RESPONSE A LA PRECEDENTE PIECE
Pareilles demandes ont esté f aides au roy , en l'an dernier , tant pour ce qui concerne la prorogation du temps des villes de seureté , que pour le faict desdicts gouvernemens ; et estime sa majesté avoir suffisamment faict cognoistrc au roy de Navarre , monsieur le prince de Condé et à tous ses subjects faisant profes' sion de ladicte relligion , sa droicte intention et le désir qu'elle a de voir observé de bonne foi ce qui a esté promis et accordé par ledict edictf ainsi qu'il appert par la response faicte sur le cinquante troisiesme article du précèdent cahier , qui est telle , et si conforme au cinquiesme dudict edict , que l'on avoit grande occasion d'espérer qu'on verroit en paix une bonne et finale exécution d'icelui ; ayant mesmement escrit au roy ledict seigneur roy de Navarre , que le principal retardement à ladicte exécution et remise des places procédait de ce que sa majesté ne lui avoit voulleu permettre de pouvoir convoquer une assemblée générale des députés de ceulx de ladicte relligion, ainsi que pour cesteffecty il avoit délibéré faire en l'an i583. Ce que lui ayant esté depuis permis et accordé en l'année présente, et l'assemblée requise teneue en la ville de Montauban , en mois d*aoust et septembre derniers ; etneantmoins sa majesté n 'apoinct cogneu, ni par le rapport qui lui a esté faict par les députés du roy de Navarre , ordonnés en ladicte assemblée , ni par les cahiers à elle présentés , que l'on ait pris la resolution qu'on attendait, que l' edict seroit en tout et partout exécuté , et suivant ce lesdictes villes baillées en grande remise , en l' estât et liberté qu'elles ont deu estre selon icelui edict , des le dix septiesme jour d'aoust i583. A quoi ledict seigneur roy de Navarre , et mondict seigneur le prince de Condé se seraient expressément obligés , estant sadicte majesté très marrye de ce retardement et
des causes d'icelui , ce qui nourrit de plus en plus la défiance entre ses subjects; et neantmoins, pour/aire cognoistre à ung chacun g qu'elle désire plustost ramener sesdicts subjects à une entière obéissance ( ainsi que naturellement ils lui sont obligés ) par la doulceur , que de rechercher et user d'aultres voies plus rigoureuses , consentira que lesdictes villes délaissées pour seureté à ceulx de ladicte rèlligion , leur sojent encores laissées en garde pour ung an ou deux , comme sadicte majesté jugera estre h propos pour le bien et repos de son estât , soubs les rnesmes promesses desdicts seigneurs roy de Navarre et prince de Condé , et soubmissions portées par le cinquante neuviesme article de son dict edict , de l'an 1^77 , et conférences depuis faictes ( ne pouvant cependant pour les occasions des défiances qui sont et contineuent parmi ses subjects pour n' estre lesdictes villes remises comme il est porté et conteneu audict edict) , ordonner aultre chose ( touchant lesdicts gouvernemens de Guyenne et de Provence) que ce qui est conteneu en la j-esponsefaicte sur le cinquante troisiesme article dudict précèdent cahier , estant bien raisonnable qu'il soit satisfaict de part et d' aultre aulx choses respectivement promises. Et est accordée ladicte prorogation de la garde desdictes villes pour ung an ou deux , à la charge que les occupateurs de la ville d'Ollargues , au bas Languedoc; et Montréal , au, Carcassonnois , et Lagne en Lauraguois , de Connac en Quercy, et de Sainct Affrique en Rouergue ; et aultres qui se sont mis de leur auctorité , et par force, dedans plusieurs villes et chasteaux desdictes provinces , en vuideront promptement ; en quoi sadicte majesté désire que lesdicts seigneurs roy de Navarre et prince de Condé tiennent la main , et aussi qu'ils s'employent de leur pouvoir , selon la parfaicte confiance et asseurance que sadicte majesté a de leur fidélité et affection au bien de son service et repos de cest estât; à ce que toutes courses , ravages etpilleries , qui se font et commettent à présent par lesdicts occupateurs et aultres de ladicte rèlligion cessent; et que punition exemplaù-e se fasse de ceulx qui désobéiront au commandement qui pour ce regard leur estfaictpar sadicte majesté ^ à la charge aussi que la ville de Lunel, au has Languedoc, sera remise en toute liberté , ainsi que par V edict elle doibt estre. Et , quant à ce qui a esté remonstré d'aulcunes citadelles qui sont
encores demeurées en certains lieux , dont estfaict mention en ce présent cahier, sa majesté ne désire rien plus que de voir toutes telles marques des guerres passées esteintes et effacées ; ce qui eut desjà esté faict , si F obéissance avoit esté rendeue touchant lesdictes villes , qui sont encores reteneues par ceulx de ladicte lelligion , contre le conteneu audict edict; et neantmoins sa majesté escrira à sesdicts lieutenans generaulx , en provinces oiiVon dict estre lesdictes citadelles , à ce qu'il soit pourveu au demolissement d'icelles, tant que le besoing et la nécessité desdicles provinces le pourra permettre.
