CI. — INSTRUCTION A M. DE LA ROQUE
Le sieur de la Roque s'acheminera en court, où il présentera h. leurs majestés les lettres du roy de Navarre, et leur déclarera la douleur qu'a receue le roy de la mort de son altesse, qui de leur part leur a eslé signifiée par M. de Bellievre. A ce propos leur dira tout ce qu'il verra convenir, tant pour tesmoigner son re-
gret et compastir à leur affliction, que pour les consoler en la volonté de Dieu. Et surtout leur touchera le ressentiment qu'a le roy de Navarre de ceste mort, quand il considère Tappuy qu'a perdeu le roy en ceste personne, contre les ennemis de sa couronne; la consolation dont la royne se sent privée en l'aage où elle est, après tant d'aultres afflictions, et le malheur de cest estât, lequel, au milieu des grandes occupations de sa majesté, se trouvoit en partie couvert de la valeur et magnanimité de ce prince.
Que , sur ces considérations , le roy de Navarre a ung extrême regret que ses services ne sont en quelque façon capables de soulager les ennuis de leurs majestés. Tant y a que, s'il ne peult redoubler Taffection qu'il a tousjours eue de leur en faire , au moins il taschera d'en redoubler le soing et la diligence; estant, ledit seigneur roy, résolu de ployer toutes ses affections et actions soubs les sainctes intentions de leursdictes majestés, et ne viser désormais qu'à ce qu'il leur pourra apporter contentement et advancement à leur service.
Venant à propos, tesmoignera au roy le plaisir qu'a receu le roy de Navarre de la veue de M. d'Espernon, pour le tesmoignage que ce lui est de la bienveillance de sa majesté envers lui , qui ne lui peult estre niieulx rendeu que par celui qu'il a choisi pour dépositaire de ses plus intérieures affections et intentions ; que comme à tel il lui a aussi ouvert son cœur, qu'il s'asseure qu'il aura veu et trouvé tout plein de sincérité et fidélité envers son service.
Et si on jette ledict sieur de la Roque sur les propos desquels nous avons plus particulièrement discoureu ensemble, se ressouviendra, s'il lui plaist, des responses qu il seroit ici trop long de desduire. Comme aussi se
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soubviendra des propos teneus au roy de Navarre, par ^.T. d'Espernon, que je lui ai dicts de bouche, pour les faire entendre à messieurs de Clervant et de Chassincourt.
Distribuera les lettres du roy de Navarre aulx princes et seigneurs aulxquels il escrit , leur départant aussi partie du langage que dessus à chacung, selon sa qualité et condition, y adjoustant ce que, selon sa prudence, il jugera convenable.
Et, parce qu'il importe que ledict sieur de la Roque soit bien instruict de ce qui s'est passé ici avec M. de Bellievre, c'est en somme ce qui ensuit.
Sur le voyage de Languedoc, duquel le roy escrivoit ung peu froidement au roy de Navarre , encores que M. de Bellievre, qui le juge nécessaire, lui voulleust persuader que le roy le désire, a remonstré le roy de Navarre qu'il estoit tout prest de le faire, si tant est que sa majesté estime que son service lui puisse estre utile en cest endroict.
Mais a pensé ledict seigneur roy de Navarre qu'il falloit prendre tout au pis, pour les apparences qu'on voyoit, à sçavoir que, peult estre, celui dont le roy est en doubte, se rendroitopiniastre à ses desseings, contre Je conseil de ses amis. En ce cas , qu'il ne restoit aultrc moyen que de lui soubstraire la créance de ceulx de la relligion , de la volonté desquels il pourroit abuser, et sans l'appuy desquels il lui seroit malaisé de rien faire, ce qui se feroit beaucoup plus aisément, si le roy leur avoit levé toutes défiances par la prolongation du terme des places. Aultrement, qu'on leur feroit accroire qu'on les vouldroit despouiller pour les fouetter plus aisément après. Et y auroit danger que les
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paroles dudict seigneur roy de Navarre ne feussent pas
suffisamment persuasives contre tels effects.
Ces raisons ont semblé raisonnables audict sieur de Bellievre, lequel nous a asseuré que. pour le moins, pendant ce voyage de Languedoc, il ne seroit poinct parlé de la reddition des places. Mais le roy de Navarre eust désiré dadvantage , à sçavoir, leur porter asseurance de la prolongation. Et de ce a fait ledict sieur de Bellievre , depesche à leurs majestés.
Cependant est accordé que les garnisons seront payées jusques à ce qu'il soit pleinement resoleu desdictes places. Et, pour en resouldre, consent au nom du roy, ledict sieur de Bellievre, une assemblée des églises, laquelle le roy de Navarre assigne à Montauban , au I 5*^ aoust. A ceste fin sera nécessaire de faire tenir incontinent les lettres desquelles il est le porteur, aulx provinces de delà, dont M. de Montigny prendra, s'il lui plaist, le soing.
Pour la chambre de Tedict de Bordeaux, attendeu que la chambre de Guyenne se retire, est conveneu qu'elle sera redressée au plus tost; et à ceste fin, ledict sieur de Bellievre escrit à leurs majestés d'envoyer commission à M. lemareschal de Matignon , laquelle aussi il sera bon de presser en court. Le roy de Navarre requiert à l'instance des églises de Guyenne, qu'elle tienne sa séance à Agen; sinon des ceste heure, comme on desireroit fort, à tout le moins, après le premier semestre.
Pour le règlement de la chambre de l'Isle, escrit aussi ledict sieur de Bellievre. Le roy de Navarre requiert qu'en attendant qu'aultrement y soit pourveu , il leur soit commandé de suivre le règlement de la chambre de Guyenne; sinon il en fault poursuivre ung aultre.
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lequel se résolve au conseil privé. Aultrement ne fault attendre aulcune justice, ains au contraire toute insolence et confusion. Sa majesté accordant qu'il soit pourveu audict règlement par son conseil, sera nécessaire d'en advertirau plus tost, afin que les conseillers de la relligion de la chambre de l'Isle députent, quelqu'ung en court, pour aller débattre les articles dudict règlement au conseil.
Pour la maison du Casse , M. de la Roque sçait ce qui s'est passé en sa personne, et conune il a esté tue par quelques soldats attirés à ceste fin. Maintenant Birac son frère est dedans, qui s'est envoyé soubmettre au roy de Navarre. On lui a mandé qu'il en mette hors ]es soldats; qu'il la garde pour en faire ce qui lui sera commandé , et est conveneu avec M. de Bellievre que les fortifications nouvelles seront démolies et rasées. Ledict sieur de Bellievre en somme s'en tient pour content.
La place de Belfl.ou détenue par Liques , en ces marches de Languedoc , a esté délaissée par l'auctorité du roy de Navarre, et remise es mains du propriétaire, moyennant une abolition. Elle estoit en telle assiette , que, pour en chasser des meschans, il en eust cousté des gens de bien. Le tout avec l'advis et contentement dudict sieur de Bellievre.
Quant à Montréal , le roy de Navarre a envoyé quérir Marion , lequel est prest de la quitter, moyennant que soixante et dix familles, tant d'Aleth que de Vesplas, à sçavoir, cinquante et quattre d'Aleth , et le surplus de Vesplas, soient remises en leurs maisons, et que sa majesté ottroye une abolition générale de ce qui s'y est passé. Ces conditions ne déplaisent à M. de Bellievre , mesmes veu les effects qu'en vain ont faict ceulx de Thoulouse contre ledict Montréal.
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