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condition n'est en rien amendée; que le roy de Navarre n'a aulcune auctorité en son gouvernement, ni admiraulté de Guyenne , quelque démonstration qu'il ait tasclié de faire de son affection envers vostre service ; qu'il n'y eut oncques lieutenant de gouverneur qui en eust moins. Et quant à monseigneur le prince , qu'il n'a pas en tout son gouvernement de Picardie où asseoir seulement le pied; qu'il est tousjours reduict à Sainct Jean d'Angely , loingde sondict gouvernement et mesmes de toutes ses maisons , ainsi soit toutesfois que sadicte place ne lui eust esté baillée (comme parlent nommeement les articles secrets) qu'en attendant qu'il puisse effectuellement jouir de son gouvernement de Picardie , choses qui font penser à vosdicts très humble3 subjects de la relligion que vostre bonne grâce ne leur est pas encores rendeue en ne la voyant pas luire en tels endroicts qui ont cest honneur de vous appartenir de si près ; et au contraire animent leurs adversaires à leur mal faire, estimant que leur est loisible à l'endroict de ceulx aulxquels (ce leur semble) il ne vous ait encores pieu de monstrer assés évidemment vostre bonne volonté.
Feut dict par l'article 69 de l'edict, que ceulx de la relligion seroient teneus vuider toutes garnisons des villes, places, chasteaux et maisons qu'ils tenoient, et par le cinquante et uniesme qu'en ce faisant , n'y seroient mises aulcunes garnisons ni gouverneurs, sinon qu'il n'y en eust de tout temps, et mesmes du règne du roy Henry; et que de toutes aultres de ceste nature, les garnisons, capitaines et gouverneurs vuideroient incontinent. Ce qui feut aussi répété es conférences ; et du debvoir qu'ont faict ceulx de la relligion, en l'exécution de ces articles, appert assés, sans repeter de plus hault, par
ce qui est ensuivi depuis la conférence du Fleix , nonobstant les traverses qu'ils auroient rencontrées pour les défiances que les contraventions faisoient journellement naistre , qu'il n'est besoing de repeter ici plus au long.
Au contraire , contre ce qui auroit esté promis par ledict article, garnisons et gouverneurs ont esté mis en plusieurs places depuis qu'elles ont esté remises , et citadelles en quelques unes basties contre lès mots exprès de l'edict, auxquelles ils contraignent vos subjects de la relligion de contribuer, comme en Guyenne, à Cahors, Villeneuve d'Agennois, Bazas, villes notables, etc. ; en Languedoc, à Mende et plusieurs aultres en Dauphiné , à Die, Gap, etc.; pareillement ont esté reteneues et basties, partie garnisons, partie citadelles en plusieurs aultres , esquelles , du temps du roy Henry, n'y en avoit, comme àXaintes, Coignac, Florence, Monlfort en Guyenne , à Alby , Lavaur , Lodeve , Nonay , Clermont , Florenssac , en Languedoc , à Valence, Ambouin, Grenoble, etc.; en Dauphiné et mesmes en plusieurs villes dedans le milieu du royaume, aulxquelles jusques ici, depuis tant de temps, n'a peu estre donné aulcung ordre , tant s'en fault qu'ils ayent procédé à la démolition desdictes places, y adjugées par la conférence , s'estans contentés pour tout d'abbattre quelques guérites en certaines maisons rurales, et encores après plusieurs importunités , comme les procès verbaulx des commissaires mesmes de vostre majesté feront pleine foi.