Faict à Sainct Germain en Laye , le roy estant en son conseil, le dixiesme jour de décembre \ 584»
cm. — INSTRUCTION
A M. le comte de Laval et a M. Duplessis , aulxqitels aussi a este adjoinct le sieur Constant^ de ce qu'ils auront a dire et remonstrer a sa majesté de la part du roj de Navarre et de V assemblée des Eglises., teneue a Montau ban par la permission de sa majesté; dressée par M. Duplessis. (i)
Du i3 septembre iSH^. Premièrement, feront entendre à sa majesté qu'ayant esté son bon plaisir de permettre au roy de Navarre de convoquer en la ville de Montauban les députés des églises reformées de son royaume , pour là prendre ung advis commun des moyens nécessaires , tant pour Testablissement d'ung repos gênerai, que d'ung chacung d'eulx en particulier, s'y seroient trouvés plusieurs notables seigneurs, gentilshommes, et personnes qualifiées , de toutes les provinces de son royaume , aulx-
(i) M. de Laval avoit appris cesle instruction par cœur, et la prouoncea devant le roy en son cabinet.
quels ledict seigneur roy de Navarre auroit bien au long faict entendre l'intention de sa majesté, en la convocation de ceste assemblée.
Laquelle par eulx entendue, auroient tous unanimement recogneu la paternelle affection de sa majesté envers ses très humbles subjects de la relligion , qui auroit tant daigné compastir à leurs douleurs et condescendre à leurs plainctes, que de leur avoir permis de se trouver là tous ensemble, pour les lui prononcer comme d'une voix; dont ils auroient tous esté émeus à louer Dieu qui leur auroit donné ung si débonnaire prince, et à le pryer qu'il lui plaise préserver par sa bénédiction, et sa personne et son estât.
Mais, que particulièrement ce leur auroit esté, au milieu de leurs misères, une espèce de rafraischissement et ung augure certain de quelque meilleur estât àl'advenir, lorsqu'ils auroient considéré qu'il ne se pouvoit faire que celui qui par sa bonté leur ouvroit la bouche pour se plaindre, n'eust aussi l'oreille ouverte pour les ouïr, et la Volonté encline à leurs requestes. Comme aussi ceste volonté ne pouvoit estre sans ung effect indubitable de leur bien et repos, estant icelle accompagnée d'une auctorité souveraine, et ceste auctorité, conduicte par une singuhere prudence.
Qu'en ceste assemblée le roy de Navarre n'auroit eu aultre but que de les rendre capables de toutes les volontés de sa majesté ployables à toutes ses affections, qu'il sçait ne tendre en somme qu'au bien , repos et soulagement de son peuple; et, pour à ce parvenir, n'auroit rien obmis pour le leur faire vivement et à bon escient cognoistre, par tous les effecls qu'il leur en auroit peu représenter.
Comme aussi , de leur part , ledict seigneur roy de Na-
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\arre les auroit trouvés très disposés à l'entière obéissance qu'ils lui doibvent; protestans tous n'avoir plus grand désir que de la lui pouvoir rendre aulx despens de leur vie , en respandant aulx pieds de sa majesté en quelque belle occasion , pour son service , ce peu de sang et de moyen qui, par la grâce de Dieu et la sienne, leur est demeuré de reste après tant de calamités et misères civiles.
Mais que certes, comme la clémence et bénignité de sa majesté s'estoit tousjours veue ( pour le regard de ceulx qui voyent ung peu clair au monde) reluire et esclater au travers des orages et tempestes qui avoient passé sur eulx; qu'aussi estoit il tout évident que plusieurs ne taschoient, et n'auroient depuis long temps tasclié qu'à l'obscurcir, par leurs pernicieuses practiques; dont seroit adveneu que ses povres subjects n'en avoient ressenti le soulagement que, selon sa nature, ils eussent peu recevoir, et par conséquent que sa majesté n'auroit aussi recueilli tel fruict de sa bonté qu'il seroit à désirer.
Que, pour preuve de ce, auroient lesdicts de la relligion apporté, de toutes parts, diverses requestes et remonstrances, par lesquelles ils lui auroient faict apparoir que, depuis l'espace de sept ans, qu'il pleut à sadicte majesté leur accorder son edict de pacification, confirmé et déclaré par les conférences surensuivies de Nerac et de Flex , il ne seroit toutesfois encores exécuté, ains journellement contreveneu et violé en plusieurs des principaulx articles, quelques jussions qu'il ait pieu à sa majesté leur octroyer sur les plainctes qui lui en auroient esté faictes ; choses que lesdicts de la relligion ne peuvent attribuer qu'à la négligence , connivence , ou mauvaise intention d'aulcungs officiers
et magistrats de ce royaume; lesquels, au lieu de ployer leurs volontés soubs celle de sa majesté comme ils debvroient leurs actions soubs ses commandemens , s'efforcent au contraire par leurs mauvais effects, en tant qu'en eulx est , de rendre doubteuse l'intention de sa majesté assés cogneue et déclarée par ses edicts, et par les continuelles expéditions que journellement il lui plaist leur octroyer, en confirmation d'icelle.
