LXXXVII. — ^ FRAGMENT
De mémoires qui s'est trouvé dans les papiers de M. Duplessis, sans titre ni indication, mais qui, par les faits quil contient , semble appartenir a Tannée i584-
Madamoiselle Dnpiessis partit le i^ juin i584, pour venir trouver M. Duplessis qui, pour la charge qu'il a en la maison du roy de Navarre, de superintendant, malaisément se peult esloingner de son maistre; M. Duplessis, ayant sceu son arrivée à Saincte Foy, l'y veint trouver, et voyant que le ro^ de Navarre n'avoit encores resoleu du lieu où il feroit sa principale demeure, et, d'aultre part, qu'il y avoit permission du roy pour faire assembler les députés des églises au 20^ d'aoust, où le roy de Navarre et toute la compagnie des églises se debvoit trouver à Montauban , M. Duplessis se délibéra d'y faire acheminer toute sa famille, afin de donner ce contentement à sa femme, d'estre près de lui durant ladicte assemblée, et puis, selon le lieu où le roy de Navarre se resouldroit de passer son hyver, lui faire acheminer. Après que M. Duplessis eustconduict sa famille à Montauban, il alla trouver le roy de Navarre à Pamiers; madamoiselle Duplessis ne changea audict Montauban, et n'a changé depuis de façon de faire, de vivre, d'habillemens ni de coiffure, non plus qu'elle a faict depuis quinze ans, qu'elle a en cest heur de s'estre trouvée et teneue en plusieurs grandes et belles églises de la chrestienté, comme à Sedan, Allemaigne, Angleterre, Pays Bas, et celles de France; et toutesfois (à Dieu en soit gloire), plusieurs gens de bien peu»
vent tesmoigner en quelle modestie elle s'est conduicte et gouvernée. M. Duplessis reveint audict Montauban lorsque le roy de Navarre s'y achemina, et y avoit plusieurs députés de la pluspart des églises de France, qui peuvent tesmoigner si, en ses habits ou façons , il y avoit quelque marque de vanité ou d'escandre, durant que M. Duplessis a faict séjour audict lieu; il a pryé quelquesfois M. Berault de le venir veoir, et boire et manger avec lui, qui lui estoit assés de subject, en devisant avec lui, de lui faire entendre le schisme de ceste Eglise; mais, procédant de lui et de sa teste, il n'y voulloit aussi chercher remède. Cependant , madamoiselle Duplessis , voyant quelques familles très modestes en ceste ville estre retranchées de la court, les unes encores que leurs femmes ni filles ne portassent cheveux ; toutesfois pour s'esire opposées au rapport de M. Berault, qui faisoit entendre l'arrest du synode aultrement que l'on ne faisoit aulx aultres églises; quelques unes aussi , pour ne voulloir faire un serment que l'on requeroit d'elles, qu'elles ni leurs filles ne porteroient jamais leurs, cheveux ou fil d'arecheal dedans, estoient publicquement criées à l'église et retranchées de la cène , dont s'estoit ensuivi ung tumulte et sédition en la ville, chose qu'estoit grandement scandaleuse; cela faisoit qu'elles desiroient grandement de sçavoir, cependant que M. Duplessis y estoit , comment elles se debvoient coiffer, lui feut cause que, la cène approchant, et que, selon la coustume de Montauban, M. Berault estoit veneu en leur logis chez madamoiselle de Bonencontre , leur liostesse, environ dix jours devant la cène , pour bailler des mereaux à la dixaine du quartier; elle feut cause que M. Duplessis' s'adressa à M. Berault pour avoir des mereaux pour
sa famille , qui faisoit la saincte cène ; ce qu'elle n'eust voulleu pourchasser, si elle n'eust voulleu s'assujettir à la discipline qu'ils veullent faire recevoir en l'Eglise (le Montauban , dont elle estoit prou adverlie ; et eust bien sceu, sans que M. Berault lui eust appris, s'adresser au ministre de la court; mais elle desiroit leur donner toute édification et contentement. Comme M. Duplessis eust donc envoyé ung des siens , avec mémoire de ceulx qui faisoient la cène en sa famille , pour le pryer de lui envoyer des mereaux pour tous , M. Berault feit response qu'il avoit assés à faire de respondre de son troupeau , sans se charger davantage ; ainsi , sans dire aultre raison, ni sans venir trouver M. Duplessis, qui estoit au mesme logis , et n'y avoit qu'une galerie à traverser entre la salle oîi estoit M. Berault et la chambre où estoit M. Duplessis, où il lui eust peu déclarer quel subject il avoit de faire ceste response si vague , ou ce qu'il requeroit de sa famille , dont il eust receu tel contentement qu'il eust peu désirer; s'en alla en ceste façon, se contentant de rabrouer son homme. Ceste response estant ainsi faicte , M. et madamoiselle Duplessis pensèrent qu'il ne voulloit le requérir d'aulcung changement; mais , afin de ne porter préjudice à ce qu'il voulloit estorquer de son église, qu'il estoit bien aise que M. Duplessis s'adressast au ministre de la court, ce qu'il délibéra de faire, et lors madamoiselle Duplessis ne pensa plus de changer de coiffure, comme elle faisoit auparavant. Quelques jours après, comme madamoiselle Duplessis partoit de son logis à l'heure du presche du matin pour aller tenir ung enfant avec M. de Chastillon, M. Maquichon avec ung aultre, aulcungs du consistoire de Montauban la vindrent prendre au sortir de la porte de son logis,