Et parce qu'il feut considéré par vostre majesté , en bastissant ledict edict , que plusieurs particuliers auroient receu et souffert, durant les troubles, tant d'injures et dommages en leurs biens et personnes , que
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difficilement ils en eussent peu perdre sitost la mémoire , comme eust esté requis pour l'exécution de l'intention de vostre majesté; sur quoi il vous auroit pieu , attendant que les rancunes et inimitiés feussent adoucies, bailler à vosdicts subjects de la relligion , huict places en garde pour le terme de six ans ; au bout duquel terme debvroient lesdictes places estre remises es mains de vostre majesté, ou de tel que bon lui sembleroit ; l'exercice de la relligion y demeurant neantmoins tousjours et icelles sans garnisons ; vous remonstrent très humblement vosdicts très humbles subjects , qu'ils ont grandement sur cest article à se douUoir, car il estoit defendeu , sur peine aulx entrepreneurs d'estre punis comme infracteurs de l'edict , d'entreprendre sur icelles, comme aussi sur les aultres qui auroient esté remises, et du contraire il ne s'est passé année que plusieurs entreprises ne se soyent vérifiées mesmes par l'exécution , sans que punition soit ensuivie ; qui plus est, Périgueux et la Reolle en Guyenne ont esté surprises , et , au lieu d'en punir les aucteurs et exécuteurs , ils commandent aujourd'hui aulxdictes villes, tant s'en fault que, suivant l'article de la conférence, ils ayent esté déclarés infâmes et inhabiles à tous honneurs, et subjects aulx peines qu'encourent ceulx qui sont convainceus de leze majesté en premier chef; bref, l'exercice de la relligion en est encores excleu : nonobstant que ladicte chambre de justice ait résidé en la ville de Perigueux; qui estoit commodité tant pour faire exemple des entrepreneurs ( desquels nommeement la poursuite estoit réservée), que poury faire obéir l'intention de vos edicts; encores que, quand ladicte ville eust esté remise au temps préfixe, la relligion y pouvoit demeurer selon la teneur de vos edicts et conférences.
Item, se sont, pendant ledict terme de six ans, qui debvoit servir à radoucir les défiances et animosités attentées , faicts plusieurs aultres entreprises , desquelles ne s'est ensuivie aulcune punition, ni mesmes information.
Comme encores fraischement sur les villes de Figeac, Mont Segur, Tournon , Lamas de Verdun, Puymerol, Bergerac, et aultres en Guyenne, mesmes en la ville de La Rochelle , les particularités desquelles seroienl longues à déduire , particulièrement est celle de Figeac , ville baillée pour seureté très remarquable, en laquelle se sont trouvés ensemble plus de mille ou douze cens arquebusiers , et les plus notables gentilshommes de Quercy, et provinces circonvoisines ; jusques à avoir faict jouer le pétard trois fois, le tout aussi ouvertement qu'en pleine guerre. De ce, se plaignent vosdicts très humbles subjects , qu'il ne s'en est faict aulcune punition , mesmes aulcunes recherches , poursuites ni instance.
Comme aussi , combien qu'il feut dict par exprès article 72, que vostredict edict seroit juré par tous les officiers, juges et magistrats des provinces et villes de vostre royaume, n'auroit esté cest article exécuté en la plus part des lieux esquels il debvoit avoir esté faict d'office : et ce, nonobstant instance quelconque qui en ait peu estre faicte, comme si par là on se voulloit reserver une liberté de pouvoir mal faire à l'advenir, à vosdicts très humble subjects , quand l'envie en viendroit , ou l'occasion se presenteroit.
Toutes ces choses sont de telle conséquence et importance , sire , que vosdicts très humbles subjects de la relligion sont contraincts de se jetter avec toute soubmission aulx pieds de vostre majesté, ^our la sup-
plier très humblement d'apporter à leurs maulx l'affection et la main d'ung vrai père, et à leurs plainctes non une rigueur exquise de justice , mais une équité bien souvent plus juste que la justice mesmes.
Recognoissent donc vosdicts très humbles subjects , qu'à la vérité, si vostre majesté veult user envers eulx de ceste exacte sévérité, ilsseront tenus de lui remettre es mains les places qu'il auroit pieu à vostre majesté leur bailler en garde , c'est h dire, à proprement parler , par le moyen desquelles il lui auroit pieu les prendre en sa seure et saulve garde, contre la malignité de leurs ennemis.
Mais, s'asseurant d'ailleurs que, comme elle verra leur malignité continuer avec le danger de ses povres subjects, et la juste crainte et défiance qu'on leur donne , elle redoublera aussi sa clémence et sa bénignité envers eulx, pour leur continuer, voire redoubler, en tant que besoing seroit , sa protection et saulve garde.
Telle ont ils cogneu l'intention de vostre majesté en ses edicts, quand il lui a pieu déclarer en termes exprès que ces places leur estoient laissées en attendant que les rancunes et animosités se feussent adoucies; icelles donc s'estant inaigries et exulcerees, soit par ung malheur, soit par une malice, elle ne leur vouldra oster l'emplastre, premier que la playe.