Ce qu'ayant ledict seigneur roy de Navarre recogneu n'estre que trop véritable, par la cognoissance particulière qu'il a desdictes inexécutions et contraventions, auroit esté d'advis , avec lesdicts députés , que desdictes requestes se dressast ungcabier gênerai, lequel, à leur instance , il auroit mis en main au seigneur comte de Laval, au sieur Duplessis, et au sieur Constant à eulx adjoinct par l'assemblée, pour présenter à sa majesté. En la confection duquel lesdicts députés, pour la moins importuner, auroient eu cest esgard de n'insérer que les poincts les plus generaulx ou de plus d'importance, estans les griefs et attentats particuliers en si grand nombre, qu'ils n'eussent peu qu'apporter ung mal de cœur à sa majesté.
Qu'en ce cahier verra sa majesté que son edict de pacification est bien loing d'estre exécuté de poinct en poinct, comme auroit esté l'intention de sadicte majesté ; que l'exercice de la relligion, par la faulle des officiers, en la pluspart des lieux où il debvroit, n'est encores establi : mesmes es provinces plus paisibles , plus esloignees de l'animosité des guerres civiles, et plus proches de la résidence de sa majesté. Que les chambres de justice , en aulcungs parlemens, ne sont encores dressées ; en aulcungs , à faulte de reglemens , se convertissent ou en retardement de justice, ou en
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instrument d'injustice. Que l'image de la guerre, et pis que la guerre mesmes, se voit encores en plusieurs lieux de ce royaume , par le moyen des garnisons et citadelles qui s'entretiennent es lieux qui en debvroient estre exempts par les edicts de sa majesté; tellement que lesdicts de la relligion ne se peuvent rasseurer, ains vivent comme en perpétuelle menace au milieu d'icelles. Mesmes que les places qu'il avoit pieu à sa majesté leur accorder contre les défiances et animosités , ont esté plusieurs fois attentées, quelques unes prises, et celles qui ont esté remises h sa majesté , emplies de garnisons , et contrainctes par citadelles. Le tout contre les termes exprès de ses edicts, c'est à dire contre la volonté de sa majesté, et toutesfois sans que , jusques ici, punition, justice, ou recherche s'en soit ensuivie. Que, pour ces causes, ses très humbles subjecls de la relligion le requièrent très humblement de foire exécuter sesdictes intentions au plus tost que faire se puisse, à ce que, soubs l'obéissance de sa majesté, ils puissent avoir quelque contentement pour leurs consciences, et quelque seureté pour leurs biens et vies; en faveur desquels ledict seigneur roy de Navarre, oultre l'interest qui lui est commun avec èulx, adjoindra volontiers sa très humble requeste , estant très certain que sa majesté, qui sur tous aultres princes faict profession de droicture et vérité, n'a faict son edict qu'en intention de le voir obéi par ses subjects également, et exécuté soigneusement par ses officiers et magistrats, et que sa prudence a assés cogneu que de l'observation d'iceulx dépend le repos de son estât , qu'elle a principalement devant les yeulx.
Que ledict seigneur roy de Navarre auroit proposé aulxdicts députés des églises reformées de ce royaume,
que le temps pour lequel les places leur avoient esté baillées en garde, pour les asseurer contre les défiances, seroit expiré; pourtant qu'ils debvoientadviser du moyen de donner contentement à sa majesté sur ce poinct; à quoi il n'auroit rien obmis de ce qu'il auroit peu alléguer; et auroient, à la vérité, tous iceulx députés, d'ung commun consentement recogneu que c'estoit cbose deue, à laquelle ils ne dévoient opposer fuite ni tergiversation quelconque; et qu'ils ne pouvoientni voulloient denier , si tant estoit que sa majesté voulleust prendre les mots à la rigueur ; lesquels ils s'asseuroient, au contraire, qu'elle ne vouldroit exposer qu'avec ceste mesme bénignité et grâce , qu'elle les avoit premièrement dicts et prononcés.
Ainsi , qu'ils se seroient resoleus de se jetter tous ensemble aulx pieds de sa majesté pour la supplier très humblement de les leur laisser encores de grâce en garde pour trois ans, pendant lesquels il lui plaise faire exécuter son edict, attendeu que leurs mesmes maulx continuent et par conséquent ont besoing de mesme remède; ce qu'ils se promettent desjà d'aultant plus de sa majesté , qu'ils pensent avoir quelques arrhes de cette sienne bénignité envers eulx; en ce que, depuis ung an que le terme est escheu, sa majesté leur a esté si gracieuse , qu'elle ne les en a voulleu presser comme elle eust peu : faisant en cela, comme ils estiment, comme le bon chirurgien qui n'oste pas l'emplastre à poinct nommé , au temps qu'il a prefix du commencement ; mais considère l'opération qu'il a faicte , et le continue selon le besoing du patient et de la playe.