lui disant qu'il y avoit long temps qu'on l'attendoit; aulxquek elle fait réponse qu'ils faisoient tort à M. Duplessis, et qu'ils sçavoient bien que sa maison estoit ouverte à tous gens de bien ; lesquels lui feirent response qu'ils avoient ce commandement du consistoire. Afin que M. Duplessis n'entendist ce qu'il avoit à lui dire, elle lui respondit que malaisément celleroit elle quelque chose à M. Duplessis, auquel, si elle pouvoit , elle diroit toutes ses pensées, et trouvoit ceste procédure estrange, veu qu'ils debvoientcognoistreM. Duplessis. Somme, qu'ils vindrent à lui déclarer leur charge, que estoit de l'admonester, d'oster ses cheveux; elle leur respondit qu'elle trouvoit très estrange, puisqu'ils n'avoient voulleu recognoistre la famille de M. Duplessis de leur troupeau , qu'ils voulleussent estre recogneus d'elle pour ses pasteurs, et que de ce qu'ils requerroient d'elle, qu'ils s'adressassent à M. Duplessis, qu'elle n'en feroit que ce qu'il lui commanderoit. Quelques jours après, le consistoire se teint sur le schisme adveneu et entreneu depuis quattre ans en ladicte église, où estoit premièrement le consistoire, puis celui de la court; et oultre , M. de la Roche, Chaudion , de Serres, Trimpoullet , Triac, Delaplace, Deloques, et plusieurs aultres ministres assés cogneus en nos églises. Apres avoir parle pour quelques familles de ceste ville , le faict de la famille Duplessis feut allégué, combien qu'à la vérité, ni lui, ni madamoiselle Duplessis n'en eussent pryé ni donné charge; ains ils le faisoient pour la conséquence. La compagnie feut d'advis, voyant la modestie de toute ceste famille, tant en accoustrement qu'en aultres dépendances , et que , grâces à Dieu , ils n'apporteroient qu'édification , et que la façon de vivre de M. Duplessis debvoit estre à tous cogneue, qu'on ne
leur requerrolt aulcung changement; mesmes, veu la vie tracasseuse et de court , à quoi ils sont subjects , et qu'elle n'estoit habitante de Montauban, par conséquent subjecte aux loix particulières dudict lieu; et là dessus, feut dict à M. Cahier, ministre de la court, qu'il leur baillast des mereaux , lequel passa par leur logis, et ny trouva que madamoiselle Duplessis, à laquelle il dict que , quand il plairoit à M. Duplessis lui envoyer, escript de sa main , ceulx de sa famille qui faisoient la cène , qu'il lui enverroit des mereaux ; mais , peu après , lui feut mandé par le consistoire de Montauban, ou plus tost par quelques particuliers dudict consistoire de Montauban , de ne bailler des mereaux h M. Duplessis , ni pour lui, ni pour pas ung de sa famille , ce qui feut trouvé estrange, la chose ayant esté délibérée en si bonne et notable compagnie , d'estre contremandee par quelques particuliers ; de sorte que M. Cahier, à qui M. Duplessis en avoit envoyé demander, se veint excuser sur ce qui lui avôit esté commandé , et là dessus le^ bruit feut tout commun, tant à la ville qu'à la court (où mesmes il y avoit quelques seigneurs et personnes de qualité de relligion contraire), que M. Duplessis, avec toute sa famille, esloit excommunié sans que l'on lui eust parlé ung seul mot, ne qu'il sceust pourquoi ; de sorte que le samedi matin , allant au lever du roy de Navarre, l'on se prit à s'en gausser ; et entre aultres , quelques ungs prenoient de là occasion de mesdire de nostre relligion et de nos ministres , ce qui fascha M. Duplessis à bon escient. Madamoiselle Duplessis alla au presche, au retour duquel deux anciens du consistoire de la court la vindrent conduire; comme elle estoit en sa chambre, devisant avec eulx, entrèrent MM. Berault, et Bironier, ministres de Montauban. M, Berault
commence par lui faire des excuses sur ce qu'il n'estoit venu si souvent voir M. Duplessis, et que l'occasion qui l'en avoit empesché , estoit qu'il avoit bien sceu que, pentlant ceste assemblée, il avoit esté fort empesché. Madamoiselle Duplessis lui respondit que, de vrai , il avoit esté fort occupé, mais que, pour cela, plusieurs aultres n'avoient laissé de le voir ; mais qu'elle sçavoit bien que ce n'estoit pour s'excuser qu'il venoit présentement; qu'elle ne lui voulloit celler que M. Duplessis estoit aussi fasché qu'il avoit esté de long temps; qu'il avoit pensé mener sa famille à Montauban pour avoir quelque repos ; mais qu'il en advenoit tout aultrement, et au lieu qu'il avoit eu cest heur par tout où il l'avoit conduicte depuis neuf ans de servir et édifier ung chacung , au contraire qu'il avoit à Montauban ce malheur d'y estre en scandale , et ce qu'il trouvoit plus estrange, d'estre excommunié et toute sa famille, sans que l'on eust parlé à lui ; que ce n'estoit suivre la règle de charité, ni le commandement de Dieu, d'escandaliser son prochain auparavant que de l'admonester. Là dessus, M. Berault lui dict qu'il venoit de la part du consistoire pour lui faire entendre qu'elle ostat ses cheveux; elle le pria de trouver bon que M. de Roupeyroux , qui estoit là , et aultres du consistoire de la court, feust présent et tesmoing, tant de ce qu'il lui diroit, que de ce qu'elle lui respondroit. Là dessus, il lui dict qu'il n'avoit ceste charge; et elle persista en appellant M. de Roupeyroux : monsieur ne passa oultre et se retira. Madamoiselle Duplessis lui dict : Monsieur, vous vous adresseriés donc à M. Duplessis , qui est chef de sa famille. Ainsi s'en allèrent MM. Berault et Bironier ; et une heure après, derechef, feut assemblé le consistoire de Montauban et celui de la court; pareillement MM. de la
