‹ Mémoires et correspondance de Duplessis-Mornay (volume 2)Chapitre 9 sur 83 · A M. LANGUET · texte numérisé non relu

A M. LANGUET

faulte, quand, vous demandant vostre advis sur ces poincts, je dis le mien tout d'ung coup , lequel toutesfois je ne vous escris que pour estre plus amplement corrigé par le voslre. De M. du Pin(i), je n'en attens rien ; car il m'a souvent dict que tous ses papiers feurent portés à la court de parlement , et à peine aussi m'cust il celé ce thresor là. Quant au dessein du Pérou, je Tapprouve infiniment; mais je crains que nous n'ayons plus de difficulté h trouver un prince capable d'y prester l'oreille, qu'à prendre pied ferme en ce pays là. Je le thésauriserai donc attendant que Dieu adjouste la puissance à ung que je sçai qui en auroit bien la volonté. L'effect d'Angleterre me semble indigne : à la vérité j'eusse désiré qu'ils eussent suivi une aullre voie, car les libelles fameux ne se doibvent pas ainsi mettre à tous les jours; mais on se plainct fort que la loi a esté tirée par les cheveux, et que, pour les faire punir, on a déterré une vieille ordonnance de la royne Marie; Dieu veille qu'on ne la déterre poinct elle mesme. On m'escrit que M. de Cimiers feut prié par la femme de M. Stupp et aultres ses parens d'intercéder pour lui. S'il est ainsi, et qu'il ne l'ait faict, comme ils dient, je pense qu'il a laissé eschapper une belle occasion d'acquérir la bienveillance du peuple à son maistre, ou d'en diminuer la haine; il est assez pradent pour s'en estre advisé, et pourtant plusieurs jugent de là que monseigneur enfin descondra, s'il peut, ce mariaige, ayant tenu si peu de compte de se faire aimer au païs. liiitia malorani /lœc , tieduin finis. J'ai veu ici des lettres d'Allemaigne, escrites à Couloigne, qui parlent d une grande armée qui s'y prépare soubs

f i) Secrétaire d'eslat du roy de Navarrq.

un chef muet, avec plusieurs particularités. Je crois que ce seroit ces levées de bouclier de la Franche Comté; toutesfois nos petits brouillons ne travaillent pas en vain , pour le moins sans dessein. Je ne vous escris poinct de nouvelles, vous estes à la source. D'ores en avant je prendrai les argumens de vous escrire, puis que ce désert m'excuse; mais vous ne me rendrés pas la pareille, s'il vous plaist. Vous sçavés comme Philippe Melancthon a esté bruslé en grand triomphe à Munich , et comme le feu se meit au chasteau pendant la feste , et les lions eschapperent qui empescherent de courir au feu. Justa Domini judicia. Sur ce , nous saluons humblement vos bonnes grâces, et supplions le Créateur, etc.

A M. de Danzaj, ambassadeur du roy de Dannemarck.

Monsieur , ayant receu vostre lettre du 29* de décembre, je A'ous y avois faict response , et dressé ung petit mémoire que je vous envoie; mais comme je despeschois le messager , celle du 1 1'' de novembre me feut rendeue , et aussi deux de M. Languet, et parce qu'il me prye de lui escrire particulièrement, comme le faict gênerai que nous poursuivons a esté conduict des le commencement, je lui ai bien voulleu satisfaire; je vous en envoie une copie. Je serois fort aise qu'il y exist chose qui vous pleust et donnast quelque soulagement. Ce m'a esté très grand plaisir d'avoir cognu par vostre dernière lettre du 3* de novembre , que ne désespérez du succès de ma négociation , comme pour

certain nous ne debvons; mais plustost recognoistre le fniict qui est proveneu de nostre labeur en ce faict. Car, si le roy de Dannemarck n'eust esté confirmé par les lettres du roy de Navarre, je ne sçais qu'il feust adveneu ; et si ledictroy de Dannemarck eust subscript au livre de Concorde, il eust esté soudain publié, au grand préjudice de toute la chrestienté; mais par la constance et libres remontrances , il a donné craincte aulx aucteurs du livre de Concorde, confirmé ceulx qui s'y opposoient, et donne occasion à plusieurs de n'y subscrire par les raisons qu'il allégua publicquement à Gustrau , l'an passé, en la présence de l'électeur de Saxe ( combien qu'ils ne contestèrent ensemble de la relligion), ou plus de cinq cens gentilshommes allemans se trouvèrent. Car le roy de Dannemarck n'est poinct dissimulateur.