A ceste très humble requeste desdicts députés, adjoindront lesdicts seigneur comte de Laval, et sieur Duplessis , et celle du roy de Navarre ; et la fortifieront
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des raisons qui ensuivent, discrètement et prudemment (i); à sçavoir tous] ours en telle sorte que sa majesté cognoisse qu'ils ne demandent lesdictes places comme chose deue, ains qui dépend de sa pure liberalilé et grâce.
Lui remonstreront donc que sa majesté, baillant lesdictes places en garde à sesdicts subjects, eut esgard comme ung vrai père de son peuple, de les garder et conserver esdictes places, en attendant que les rancunes et animosités des guerres civiles feussent amorties, comme son intention est asscs déclarée es termes exprès de son edict. Item, espéra que son dict edict seroit exécuté dedans six ans au plus tard, n'estant apparent de penser que nostre humeur deust estre si rebelle que de se roidir et opiniastrer si long temps contre la médecine, ni raisonnable de prévoir, par ung mauvais augure, qu'il deust estre enaigri pendant ce temps, par divers attentats , et mesmes par les nouveaux troubles et accidens qui sont depuis survenus.
Or est il advenu , contre Tespoir de sa majesté , que l'exécution de Tedict , qu'elle entendoit et s'attendoit faire exécuter sans interruption, a esté discontinuee par l'interruption mesmes de la paix; que la guerre, qui s'est jettee à travers, a continué et accreu les défiances et comme arraché le cataplasme , tellement que la prudence de sa majesté semble requérir que, pour parvenir à son but, qui est le bien de son peuple, le remède soit continué pour plus long temps, puisque le mal continue. Comme aussi, d'aultre part, semble convenir à son équité , plus juste bien souvent que la justice mesmes, que sa majesté ne considère pas tant
(i) Ces mots n'estoient en celle qui feut baillée au roy.
MÉM. HE DUPLESSIS-MORNAY. ToME II. /Ij.3
unof terme de tant d'années , que l'intention et espérance apparente qu'elle auroit eu , en dedans de ce temps, de composer les animosités et d'éteindre les défiances de son peuple.
Que ces défiances ne sont poinct imaginaires ni prises à plaisir, mais fondées en quelque raison, telle, comme dient lesloix, que toutes personnes sages peuvent avoir; à sçavoir, en ce que les mesmes villes qui leur auroientesté données pour seureté , leur auroient esté enlevées de force, devant le temps, sans justice; en ce aussi qu'aulcunes ayant esté remises au temps prefix, auroient aussi tost esté pourveues de garnisons ou citadelles, qui sont apparentes menaces d'en faire aultant aulx aultres ; bref, en ce que plusieurs de ceulx mesmes qui debvroient estre faulteurs de l'edict, selon leurs charges, se sont trouvés aucteurs de ces contraventions eu quelques lieux , à sçavoir les officiers et magistrats mesmes. Aussi il semble qu'au lieu de lever les défiances , pendant tout ce temps, aulcungs ayent travaillé malicieusement à les nourrir, et ce, sans doubte , afin que des défiances on veinst à ung refus des places, de ce refus à ung trouble, d'ung trouble à une ruyne, dont les brouillons feissent leurprofict ; chose, grâces à Dieu , trop esloignee , et de l'équité de sa majesté , qui sçaura bien donner et ordonner à ses subjects ce qui leur sera nécessaire pour leur repos et convenable à sa bonté , et de l'obéissance de sesdicts subjects , qui aimeroient trop mieulx s'exposer à mille dangers que de faire chose qui lui deust déplaire.
Qu'ung grand nombre de personnes de toutes qualités , entre lesdicts de la relligion , gentilshommes , capitaines et aultres, qui ont porté et suivi les armes, sont, depuis ce temps et cncores aujourd'hui, pour-
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suivis à toute rigueur par les prevosts , juges et courts souveraines , pour cas abolis par l'edict , les ungs directement et les aultres indirectement; (es ungs contre les mots exprès , et les aultres soubs l'ambiguité dès termes, esquels on leur dresse des pièges pour se défaire d'eulx , dont seroit advenu que plusieurs estant en peine, n'auroient peu avoir seure habitation qu'esdictes villes de seureté, qui en partie leur auroient esté baillées à ceste fin; et pour en sortir, attendu mesmes que ladicte seureté ne leur pouvoit tousjours durer, se seroient retirés par devers sa majesté, par très humbles requestes, pour obtenir une déclaration desdictes obscurités et ainbiguités, laquelle, soubs le nom et tiltre d'abolition, elle leur auroit benignement et libéralement octroyée ; mais que, depuis deux ans qu'ils la poursuivent , ils n'en auroient peu obtenir la vérification en sa court de parlement de Paris, quelque instance mesmes que ledict seigneur roy de Navarre en ait faict pour eulx, qui est cause qu'ils languissent en juste crainte et défiance hors de leurs maisons, en danger des prevosts, qui les courent à force comme vagabonds et prevostables, soubs ombre qu'ils n'ont seureté chez eulx, estant contraincts de la chercher, bien qu'incommodement, esdictes villes , à faulte desquelles peuvent advenir des inconveniens , tels que le desespoir tire après soi, et tels en somme qu'en ce royaume il a engendré en quelques lieux.