Roche, de Serres , Delaplace, Cahier, Deloques, elles aiihres qui s'estoient trouvés au précèdent consistoire , où derechef feut concki qu'on bailleroit des mereaux à M. Duplessis, pour lui et sa famille. Ainsi M. Cahier leur en bailla la présidence depuis qu'on eust baillé les mereaux; M. Berault, et avec lui M. Maquichon , avec MM. du consistoire de Montauban, vindrent trouver M. Duplessis, qui commença à se plaindre de la procédure qui avoit esté teneue contre lui , ayant trouvé fort estrange que l'on eust parlé en leur consistoire de le retrancher de la cène, sans s'estre premièrement adressé à lui. Ses propos feurent qu'il trouvoit estrange la façon dont il avoit procédé envers lui et sa famille; que sa maison avoit tousjours esté ouverte à toutes sortes de gens de bien, mesmes qu'ils avoient assez d'accès l'ung à l'aultre pour lui avoir déclaré son intention sur ce faict , premier que parler plus avant ; que cependant il s'estoit adressé et faict adresser à sa femme, en pleine rue au sortir du presche, avec préface d'avoir cherché ceste occasion et teneu ceste façon de lui parler, afin que son mari n'en sceust rien, chose mal séant et très mal advisé; que , sans lui avoir dict ni faict dire ung mot de ce faict , on avoit refusé des mereaux à toute sa famille, hommes et femmes. Combien que , grâces à Dieu , il n'y eust personne en ladicte famille qui ne feust instruit en la relligion; que le consistoire de la maison du roy de Navarre ayant resoleu de les y recevoir, il auroit mandé et signifié à M. Cahier, ministre de ladicte maison , de se bien garder de leur distribuer des mereaux; donc soit adveneu que premier de lui avoir dict ung mot , toute la court et la ville auroit esté abreuvée que lui , sa femme et sa famille estoient retranchés de la cène au grand scandale de plu-
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sieurs gens de bien , et au grand plaisir de diverses personnes de la relligion contraire, de toutes qualités, qui se retrouvoient lors en ladicte ville de Montauban ; que ceste assemblée venant à se rompre, ce bruit seroit respandu de toutes parts , d'aultant que , grâces à Dieu, il avoit quelque nom, mais qu'il se consoloit en une chose, que sa façon de vivre, et de sa famille, estoit connue en divers lieux où il avoit vescu; et qu'il esperoit que le blasme en demeureroit plustost aulx aultres qu'à lui. En quoi , toutesfois, il estoit très marri de voir enveloppé le nom du ministre et du consistoire d'une notable église; qu'il avoit amené, après beaucoup de travaux, sa famille à Montauban pour lui donner quelque repos , et le contentement au moins de n'estre plus si esloignee de lui, puisqu'il estoit attaché au service du roy de Navarre et aulx affaires publicques ; cependant qu'il s'y voit plus maltraicté qu'en lieu où jamais il eustesté, bien que les persécutions et les traverses de sa vie l'eussent conduict en divers endroicts où il ne debvoit pas attendre tant de courtoisie, et qu'il lui estoit fort dur que, des son arrivée , le nom de sa famille feust promené par les marchés , et tiré en consistoire; chose qui jamais ailleurs ne lui soit adveneue. Toutesfois, qu'il auroit tousjours vescu en la lumière des plus belles églises de la chrestienté avec sa famille , en églises françoises qui sont recueillies en Allemaigne et en Angleterre, en églises des Pays Bas,
en diverses de France ; mesmes que Dieu leur
avoit faict la grâce et l'honneur d'estre hostes en leurs maisons de son Eglise , où tant s'en fault qu'ils eussent esté en scandale , qu'au contraire Dieu leur auroit faict la grâce d'avoir ce tesmoignage, d'y avoir tousjours esté en exemple. Cependant qu'en tout ce temps ils
n'avoient pas changé de façon ni de vivre, ni d'habiller, ains pensoient d'avoir apporté par deçà encores plus de modestie : ce qu'il laissoit à juger à ceulx qui cognoissoient leur qualité; que, de penser que Montauban seule feust Eglise, ce seroit revenir à l'erreur des donatistes; qu'elle ne debvoit avoir une discipline à part , ains commune à toutes les églises de France , et que c'estoit audict Berault à ployer ses opinions soubs l'arrest d'un synode national, duquel il ne pouvoit prétendre ignorance , et non s'obstiner et roidir en ses fantaisies particulières, contre l'advis de tant de gens de pieté et doctrine , assemblés h Montauban , qui avoient condamné ceste sienne procédure, mesmes à l'endroict de lui, sa femme et sa famille, qu'il s'arresteroit toujours à ce qu'ils en ordonneroient , mais non h ce qu'ils en diroient , s'ils voulloient estre cru au dessus d'eulx. Il lui teint ces propos avec affection; car il lui tenoit fort au cœur d'estre ainsi promené par les rues en telle assemblée, et lui adjousta pour la fin qu'il debvoit estre honteux d'avoir si violemment pressé ungfaict indiffèrent; qu'il en estoitveneuung schisme notable en sonEglise, et,qui plus est, ung procès d'injures; lequel , au grand mespris de nos églises et au hazard de l'auctorité de la police ecclésiastique, avoit à estre vuidé au premier jour en la court de parlement de Thoulouse. La somme feut , et lui répéta par deux et troisfois, que, pour l'édification de l'Eglise, ils neplain» droient les cheveux , puisque , par la grâce de Dieu , ils n'avoient craint d'en perdre la teste; mais qu'il soubmist son jugement aussi volontiers à la compaignie, comme ils faisoient ; et qu'il ne s'imaginast pas d'estre seul chrestien, seul pasteur ni seul sage : et sur ces propos, se retira ledict sieur Berault avec peu de réplique.