Telle derechef, quand elle a dict qu'elle voulloit et entendoit que l'exécution de son edict commençast des le lendemain, pour estre continuée sans interruption : car elle presupposoit en ces mots la diligence et bonne foi de ses officiers , en l'exécution de ses volontés, à l'endroict de ses très humbles subjects de la relligion ; moyennant laquelle il n'y a double que le terme de six ans , et beaucoup moindre, estoit suffisant
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d'establir une solide paix, et de consolider toutes les playes de la guerre , au lieu que par la connivence des ungs et collusion, peult estre , de quelques aultres , l'exécution a esté reculée d'une part, et la contravention enhardie de l'aultre. Or, si le cataplasme ordonné par vostre majesté, pour six ans, pour la contumace de l'humeur, ou aultra cause, n'a faict son opération si tost , vostre majesté , comme le bon chirurgien , ne feindra de l'y laisser encores pour quelque temps , qui estime son honneur en la guerison du mal plustost qu'en la prefixion du remède.
Telle, bref, desjà pensent ils avoir senti l'intention de vostre majesté , quand ils ont veu que d'elle mesmes, le temps estant escheu des ung an passé, elle a usé de tant de bénignité que de ne les avoir pressés à poinct nommé d'obéir au terme, considérant très sagement, comme ils se persuadent, que ces six ans ne debvoient estre teneus pour vraiment accomplis, puisqu'ils avoient esté entre coupés de tant d'entreprises , attentats, allarmes et mesmes du malheur d'une guerre ouverte; et de ce ont pris vosdicts très humbles subjects ung suhject d'espérer qu'elle leur feroit tant de faveur et de bien que de les leur continuer encores pour aultres trois ans avec les provisions à ce nécessaires, pendant lesquels ils pensent voir ses sainctes volontés et intentions mieulx obeies, et leurs défiances plus rassises et composées.
Ce qu'estant , comme ils s'asseurent que Dieu touchera le cœur de vostre majesté , pour condescendre aulx justes plainctes de son povre peuple, vosdicts très humbles subjects de la relligion pryeront incessamment le Créateur pour la grandeur et prospérité de vostre majesté , et seront de plus en plus prests et ap-
pareilles à répandre à ses pieds ce peu de suc et de
sang, qui, par la grâce de Dieu et la bénignité de vostre
majesté, leur reste de tant de pertes, ruynes et misères
civiles.
Faict et arresté en l'assemblée desdictes eslises reformées , convoquées par la permission du roy en la ville de Montauban, où estoient lesdicts seigneurs roy de Navarre, M. le prince de Condé, MM. de Laval , de Chastillon , de Turenne, et aultres seigneurs et gentilshommes, et les députés desdictes églises , à sçavoir :
Le sieur de Sainct Germain, pour l'Isle de France ; — les sieurs de Serre, Prunier, de Sainct Rany, Esperendict de Martin, pour le bas Languedoc, diocèse de Montpellier, Nismes et Usez; — les sieurs de Puyredon, de Vachères, pour la Provence; — le sieur de Sainct Ferriol, pour le Dauphiné; — les sieurs Gesnard , de Routgerres , pour le Poictou ; — les seigneurs Delcausse, de la Guarrigue, Dufalgua , Delroux, pour le hault Languedoc; — le seigneur de Puycheron, pour la Normandie ; — le seigneur de Floret , pour la Champaigne; — les seigneurs de Lamusse, Duplessis, pour la Bretagne; — le seigneur de Triail , pour la Xaintonge; — les sieurs de Chaudieu, Leboronat, pour le Lionnois et Beaujolois; — les sieurs de Rochefort et Galtie, pour Rouergue; — les sieurs Denoit et de Rochelle, pour La Rochelle ; — le seigneur d' Alesme, pour le hault Limozin ; — les seigneurs de Fontrailles et de Charles, pour Armaignac; — les sieurs de Fanas, Lagrange et Trinpolet , pour le Bordellois, le Bazadois, les Landes, Agennois et Condomois; — les sieurs de Constans et de Vaura, pour le bas Quercy et le bas Rouergue; — les sieurs de Conforgien et Bretaigne, pour la Bourgongne; — les sieurs DelameauseetSaincte
Colombe, pour le hault Quercy; — le sieur de Payai, pour le bas Auvergne; — le sieur de la Croix, pour l'Angousmois.
A la requeste desquels ledict seigneur roy de Navarre s'est ci soubs signé le septiesme septembre i 584- Signé Henry, et plus bas, Dufay.