Que , contre ces occasions de défiances , ils eussent pris ung subject d'entrer en confiance, s'ils eussent apperceu quelques traits apparens de la bonne grâce de sa majesté envers sesdicts subjects de la relligion, nonobstant le mauvais traictement qu'ils auroient receu d'aulcungs des principaulx officiers, spécialement
s'ils eussent peu remarquer que le cœur de sa majesté eust esté vivement touché d'affection envers le roy de Navarre et monseigneur le prince de Condé, qui, par la grâce de Dieu, font mesme profession qu'eulx, et es personnes desquelles ils ont tousjours faict estât de recognoistre la disposition et inclination de sa majesté envers la généralité de sesdicts subjects de la relligion , et d'aultant plus qu'ils ont cest honneur de lui appartenir de plus près. Au contraire, qu'en tout ce temps ils n'ont peu appercevoir aulcung progrès de ceste faveur et bonne .grâce de sa majesté envers eulx , en la dispensation des honneurs, charges, dignités et fonctions, qui , selon l'intention de sa majesté, portée par ses edicts, debvoient estre indifféremment distribuées ; que mesmes le roy de Navarre et monseigneur le prince de Condé ont aussi peu d'auctorité en leurs gouvernemens que le premier jour des six ans, moins que le moindre lieutenant de province, moins que le moindre gouverneur de place; que ceulx qui veullent mal à sesdicts subjects de la relligion, voyant ceste inégalité si manifeste, s'en rendent orgueilleux et se promettent impunité, quoi qu'ils leur fassent; comme aussi s'enhardissent par là les ennemis de la grandeur et auctorité desdicts seigneurs roy de Navarre et prince de Condé, de s'auctoriser par toutes voies contre eulx et sur eulx, comme si sa majesté ne le pouvoit trouver mauvais; qui toutesfois ont cest heur et honneur naturel de n'avoir ni pouvoir avoir ennemis de leur auctorité et grandeur, que ceulx mesmes qui le sont de la sienne.
Sçait bien ledict seigneur roy de Navarre qu'on peult alléguer à sa majesté que le subject se doibt fier au prince , plustost que le prince au subject , à quoi se
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responcl en iing mot qu'il n'est pas ici question d'une défiance de prince au subject, mais de peuple à peuple, et (le subjects respectivement, qui ont receu injure î'ung de l'aultre , tous deux également subjects de sa majesté, tous deux requérant, par mesme droict, participer en sa bonne grâce, tous deux cherchant leur protection soubs son aile. Mais, oultre ce, considérera sa majesté, s'il lui plaist, que ce sont les foibles qui prennent défiance des forts, et partant, que c'est aulx forts à asseurer les foibles, aulx pères les enfans, aulx maistres les serviteurs, aulx princes les subjects; et d'aultant plus qu'ils sçavent le pouvoir faire sans danger et sans dommage, au lieu que les aultres dépendent de leur pure discrétion et volonté. Ainsi sa majesté , accordant les places à sesdicts subjects de la relligion, comme ils l'en requièrent humblement, faict proprement, au regard d'eulx, le père, le maistre et le prince; mais, au regard des ungs et des aultres, le sase et le légitime arbitre, qui faisant droict, sans acception, à fung et à l'aultre, a touttsfois ce soing particulier, que le fort ne fasse injure au foible.
Et que sa majesté le puisse faire sans danger ni dommage, n'est besoing de grande preuve; car sesdicts subjects de la relligion ne sont pas eslrangers, ni de cœur estranger, mais vraiment François, François plus intéressés en la haine de l'ennemi qui seroit à craindre, qu'aultres quelconques, soit qu'on considère la cause de la relligion ou de Testât; François qui, dedans et dehors du royaume, n'ont aulcune participation, ni avec lui, ni avec ceulx qui l'aiment; ains, comme chacung sçait, en toutes leurs affections et actions, ont tousjours désiré et cherché sa ruyne. Et après ledict seigneur roy de Navarre s'est constitué respondant en-
vers sa majesté, respondant qui, après sa majesté, ait le principal interest à la chose, qui mesmes, oultre l'interest qui lui est commun avec sa majesté, ait des interests particuliers contre celui et ceulx qui seroient principalement à craindre; et puis venant lesdictes places à sortir des mains de ses subjects de larelligion, qui les tiennent soubs la foi dudict seigneur roy de Navarre, en quelle plus seure main sa majesté les pourra elle mettre? en quelle encores qui soit plus esloignee de la jalousie et de l'envie?