Sur la fin de ceste assemblée les députés des églises requirent le roy de Navarre qu'il lui pleust permettre que M. Duplessis allast avec M. de Laval, vers le roy, porter les cahiers ; le roy de Navarre s'en excusa sur les affaires de sa maison ; mais , en estant instamment pryé , il l'accorda. M. Duplessis eust bien désiré de s'exempter de ce voyaige pour se trouver mal et avoir besoing de penser à sa santé; puis, il avoit beaucoup travaillé durant l'assemblée : et sa famille, estant veneue de si loing par les chaleurs, avoit proposé demander congé au roy de Navarre , pour ung mois ou six sepmaines , pour adviser où il la transporteroit pour l'iiyver. Enfin, nonobstant tout cela, la resolution feut qu'il feroit le voyaige ; il laissa donc madamoiselle Duplessis malade d'un cathare, dontelle gardoit le lict, quinze jours devant son partement, et deux de ses petits enfans à qui la petite vérole commençoit à venir, dont il estoit en extresme peine ; car il n'avoit que huict jours qu'il lui en estoit mort ung laquais ; enfin , recommandant à Dieu sa famille, il s'achemina à Blois. Durant son voyaige, madamoiselle Duplessis ne bougea quasi du lict ou de la chambre , la teste bandée de sorte que ses cheveux n'ont guère donné de scandale durant ce temps; et si elle est sortie ung jour pour le presche, elle a esté contraincte par maladie en garder huict au lit. Toutesfois , nonobstant son affliction, tant pour l'absence de M. Duplessis, que pour la maladie d'elle et de ses enfans, pas ung des ministres de Montauban (qui sont trois), ne la sont venus visiter, encores qu'elle s en estoit plainct exprès , afin qu'il leur feust dict. Or, environ ung mois devant la cène de Noël, comme la coustume est telle, que, toutes les dixaines, l'on faict ung catéchisme où tous ceulx qui font la cène sont catéchisés,
puis on leur baille des mereaux. M. Berault veint cliés madame de Bonencontre , où M, Duplessis est logé , pour catéchiser. Madamoiselle Duplessis avoit mis, pour que toute sa famille feust instruite, elle estant malade, se levé de son lict et s'en va en la salle oii estoit l'assemblée de cinquante ou soixante personnes, qui estoit la dixaine ; elle estoit coiffée de nuict , la teste bandée avec son mouchoir tout noir; sa famille aussi estoit très modestement accoustree; elle y alla ainsi avec ses enfans, ses femmes et ses domestiques, et cependant, comme il appera par la plaincte qu'elle en fcit au premier consistoire, d'après, M. Berault les retrancha lousdeceste assemblée, mesmement les hommes qui ne sont poinct compris en la règle des cheveux , ce qui fascha toute ceste famille pour le scandale qu'en pouvoit prendre la compaignie, et feut cause que madamoiselle Duplessis escrivit de sa main et feit présenter au consistoire ce qui s'ensuit ;
On remonstrera à messieurs du consistoire, de ma part, que, vendredi dernier, la dixaine de ce quartier feut assemblée chez madamoiselle de Bonencontre nostre liostesse, pour faire le catéchisme accoustumé; et d'autant que partout où il y a église et assemblées des fidelles, nostre famille s'y doibt ranger comme estans membres du corps de l'Eglise dont Jésus Christ est chef, je me levai du lict où j'estois, me trouvant mal, et m'en allai au lieu où on faisoit le catéchisme, avec nostre famille, tant hommes que femmes, faisant profession de la relligion , et communiquant aux saincts sacremens , ce que je feis :
Premièrement, pour protester que nous estions du corps de l'Eglise de Christ ;
Secondement , pour apprendre à estre instruits ;
3Ikm. pe Duplessis-Morjvay, To.mf, ir 39.
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Tiercement, pour édifier, moyennant la grâce de Dieu , les assistans.
Cependant je ne sais pourquoi j'eus ce malheur, que toute ma famille, tant hommes que femmes, feut séquestrée par M. Berault, qui , pour crainte de les recevoir en la communion de ceste Eglise , rompit son ordre accoustumé , pensant ceulx qu'il cognoissoit eslre de la famille de M. Duplessis; et ceulx dont il se doubtoit, leur ayant demandé, il les laissa; de sorte que je feus freustree des biens que je pretendois de ceste assemblée, en deux poincts.
Premièrement, parce que toute la famille de M. Duplessis, dont en son absence j'ai à lui respondre , en a esté séquestrée sans sçavoir pourquoi, ce que je soustiens M. Berault ne pouvoir ni debvoir; car, n'estant .appelle en l'Eglise de Dieu par lui, il ne nous en peult aussi retrancher.
Secondement, au lieu que nous estions allé pour édifier l'assemblée, nostre présence, au lieu d'édification, y a esté en scandale , et pourtant je supplie l'assemblée du consistoire cognoistre ma confession de foi , que j'ai escrite , telle que je la crois de cœur et confesse de bou- • che, et leur prye de juger s'il y a chose contrevenante à l'analogie de la foi et consentement de toutes les églises chrestiennes; et leur prye aussi d'adviser s'il y a quelque mauvais tesmoignage à l'encontre de M. Duplessis, de moi ou de quelqu'ung de nostre famille; et enfin, si on nous peult ou doibt séquestrer, ni nostre famille de l'assemblée des fidèles, ni de l'usage des saincts sacremens.
Mais d'autant que M. Duplessis, en son absence, en ma présence et ensemble toute nostre famille, avons esté offensés et scandalisés par M. Berault en ceste as-
semblée de catecliisine, dont il nous a séquestrés, je déclare que je récuse M. Berault au jugement que je requiers du consistoire sur ce qui concerne mon faict, d'autant que j'y ai trouvé plus de passion et aniinosité que de charité.
Et d'autant que, sur le faict des cheveux, je vois beaucoup de schismes naistre et se nourrir en ceste Eglise, avec grands scandales, causés seulement pour n'avoir, M. Berault, ou bien entendu , ou bien rapporté ce qui feut advisé sur ce faict au synode gênerai, où il feut parlé de quinquenalets (i), qu'il prit pour les fils d'arecheal dans les cheveux, qui n'estoit aulcunenient l'intention de l'assemblée, comme il appert par le rapport mesmes des aultres églises, et ce qui s'y pratique par ceulx qui s'y sont trouvés, en quoi il semble voulloir user d'auctorité et puissance absoleue, sans avoir esgard à la régie de charité ; je requiers ceste assemblée voulloir lire ce qu'en dict M. Calvin , exposant le passage de sainct Paul à Thimolee, qui en faict mention ; lequel déclare, par son exposition, que l'apostre entend plus reformer les mœurs que les habilîemens , et non pas s'amuser à de petites particularités; que, plus est, il oste totalement toute puissance au ministre, et la remet aulx magistrats.
Toutesfois, je leur déclare que je n'entends contrevenir à la discipline qui a esté et sera receue par toutes les églises de France, lesquelles ont pour but l'honneur de Dieu et l'édification du prochain.
(1) Ce mot de quinquenalets a esté ainsi publié en l'église de Montauban, par le rapport de M. Berault, combien qu'il n'ait esté ainsi couché en la discipline , et , des lors , pouvoit on trouver subject à troubler l'Eglise.
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Je prye donc ceste assemblée de juger s'ils m'ont veue en habillemens, vestes ou aultres façons de faire quelques marques d'impudicité, ou en quelques ungs de nostre famille, par lesquelles façons ils nous puissent ou doibvent retrancher de TEglise, ni de l'usage des saincts sacremens, et pour les raisons que j'ai ci dessus deduictes, je récuse derechef M. Berault pour mon
S'ensuit la confession de foi de madamoiselle Duplessis, qu'elle a faict présenter au consistoire :
Je crois ung seul Dieu en une seule essence, tout sage, tout bon , tout juste et tout puissant, qui a créé le ciel et la terre ; qui s'est déclaré à nous par sa pa~ rôle, rédigée par escrit au vieil et nouveau Testament; je crois qu'en ceste seule et simple essence il y a trois personnes, le Père, qui est le commencement et l'origine de toutes choses; son Fils, qui est la sagesse éternelle; le Sainct Esprit, qui est sa vertu et puissance et éternellement procédant du Père et du Fils , les trois personnes non confuses , mais distinctes , toutesfois non divisées, mais d'une mesme essence, éternité et puissance.
