre de Gujenne^ rédigée par M. Duplessis.

Du 12 janvier i58/|.

Messieurs, je me suis tousjours grandement loué de vostre intégrité et justice, et n'ai eu seulement regret que de ne l'avoir autant auctorisee et fortifiée qu'il eust bien esté besoing. Vous sçavez que le but de vostre veneue par deçà a esté proprement l'affermissement de la paix, ayant très bien considéré, sa majesté, qu'il dependoit principalement d'une bonne et droicte justice; et,oultre ce qu'on ne la pouvoit attendre aultre de vostre réputation , plusieurs l'ont receue telle en effect de vous. Mais, messieurs , il fault que je me plaigne à vous que le public ne s'en est pas jusqu'ici ressenti , comme il eust esté nécessaire pour le bien de la paix , encores que l'object feust devant vos yeulx, pour le vous ramentevoir à toute heure. Qui faict penser à plusieurs que vos bons mouvemens n'ont esté si libres, qu'il eust esté à souhaiter, L'edict de paix requeroit que l'exercice de la relligion reformée feust remis en la ville de Perigueux; aussi que les aucteurs et complices de l'infraction de paix faicte en la surprise de ladicte ville, feussent punis selon les rigueurs conteneuesaudictedict; et souvent je vous en ai escrit, en conformité des edicts

du roy monseigneur, et des dépêches qu'il lui en a pieu expédier par diverses fois. Cependant , messieurs, il n'a esté aulcunement touché ni à l'ung ni à l'aultre. Au contraire , les povres habitans de la relligion sont privés de tout exercice, et les coupables se pourmenent devant vos yeux, comme si le crime avoit entrepris en vos personnes de triompher de la justice. Messieurs, vous en sçavezassés la conséquence , sans que je la vous die. Il importe grandement au repos de ce royaume, à l'establissement de la paix, et je dirai encores à la réputation d'une si honorable compagnie , que vous laissiez, en la ville de vostre séance, après une si longue demeure , quelque trace remarquable d'une vraie et effectuelle paix , et quelque exemple notable contre les infracteurs et violateurs d'icelle ; et pour l'honneur que je porte à la justice , et mesmes à vos dignités , je serois marri que, par quelconque occasion, cette louange vous feust détournée. Je vous prye donc, pour l'interest public, qui principalement vous a appelle en ce pays, d'y vouUoir mettre la main à bon escient, premier que partir; mesmes maintenant qu'il a pieu au roy, monseigneur, me déclarer, par le retour du sieur de Clervant, qu'il voulloit et entendoit que son edict feust pleinement exécuté , et nommeement en ce qui concerne ladicte ville de Perigueux , qui dépend en partie de vostre auctorité ; si non , messieurs, je vois par vostre département toute espérance retranchée de voir sa volonté effectuée en cet endroict, dont plusieurs prendront occasion de nouvelles défiances ; au lieu que nous sommes en la saison que chacung se doibt travailler à les lever. Au reste , messieurs , je n'ai rien plus désiré , comme vous sçavez, que de vous voir en ce pays de Guyenne, afin que vissiez plus clair en mes actions.

Page 1