Et quant au dommage qui se peult proposer en ce, peult estre que les garnisons desdictes places chargent les finances de sa majesté, oultre ce que le seigneur roy de Navarre s'asscure (pje sa majesté racheteroit bien plus cher la trancjuillité et repos d'esprit de ses propres subjects de larelligion, qui l'attendent de lui seul, considérera sa majesté que celles de Languedoc sont payées d'une crue extraordinaire sans charger l'ordinaire de ses finances ; que celles de Dauphiné et Provence ne montent pas à grand'somme ; et, quant à celles de Guyenne, pense ledict seigneur roy de Navarre qu'elle ne lui vouldroit refuser quelque nombre de compagnies entreteneues, pour estre employées soubs lui en son service , comme ci devant les ont eues ceulx qui ont eu cest honneur de tenir le lieu qu'il tient, lesquelles, pour quelque espace, tiendroicnt garnison esdictes places; et lorsque les causes en seroient cessées, comme de son costé il y travaille de tout son pouvoir, s'achemineroient en tel lieu qu'il seroit advisé pour le bien de son service , joinct que ledict seigneur roy ne feindra de lui dire qu'il craint que ceulx qui lui allèguent ceste espargne, ne le fassent que par prétexte et non à bon escient, veu que, pour le regard des garnisons qui s'entretiennent en
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plusieurs lieux contre les edicts de sa majesté , ils ne remonstrent pas le mesme niesnage.
Ces choses bien représentées à sa majesté, espèrent ledict seigneur roy de Navarre et sesdicts subjects de la relligion , assemblés par sa permission en ladicte ville de Montauban , que sa majesté sera esmeue de leur accorder encores pour trois ans , par sa clémence , les places qu'elle leur avoit ci cVevant octroyées pour six , pendant lesquels trois ans son edict soit exécuté de poinct en poinct , ainsi qu'il lui a pieu ordonner plusieurs fois.
Et ce, d'aultant plus qu'ils ne font doubte que sa majesté ne considère selon sa prudence et magnanimité, les grandes et belles occasions que Dieu lui monstre et présente, de toutes parts et à tant de fois, d'agrandir et establir son estât, qui seroit mesmes le plus abrégé moyen de le pacifier et composer, et d'esteindre et Amortir les cendres encores demi chaudes des guerres civiles; estant aujourd'hui telle, la disposition de la nation françoise, qu'elle a besoing d'un subject pour exercer ses armes , si on ne veult qu'à faulte d'icelui elle les emploie contre elle mesmes.
Ce sont les instructions qui ont esté baillées aulxdicts sieurs comte de Laval, Duplessis et Constant, de la part dudict seigneur roy de Navarre et de ladicte assemblée, lesquelles ils exposeront à sa majesté, de poinct en poinct, et y adjousteront tout ce que, pour le service dudict seigneur roy, bien et repos des églises reformées de ce royaume, ils verront et jugeront appar- ' tenir, selon leur discrétion et prudence. Faict à Monlauban.
Signé Hf.ivrt.
68o LETTRE DE M. DUPLESSIS
Jit roy de Navarre.
Du ili novembre i58/{.
Sire, nous n'avons encores rien faicten la principale charge que vous nous avez donnée , parce que sa majesté n'est arrivée en ce lieu de Sainct Germain que du 8 de ce mois. Joinct aussi que M. le comte de Laval estoit allé ung tour chez lui, au partir de Blois, d'où il n'est encores de retour, à cause de quelques accès de fiebvre qu'il a eus. Il nous a asseurés d'estre ici jeudi au plus tard; et des le lendemain nous supplierons très humblement sa majesté de nous ouïr. Cependant, sur la depesche que sa majesté a receue des affaires de Languedoc, par M. de Pontcarré , elle nous a faict cest lionneur de nous appeller, et nous a teneu ces propos; qu'elle ne nous appelloit poinct pour les affaires pour lesquelles nous estions veneus , lesquelles toutesfois elle estoit preste d'entendre quand nous vouldrions, mais pour quelques nouveautés surveneues en Languedoc, au rebours de ce qu'il avoit espéré; lesquelles il s'asseuroit cjue vous trouveriez non moins estranges que lui mesmes. Qu'il avoit pensé avoir donné occasion de contentement à M. de Montmorency, par la despeche envoyée par le sieur de Pontcarré, comme de faict, il lui auroit accordé tout ce que vous auriez jugé nécessaire pour son contentement, et vous auroit communiqué ladicte depesche, laquelle trouvant raisonnable, vous auriez accompagnée et assistée d'ung gentilhomme exprès envoyé vers M. de Montmorency, de vostre part. Qu'il recognoissoit bien en quelle sincérité vous