Je crois que Dieu en trois personnes , par sa vertu , sagesse et bonté, a créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent, que par sa promesse il conduit toutes choses, et que particulièrement il a ung soing spécial de ses enfants , lesquels il aime en Jésus Christ son fils.
Je crois que le premier homme, ayant esté créé à l'image de Dieu son créateur, par sa désobéissance et propre faulte, est descheu d'icelle grâce, et s'est du tout aliéné de Dieu.
Je crois que toute la lignée d'Adam est infectée de
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telle contagion, de sorte qu'il ne nous reste, pour retourner vers Dieu , que sa pure grâce; car nostre esprit est aveugle, nostre cœur dépravé et nostre volonté pervertie; mais Dieu, de sa pure bonté , retire de ceste corruption et condamnation générale, en laquelle tous hommes sont plongés , ceulx qu'il a esleus en son conseil éternel en Jésus Christ son fils, sans considération de leurs œuvres, desmonstrant en eulx sa miséricorde.
Je crois qu'en Jésus Christ, tout ce qui est requis pour nostre salut, nous a esté donné; que lui, estant la sagesse de Dieu et son fils éternel , a vestu nostre chair afin d'estre Dieu et homme semblable à nous, excepté pesché ; qu'il a esté conceu par la vertu éternelle du Sainct Esprit, au ventre de la Vierge, et est de la semence de David, selon la chair; qu'en une personne les deux natures y sont unies et joinctes, et neantmoins qu'en ceste conjonction la nature divine est demeurée iiicreée , infinie et remplissant toutes choses, aussi la nature humaine est demeurée finie avec mesure , forme et propriété; et combien que Jésus Christ, en ressuscitant, ait donné immortalité h son corps, toutesfois il ne lui a osté la vérité de sa nature.
Je crois que Dieu, en envoyant son fils, a voulleu monstrer sa bonté et amour inestimable envers nous, en se livrant à mort pour nos péchés , et ressuscitant pour nostre justification; que par le sacrifice unique que Jésus Christ a offert en la croix, nous sommes reconciliés et lui sommes rendus agréables, de sorte que Jésus Christ nous a esté faict sapience , justice, justification et rédemption par sa mort; nous avons entière satisfaction , et toute nostre justice est fondée en la remission gratuite de nos péchés ; c'est ce qui nous donne entière liberté d'invoquer Dieu par Jésus Christ
son fils, nostre seul médiateur, avec pleine fiance que
Dieu est nostre père.
Je crois que Injustice de Jésus Christ nous est imputée par la foi dont nous sommes illuminés par la vertu secrète du Sniiict Esprit; tellement que c'est ung don et grâce particulière que Dieu départ à ceulx qui sont adoptés par Jésus Christ.
Je crois que par icelle foi nous sommes régénérés en une nouvelle vie, estant de nostre nature asservis à peclié; qu'elle produit en nous le désir d'obéir et servir à Dieu selon sa volonté, qu'elle nous a déclaré par sa parole à laquelle nous ne debvons rien adjousler ni diminuer.
Je crois que Dieu a baillé sa loi à Moïse, que c'est la seule règle de Ihonneur, amour et révérence, que nous debvons à Dieu, et aussi du debvoir et amour envers tous hommes qui sont nos prochains.
Je crois que Jésus Christ nous est donné seul advocat et intercesseur, et qu*8 nous pouvons en son nom hardiment pryer Dieu, et lui demander les choses nécessaires comme lui mesmes nous a enseigné que nous invoquions Dieu son père en son nom, en disant: Nostre père qui es en cieux, etc.
Je crois qu^d fault que toutes nos pryeres soyent conformes à icelle.
Je crois aussi que chaque fidelle doibt garder et entretenir l'unité de l'Eglise, et que, en quelque lieu, où Dieu l'aura assemblée, il s'y doibt ranger, et ceulx qui s'en retirent, se séparent de l'union de Christ.
'Je crois qu'icelle Eglise est la compagnie des fidelles qui s'accordent à suivre la parole de Dieu, contenue en hvres du vieil et nouveau Testament, lesquels essayent de vivre en la crainte de Dieu , et d'y profiter chacung
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jour; qu'en icelle Eglise aussi il y a exercice des saincts sacremens ordonnés cle Dieu qui sont adjoustés à sa parole pour plus ample confirmation de nostre foi , lesquels nous sont donnés pour subvenir à nostre infirmité; et nous sont tellement signes extérieurs que Dieu hesoigne par iceulx en la vertu de son esprit, que ne nous y signifie rien en vain : toutesfois toute leur substance et vérité est en Jésus Christ ; et si on les en sépare , ce n'est plus qu'ung ombre.
Je crois qu'il y a deux sacremens ordonnés de Dieu, communs et commandés en son Eglise, le baptesme qui est ung tesmoignage de nostre adoption , et comme nous sommes entés au corps de Jésus Christ; afin d'estre lavés et nettoyés par son sang, puis renouvelles en saincteté de vie par son Sainct Esprit.
Le second sacrement est la saincte cène, qui nous signifie que Jésus Christ n'est pas seulement une fois mort et ressuscité pour nous , mais aus^si nous repaist et nourrit vraiment de sa chair et de son sang, à ce que nous serons ung avec lui et que sa vie nous soit commune, de sorte que, par la vertu secrète de son Sainct Esprit, il nous nourrit et vivifie de la substance de son corps et de son sang, et cela spirituellement; lequel ne peult estre appréhendé de nous que par foi : cependant je crois qu'au baptesme et à la saincte cène, Dieu nous donne réellement et par effect ce qu'il nous y signifie.
Je crois que chacung fidelle devant se présenter à la saincte cène, se doibt soigneusement esprouver soi mesmes; voir s'il a une vraie foi, repentance de ses faultes avec ung désir d'amender sa vie mauvaise, et une charité envers ses prochains.
Je crois qu'en l'Eglise doibt estre gardée la conduite et police que nostre seigneur Jésus Christ y a establie :
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c'est qu'il y ait des pasteurs et gens de bien qui ont charge en l'Eglise afin que la pureté de doctrine y ait son cours , que les vices y soyent repris et corrigés , que les povres et aultres y soyent consolés.
Je crois que tous vrais pasteurs , en quelque lieux qu'ils soyent, ont une mesme puissance, que nulle Eglise ne doibt prétendre aulcune domination , et qu'ils sont tous soubs ung seul chef souverain, et seul universel evesque , Jésus Christ.
Je crois , quant aulx roys , princes ou aultres magistrats tels qu'il a pieu au roy les establir sur nous, que nous debvons leur rendre obéissance en toutes choses, pourveu que ce qu'ils nous commandent ne soit contraire à l'honneur que nous debvons à Dieu, et à l'amour que nous debvons à nostre prochain; car en ce cas il fault tousjours plustost obéir à Dieu qu'aulx hommes.
Je crois qu'en l'Eglise toutes choses indifférentes doibvent estre conduites par la règle de charité, et qu'en toutes ordonnances indifférentes, qui ne sont encores receues en la discipline de l'Eglise, l'on ne doibt user légèrement d'excommunications ni retranchement, attendu que tout ce qui se faict^en l'Eglise, doibt avoir pour but l'honneur de Dieu et l'édification du prochain; et que ceulx à qui Dieu a départis plus de grâces, doibvent monstrer exemple de leur charité en supportant les plus infirmes, attendu qu'il ne fault ruyner son prochain pour lequel Christ est mort.
Je crois que tous ceulx qui se présentent en la compagnie des fidelles pour estre instruits et rendre raison de leur foi, ne peuvent estre refusés; et que, après avoir rendu raison de leur foi, s'ils n'ont aulcune erreur, et qu'ils n'ayent aussi mauvais tesmoignage de s'estre comportés scandaleusement, au contraire qu'ils continuent
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de se maintenir en modestie , ne peuvent estre exclus des saincts sacremens. Aultrement cela est faict légèrement et par opiniastreté, c'est tyrannie en l'Eglise.
Je crois que comme Jésus Christ est mort pour nos péchés et ressuscité pour nostre justification, que aussi il est monté au ciel en nostre nom pour nous y donner entrée, et pour nous y estre intercesseur et advocat.
Je crois que delà il viendra juger les vivans et les morts, et paroistra lors en jugement, ainsi que l'on lui a vu monter.
Je crois que Jésus Christ n'apparoistra si non en salut pour ses esleus,de sorte que je suis très asseuree de mon salut puisque mon juge est mon advocat, et lors je crois que je jouirai de ceste félicité, que œil n'a poinct veue , qu'oreille n'a poinct ouie et que cœur d'homme n'a poinct aprehendee.
C'est le recueil de la substance de ma foi en laquelle je prye Dieu par Jesuî; Christ son fils, en la vertu de son Sainct Esprit, me faire la grâce d'y vivre et mourir, et la maintenir jusques au dernier soupir de ma vie et la dernière goutte de mon sang.
Le tout ayant esté présenté au consistoire , et lu devant la compagnie, M. Bironier, ministre, et M. Le Clerc, ancien, feurent députés pour aller au logis demadamoiselle Duplessis, lui faire entendre que la compagnie n'avoit jamais pensé de sa foi aultre chose que ce qu'elle en avoit baillé par escrit; que toutesfois elle ne pouvoit estre receue à la cène sans oster ses cheveux. Elle les prye de donner jugement sur ce qu'elle leur avoit présenté et requiert. Huict jours se passent, et au bout de quinze madamoiselle Duplessis renvoyé derechef vers eulx les pryer de lui déclarer si elle estoit receue à la cène. Ils y envoyèrent derechef M. Bironier
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avec ung aultre ancien , lui déclarer qu'elle ne seroit receue à la cène sans oster ses cheveux ; mais, quant aulx hommes, qu'ils soyent catéchisés et receus : à l'heure mesmes elle escrivit, et leur envoya ce qui s'ensuit.
Sur ce que messieurs du consistoire m'ont faict déclarer que je ne pouvois esfre receue sans abattre mes cheveux, je leur requières qu'ils ayent à me faire apparoir l'article arresté par le synode gênerai où il soit parlé d'abattre les cheveux: offrant, s'ils en monstrent dudict synode gênerai où le faict soit déclaré et particularisé , d'acquiescer.
Aultrement je leur déclare qu'à la cène dernière qui feut faicte ici où il y avoit notable assemblée des ministres de la pluspart des églises de France, il feut advisé, voyant que je n'avois ni en mes cheveux, ni en mes habillemens aidcune immodestie, que je serois receue en la saincte cène sans aulcun changement; que maintenant que M. Duplessis est absent, et comme ils sçavent tous pour le service des églises, je ne puis en ceci faire changement que premièrement il n'en soit adverti et me le commande.
Si cependant ils persistent, en son absence, de me retrancher de la saincte cène, je leur déclare que j'en appelle au synode gênerai.
Huict jours après, madamoiselle Duplessis, voyant que la cène approchoit , se délibéra d'envoyer à messieurs du consistoire une déclaration qu'elle leur feit présenter. M. Berault presidoit : lequel déclara qu'il ne pouvoit plus rien recevoir par escrit; mais que, si elle avoit quelque chose à leur dire, qu'elle s'y trouvast elle mesmes. Aussitost qu'elle eut entendu leur intention, elle s'y présenta en personne, et leur feit lecture de ce qui s'ensuit, qu'elle leuravoit faict présenter auparavant:
Sur ce qui me feut déclaré mercredi dernier, par vous
messieurs du consistoire, que je ne serois receue à la
cène sans oster mes cheveux, ou plustost le fil d'are-
chal qui est dedans;
Il vous feutrequis par moi de me faire apparoir d'article exprès recelé et escrit au synode national où ce faict soit particularisé et déclaré , pour le désir que j'avois d'y obéir : persistant encores , et vous déclarant présentement que si me monstriés article exprès, que j'acquiescerai tout aussitost pour le désir que j'ai de me ranger à la discipline de TEglise, pryant toutesfois la compagnie Au consistoire et clincung de vous particulièrement, au nom de Dieu , et pour le debvoir de charité que nous debvons les ungs aulx aultres, de me monstrer et exhiber ledict article du synode national , dont quelques ungs de vous se vantent, et que, quant à moi, j'ignore.