y aviez procédé et procédiez ; et mesmes qu'il avoit certain tesmoignage du bon debvoir qu'avoit faict le sieur de Merle , par vostre commandement, tant envers ledict sieur de Montmorency qu'ailleurs en Languedoc, pour retenir et contenir les choses en estât. Cependant , que ni de sa bonne volonté à pacifier son estât, et contenter ledict seigneur de Montmorency , ni de la vostre mesmes à advancer ce que cognoissiez estre de son service, il ne voyoit, à son grand regret, le fruict qu'il avoit espéré. Au contraire, que les armes seroient prestes de se prendre en Languedoc, et en quelques lieux seroient jà prises; que M. de Montmorency auroit jà forces et artillerie en campagne, pour battre Clermont; que, de l'aultre part, on n'estoit pas délibéré de le laisser faire; dont y auroit danger que le feu ne s'embrasast par toute la province, et peult estre plus oultre ; le tout soubs ombre d'un certain chasteau ou village, nommé Sessenon, saisi, comme on dict, par M. le mareschal de Joyeuse , que sa majesté commanderoit estre desmantelé, et qui estoit trop peu de chose pour tirer après soi une telle ruyne. Que son intention n'est poinct, qu'à l'appétit de l'ung ni de l'aultre son estât soit troublé, ni ses subjects en peine; ains qu'il veult entretenir chacung en son degré, attribuer à chacung ce qui lui appartient, contenter en somme ung chacung de ce qui est droict et raisonnable. S'asseurant, au reste, que, si aulcungs entreprennent oultre et contre cela, ce qu'il n'espère, Dieu ne le lairra despourveu de moyens, après avoir abusé de sa doulceur, pour les y amener par force. Qu'il s'asseuroit que vous condamniez telles actions; que vous apporterez tousjours toute l'aide que pourrez, à la tranquillité de son estât, comme il s'estoit apperceu , par ci devant. Et pourtant qu'il nous
68'2 LETTRE DE M. DUPLESSîS
avoit mandés pour nous faire entendre tout ce que dessus, à ce que nous eussions à vous en advertir; et qu'il desiroit qu'incontinent vous depeschissiez quelque genlilhomme suffisant et qualifié en Languedoc, pour couper chemin à ces maulx, tant en ramenant par toutes les raisons que vous sçaurez assés imaginer, ledict seigneur de Montmorency à fintenlion de sa majesté, qu'en divertissant ceulx de la relligion qui le vouldroient suivre, de prendre les armes, et sans subject, contre son service, lorsqu'il n'avoit aultre but que de pacifier son royaume, et donner occasion de contentement à ung chacung.
Nous lui avons respondeu, sire, que nous nous asseurions que sa majesté vous feroit cest honneur, de croire que vous n'approuviez aulcunes actions contre son service et le bien de son estât. Que particulièrement sa majesté auroit peu appercevoir de quelle franchise vous vous seriez employé en tout ce qui vous auroit esté commandé, nommeemcnt pour le faict de Languedoc ; et de faict, que nous oserions bien respondre, si nous estioiîs solvables de si grandes choses, que ceulx qui souloient déférer à nos conseils et advis , ne participeroient aulcunement à cest affaire; et surtout les bonnes villes de Languedoc, comme Montpellier, Nismes, Uzés, Castres et aultres, qui ne desiroient rien plus que vivre paisiblement soubs le bénéfice de ses edicts.
Sa majesté, à ce poinct, a recogneu vostre bonne affection qu'il auroit remarquée nommeement es susdictes affaires de Languedoc, et qui lui auroit esté bien tesmoignee par M. de Bellievre, lequel estoit seul présent à tous ces propos; cependant que, soubs ombre de querelle particulière dudict sieur duc de Montmorency,
contre M. le mareschal de Joyeuse , il seroit adverti que plusieurs de la relligion s'y seroient embarqués et jettes avec lui : entre aultres, les sieurs de Lecques et Porclieres, et que nombre de soldats seroit sorti des villes; mesmes que M. de Chastilloii (ce qu'il ne pouvoit croire, veu les bons services precedens en la pacification des choses ) s'y seroit , après plusieurs difficultés, laissé aller , sur ce que ledict sieur de Montmorency lui auroit remonstré le debvolr et office de parent et d'ami , en telles querelles particulières.
Nous avons respondeu , quand les armes se remueroient, soubs quelque prétexte que ce feust, qu'il estoit malaisé de contenir les soldats qui, pour la pluspart, ont accoustumé ou par nécessité, ou aultrement, de chercher la guerre sans en rechercher la raison ou la cause. Aussi qu'ils ne debvoient proprement estre nombres comme parties, ou membres des villes, ni les actions des villes jugées par les leurs. Mais, quant aulx corps des bourgeoisies, qui estoient régis par quelque ordre, qu'il n'en adviendroit ainsi, comme aussi les personnes de qualité y procederoient plus pesamment. Particulièrement , que nous espérions que sa majesté auroit meilleures nouvelles de M. de Chastillon lequel nous entendions vous estre allé trouver sur ces remuemens.