A faulte de m'avoir monstre ledict article, je vous alléguai l'absence de M. Duplessis, employé présentement pour le service des églises , sans le commandement duquel il ne m'estoit loisible de faire aulcung changement; attendu qu'avec lui ce faict feut résolu à la cène dernière, et enfin feut aussi receu par Tadvis de beaucoup de gens de bien à la saincte cène.
Je prye donc toute la compagnie du consistoire de se souvenir du debvoir que les femmes doibvent à leurs maris, auxquels, par exprès commandement de Dieu , leur volonté est assubjettie; et comme sainct Pierre de ... . l'explique au chapitre troisiesme de sa première epistre, quel est le debvoir? lequel chapitre vous nous allégués maintenant pour les tortillemens de cheveux; et toutesfois, messieurs, vous ne pouvés ignorer, comme il appert en la lecture d'icelui, que le but principal de
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Tapostre est d'admonester les femmes de se rendre subjectes à leurs maris mesmes infidelles , et d'autant plus suis je obligée à ce debvoir, que M. Duplessis faict pareille profession de foi que nous tous, et, qui plus est , que Dieu l'a doué de beaucoup de ses dons et grâces qu'il employé journellement pour le service des églises.
Et pour ce que, nonobstant ma requeste de m'exhiber ledict article du synode national , ni ma remonstrance d'attendre le commandement de M. Duplessis, vous avés persisté de me retrancher de la cène , je feis déclarer que je m'en portais pour appellant au synode national , et vous aussi me receustes en mon appel.
Maintenant je vous requières qu'ayant esgard en mon appel , me declariés si n'entendes pas que toute ceste procédure soit et demeure suspendue jusques à ce qu'ung synode national en ait ordonné , ne laissant cependant de me recevoir et nostre famille à la communion de la saincte cène, et, pour ce faire, nous catéchiser et bailler des mereaux. .... qu'il ne peult y avoir en moi de désobéissance puisqu'il n'apparoist du commandement.
Mais si j'ai ce malheur que mes justes remonstrances ne soyent receues de vous, et que, nonobstant mon appel , vous me rejettes de vostre communion , je vous déclare que j'en porte ung extrême ennui et fascherie en mon cœur, et toutesfois je me délibère de le recevoir en patience, et comme de la main de Dieu, qui me veult exercer, et qui, peult estre, se veult servir de ceci pour en tirer ung ordre au lieu du desordre.
Je vous déclare que , moyennant la grâce de Dieu , j'espcre aller faire la cène et communiquer au corps et au sang de Jésus Christ en l'église et en la compagnie des fidelles , où Dieu est servi et le prochain édifié.
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Et d'autant qu'il me souvient du commandement qui nous est faict : si tu apportes ton oblation à i'autel , et là il te souvient que l'on a quelque chose à rencontre de toi , laisse là ton oblation et t'en va premièrement appoincter avec ton frère ; pour la crainte que j'ai que quelques ungs de vous n'ayent interprété ma procédure ou à une désobéissance, ou bien à aimer mieuix une vanité que de commimiquer avec vous au corps et au sang de nostre Seigneur Jésus Christ, et par ce moyen n'ayent pris de moi quelque sinistre opinion ou scandale ;
Je vous proteste devant Dieu, lequel j'en appelle à tesmoing, que j'estime ce faict des cheveux indiffèrent, et que si je croyois , comme quelques ungs soutiennent , que ce feust ung exprès commandement de Dieu , je ne vouldrois différer d'y obéir promptement, et n'en attendrois la décision et ordonnance du synode.
Mais, ayant, à cause de la dissention survenue en ceste église, fort recherché, je n'ai trouvé, en quelque lieu que ce soit de l'Escriture saincte, aulcung commandement sur ce faict, bien ung sainct advis de sainct Paul à Thimolee, sur les tresses, or, perles et aultres habits somptueux, et sainct Pierre, au chapitre sus allégué, où il admoneste que l'ornement des femmes ne soit en celui là de dehors, qui gist en tortillement de cheveux, de parure d'or, ou accoustrement d'habits, et n'ai poinct aulcung passage en l'Escriture saincte, où il soit parlé pour oster les cheveux, que l'or, perles et aultres habits n'y soyent aussi conjoincts.
Et toutesfois il y a aujourd'hui quinze jours que par M. Berault feut presché que l'or et pierreries estoient créatures de Dieu et indifférentes, dont l'on peult user et se parer, pourveu que chacung eust esgard à son
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estât, rang et vocation, ce qui me faict persister que 1 les cheveux sont aussi indifferens, veu mesnies qu'il n'est poinct parlé en l'Escriture saincte des fils d'arechal, qui est toutesfois la dispute en ceste église, et pourquoi le schisme est entretenu.
Et d'autant que c'estoit chose très pernicieuse, et que les advis des hommes, quoique bons et saincts, feussent mis en la place des commandemens de Dieu, comme nous l'avons trop expérimenté en l'Eglise romaine; c'est la principale raison pourquoi je désire que ce faict soit esclairci pour le bien et concorde des églises; car si c'est un g commandement de Dieu (comme l'on prétend ) il ne fault pas que Montauban seule y soit assubjetlie, mais toutes les églises chrétiennes, lesquelles feindroient lourdement de ne s'y ranger.
Aussi, si c'est une chose indifférente, comme je le crois telle, le pasteur peult admonester et reprendre pour édification; mais je ne crois pas que les églises particulières puissent et doivent de leur auctorité privée, retrancher du corps de l'Eglise les membres de Christ, pour lesquels il est mort; les retrancher, dis je, de l'Eglise ni de l'usage des saincts sacremens, si ung synode national et non provincial n'en a ordonné avec meure délibération pour la gloire de Dieu et l'édification du prochain; de sorte qu'en ce cas, l'on ne retranchera pas les personnes pour choses indifférentes , mais pour faire secte à part et rompre l'unité de l'Eglise.
Encores y doibt on avoir aultre respect quand il est question de la discipline , que non pas quand il est question des exprès commandemens de Dieu , aulxquels toute personne, sans aulcune exception, y doibt estre I assujettie.
Voilà , messieurs , quel est mon but et mon opinion
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en ce faict, vous pryant tous tle nie supporter, et ne vous offenser , ni prendre scandale de moi , et si quelqu'ung particulièrement a esté offensé, se souvenir que nous sommes tous subjects à faillir, qu'il nous est besoing que Dieu, par sa miséricorde, nous pardonne journellement nos offenses.
Et pour autant que maintiennent avez ample déclaration de moi, je vous prye, au nom de Dieu, de pourvoir pour que , doresnavant, les faultes que M. Berault prétend que j'ay faictes en ce faict , ne soient plus preschees comme elles ont esté ci devant publicquement, afin que je ne serve de scandale au peuple auquel je ne puis desduire mes raisons comme à vous.
Vous protestant que , s'il plaist à Dieu me faire tant de grâces que M. Duplessis revienne en santé, je ferai tout ce qu'il jne sera possible pour lui faire trouver bon que nostre famille soit ici arrestee jusques à ce que le synode national ait mis ordre en tels differens; afin qu'obéissant à ce qui y sera ordonné par ce moven avec la grâce de Dieu, j'apporte édification au troupeau qui est dans ceste Eglise ; au lieu qu'à présent me voyant retrancher par vous de la cène, je leur suis en scandale; toutesfois, comme je vous ai déclaré ci dessus, je me délibère d'aller participer cà la saincle cène, pourveu qu'il plaise à Dieu m'en faire la grâce, comme j'espère.
Et d'autant , messieurs , que nous sommes tous mortels, et n'avons poinct de demain, si la volonté de Dieu estoit telle , de me retirer hors de ce monde auparavant que ce faict feust vuidé , je crains que la chose ne feust mal entendue et interprétée; à celle fin que le tout soit cogneu et esclairci, je vous prye de faire enregistrer et garder pour le présenter où il sera besoing :
Premièrement', la plaincte et récusation que j'ai faicte
en vostre consistoire, contre M. Berault, et le jugement que j'ai requis de vous.
Secondement, ma confession de foi.
Tiercement, mon appel que j'ai interest de vous reproduire au synode national.
Et quartement, ceste mienne requesteet déclaration.
Toutes lesquelles pièces sont escrites et signées de ma main et desquelles je garde copie, que j'offre faire collationner sur l'original que je vous en ai baillé , d'autant que je prétends m'en servir au prochain synode national.
Je désire que cest escrit soit receu de telle affection que je le vous offre , et prye Dieu , au nom de Jésus Christ, vous donner et à nous son Sainct Esprit pour servir à sa gloire et à l'édification de son Eglise.
Messieurs, j'ai oublié à vous déclarer que, quand monsieur Duplessis et moi sommes arrivés en ceste ville, si nous eussions trouvé le faict des cheveux receu de tous sans contredict, nous eussions esté bien marris de troubler ceste Eglise; et m'asseure que monsieur eust voulleu que je m'y feusse rangée, et de moi je l'eusse ainsi aussi désiré; mais, au contraire, avons trouvé le schisme déjà faict, tel que, quelques ungs se voyant rejettes de la cène, et, comme ils prétendent, sans avoir esté entendus ni ouïs, ont recours aulx magistrats de Thoulouse, et que vous ne pouvés ignorer estre au grand mespris de nostre relligion , et regret des gens de bien. Et , quand mesmes le faict seroit assoupi dcdajis vostre ville, je vois une aultre chose qui me semble très pernitieuse ici et es environs : c'est autel contre autel, soit que la noblesse ne veuille condescendre à ceste façon, ou que vous aultres pasteurs ne soyés d'accord de ceste rigueur, qui me faict d'autant plus
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Croire qu'il n'y a aulcung commandement exprès de ce faire du synode; c'est pourquoi , cognoissant bien que, quand j'aurois quitté mes cheveux, les difficultés ne laissent de demeurer en leur entier; et, comme je vous ai protesté ci dessus, je ne crois poinct que ce soit ung commandement de Dieu auquel, nonobstant toutes occasions, je vouldrois obéir, et ne m'ayant faict apparoir d'article du synode gênerai et national , par lequel l'Eglise l'ait ainsi ordonné pour la gloire de Dieu et l'édification du prochain, et ne pouvant, pour quelque changement que je feisse sur moi , appaiser le schisme, ou ces articles defauldroient, sçavoir : le commandement exprès de Dieu, ou l'ordonnance du synode ; je ne pense estre obligée à vous obéir, veu que, par mon obéissance , le scandale ne laisse de demeurer : ains , comme Dieu a sceu tirer la lumière des ténèbres, j'espère qu'il sçaura, par sa miséricorde, «^irer ung bon ordre de ce desordre au contentement de vos pasteurs, et au salut du troupeau , dont je le supplie.
Messieurs, pour ce que j'ai adjousté à ceste mienne déclaration, le schisme qu'avons trouvé en ceste Eglise, et que je sçai bien que quelques ungs de vous ont opinion que, combien que je me soucie peu pour mon regard de mes cheveux, que toutesfois j'entreprends ce faict, comme estant pryee et sollicitée de ceulx qui, par es devant et jusques ici, n'y ont voulleu adhérer; je vous proteste devant Dieu, lequel j'en appelle à tesmoing, qui cognoist le cœur des hommes et juge de leurs pensers, que je n'en ai esté pryee ni d'eulx ni de par eulx; et n'ai, es ce faict, avec eulx aulcune intelligence, mais que, par les raisons ci dessus alléguées, en a esté la seule cause. Lesquelles je soubmets toutes à la volonté de M. Duplessis; ce que je désire estre en-
Mém. dk Duplessis-Mornay. Tome ir. 33
5j4 fragment de mémoires.
tendu de vous, pour vous en esclaircir et donner repos ; en vos consciences, et aussi oster tout le scandale qu'auriés pris de moi. Faict le mercredi dix neuviesme d'avril i584.
Geste déclaration ainsi faicte , madamoiselle Duplessis partit le vendredi de devant la cène avec tous ceulx de sa maison qui la faisoient, et allèrent à Villenieux à trois lieues de Montauban, soubs le mesme colloque; et ayant déclaré à M. l'Hardy, ministre, et à quelques anciens qui la vindrent visiter, tout ce qui s'esloit passé à Montauban, il la receut à la cène; et depuis le tout a esté remis au synode qui se doibt tenir à Montpellier ce mois de mai prochain, où je prye Dieu qu'il lui plaise assister ceste compagnie par son Sainct Esprit.