Le pis est que nous appercevons qu'on doubte que ce mal ne vienne déplus loin, et ne tende plus oultre. A quoi on est plus facilement persuadé, pensant avoir accordé à ]\1,. de Montmorency tout ce qui estoit de raison , et au plus près de ses demandes; dont on juge qu'il ne se departiroit pas, s'il n'avoit aultre chose en teste. La dessus aussi se ramentoivent les vieulx advis qui sont rafraischis par aultres nouveaulx. Tout cela
est cause que sa majesté désire qu'au plus tost vous y envoyiez quelqu'ung armé de toutes persuasions possibles, et que, si voyiez que besoing soit, vous vous advanciez jusques à Castres , pour remédier au mal de plus près. Plusieurs raisons, sire, vous doibvent porter et inciter à embrasser vivement ceste occasion de faire service au roy et à ceste couronne. Le roy monstre un désir infini de voir son estât paisible, et semble, plus que jamais, en avoir occasion; car nous sommes menacés de grandes tourmentes, lesquelles ayant à venir, bien nous servira d'avoir nostre vaisseau bien clos et couvert de toutes parts. La France aussi s'en va désormais lasse de ses folies, et aimera, sans doubte , qui aimera sa paix. Plus à propos ne seauriez vous monstrer à sa majesté vostre affection en son service, qu'en rapportant vos affections aulx siennes , mesmes en cboses comme celles ci, et utiles et honorables. Et mieulx aussi ne pouvez vous attirer à vous l'amitié de toutes les personnes d'honneur et de vertu, en ce royaume, qu'en vous employant soubs le commandement de sa majesté, pour le bien gênerai de tous. En somme, le malheur a voulleu qu'ils aient senti vos armes ; il est temps qu'ils vous sentent, en tant qu'en vous sera, instrument de leur repos.
Le sieur d'Espruneaux est arrivé depuis deux jours des estats des Pays Bas, resoleus d'appeller le roy pour leur seigneur; la royne d'Angleterre de sa part, d'entrer en communs frais contre le roy d'Espaigne. Et vous sçavez, sire, combien d'auitres desseings pendent à celui là. Jugez, sire, quel tort on chargera sur ceulx qui viendront à troubler les affaires en ceste circonstance , et combien il importe que ceulx de la relligion ne se trouvent meslés entre euix.
Aussi vous sçavez , sire, que ce feu une fois allumé, s'ils viennent à y participer, pourroit courre de ville en ville , et de province en province. Qu'en ce cas sa majesté seroit contraincte d'opposer forces à forces, et en donner la charge à ceulx qui par ci devant les auroient menées ; et vous sçavez , sire , s'il y a chose qui accroisse tant l'auctorité de vos ennemis que la guerre; et ce mal continuant, vous ne doublez pas qu'ils n'y soient des premiers employés.
Ainsi, sire, nous pensons voir le service du roy et le bien universel de son royaume estre de vostre bien et service particulier, d'embrasser la pacification du Languedoc, pour laquelle sa majesté vous escrit, et nous a commandé vous escrire , etc.
A MM. des Eglises de Languedoc .
Du i4 novembre i584.
Messieurs, nous n'avons peu estre ouïs si tost sur nos cahiers , à cause de la peste qui contraignit sa majesté de se retirer de Blois , dont nous feusmes assignés au 8 de ce mois, en ce lieu de Sainct Germain, oii M. de Laval n'est encores arrivé , à cause d'une fiebvre qu'il a eue. Ce sera, aidant Dieu, pour le premier jour. Cependant sa majesté nous a mandés ici, et se plainct grièvement des remuemens de vostre province de Languedoc, et particulièrement que ceulx de nostre relligion y prennent les armes, soubs prétexte de certains differens enlre M. le duc Montmorency et M. le mareschal de Joyeuse; que sa majesté n'entend tirer à telle conséquence que de troubler ladicte province , et mettre
en danger de nouveaulx troubles tout cest estât. Ce sont, messieurs, les propos qu'il a pieu à sa majesté nous tenir , sur lesquels nous l'asseurons que vous ne ferez ni souffrirez eslre faict , en tant qu'en vous sera , chose qui trouble la paix. Et nous vous pryons, pour le bien de nous tous en gênerai , et de chacung en particulier, de tenir la main que les choses n'empirent, et contenir les personnes sur lesquelles vous avez quelque puissance , par tous les moyens que vous pourrez. Vous voyez les affaires que nous avons à traicter ici , et n'ignorez poinct quelle défaveur nouveaulx remuemens y apporteroient. Les députés de Flandres sont aussi ici pour choses grandes. Ce nous seroit ung trop grand regret d'avoir servi d'achoppement à leurs affaires, et d'empeschement à leur bien. D'ailleurs, vous sçavez, messieurs, ce qui feut dernièrement concleu à Montauban, d'éviter soigneusement toutes actions et occasions qui nous pourroient rejetter aulx misères civiles. Et vous sçavez que le feu et les armés ne tiennent poinct de mesure , et qu'on ne les arreste pas à poinct nommé, quand elles sont une fois esprises. Vous adviserez donc, messieurs , et nous vous en pryons , à contenir les choses , et d'aultantplus qu'il plaist à sa majesté adviser par sa prudence à les ramener en bons termes, et à ceste fin escrire au roy de Navarre , pour s'employer vers M. de Montmorency , et tous aultres qu'il appartiendra; lequel nous espérons, soit par l'envoi de personnes d'auctorité, soit par rapprochement de sa personne, y apportera bientost les remèdes nécessaires soubs l'auclorité et commandement de sa majesté. C'est , messieurs, ce que nous avons pensé de vous en escrire, sur ce qu'il a pieu à sadicte majesté nous desclarer et commander; et sur ce, après vous avoir humblement