Si les roys et princes accusés , auxquels ce faict touche , ne s'en veullent mesler, de telle affection que l'importance le mérite , il est évident que les particuliers travaillent en vain , et combien que leurs escrits et remonstrances servent beaucoup , si est ce qu'elles tourneront à néant, si lesdicts sieurs princes ne veullent faire leur debvoir.

Il nous fault asseurer que la royne d'Angleterre s'y emploiera fidèlement (veu la déclaration qu'elle en a faicte), et que plusieurs seigneurs d'auctorité, qui sont auprès d'elle, sçauront bien user de l'occasion quand elle se présentera , car ce faict ne touche moins sa majesté et le royaume d'Angleterre que celui de France.

Cependant le roy de Navarre ne se doibt oublier, ne délaisser la poursuite de ce qui a esté si heureusement avancé en son nom. Je vous proposerai deux moyens

pour ce faire; i'iing gênerai, l'aulfre particulier. Quant à la généralité, nous poursuivons ung synode gênerai. Le roy de Dannemarck ne defauldra à son debvoir, et vous voyez que les ducs Cazimire de Hanhald de Pomeranie, et le landgrave de Hesse poursuivent plus vivement et diligemment ledict synode gênerai, que les princes accusés, qui demonstrent n'en avoir aulcun soin. Puisque les piinces sont insimulés de plusieurs hérésies, il me setuble qu'ils ne sçauroient plus commodément ne facilement desmontrer leur innocence, et le tort qui leur est faict, que par une confession de foi, qui soit proposée au nom desdicts seigneurs princes; car il ne nous fault tant travailler à prouver nostre innocence, qu'à clairement desmontrer les calomnies des théologiens qui ont persuadé à plusieurs princes et seigneurs, et au commun peuple d'Allemaigne, que nous ne croyons point que le vrai corps de Christ nous soit comnuuiiquéen sa sainte Cène, quoique nous le disions, et que nous nions que Jésus Christ soit Dieu tout puissant. Davantage ceux qui nous accusent , ne sont poinct incités d'un vrai zèle de la relligion, ains seulement d'une ambition et cupidité insatiable de vengeance, qui est le pis , et où des théologiens à leur dévotion doctes, eloquens et d'esprit aigu et subtil , qui , volentes et scientes j peccciiii, et qui peuvent desguiser ung chat en loup. Mais Dieu soit loué , qu'il y ait des princes en Allemaigne qui le cognoissent. Ce considéré , il seroit à désirer qu'il pleust au roy de Navarre envoyer une pure et simple confession de sa foi aux princes susdicts,en son nom, et en demander leur advis. Cetteconfession sera d'aultant plus agréable à tous, et plus facilement receue , qu'elle sera simple et claire. Que le

roy de Navarre déclare son opinion des articles qui sont en controverse, entre ceulx de la relligion reformée ( à quoi les Eglises des Pays Bas ont amplement satisfaict, selon mon advis). Qu'il demonstre les calamités qui proviennent de telles controverses, et qu'elles ne se peuvent mieux finir que par ung synode gênerai , comme iesdicts princes confessent. Pour ceste cause, qu'il les prye joindre leurs pryeres aux siennes, pour plus facilement obtenir de l'électeur de Saxe (duquel le tout dépend) qu'il consente au synode : je ne puis penser qu'ils ne s'y emploient aussi facilement que le rov de Dannemarck : et si ledict électeur refuse leur intercession (ce que je ne puis croire, veu l'équité et l'importance de la cause), il est certain qu'ils lui contrediront, d'aultant plus quant au livre de Concorde, et par ce moyen , nous romperons ou empescherons tous les desseins.

Puisque le roy de Navarre est publicquement blasmé de son honneur, je ne puis voir cause qui le doibve garder ne empescher de se défendre et conserver, et de promptement envoyer quelques suffisans ministres devers Iesdicts princes, pour leur faire cognoistre son innocence. Je crains seulement que pour ce respect ses adversaires en France ne le accusent envers le roy , qu'il faict nouvelles pratiques en Allemaigne contre sa promesse, et qu'il veult troubler son estât. Pour ceste cause, je vous ai escrist ci devant qu'il ne seroit mal à propos qu'il fist entendre au roy de France ( s'il ne l'avoit auparavant faict), pour quelles causes il estoit contrainct d'envoyer en Allemaigne, car tels voyages ne se peuvent celer. Voilà , quant au gênerai , qui ne se peult procurer ne accomplir sans ung long temps. Quant au particulier , il est nécessaire de user promptement et

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diligentement de l'occasion qui se présente, que je vous déclarerai.

Il est certain que l'électeur de Saxe sera en Dannemarck sur la fin du mois d'avril prochain , et plusieurs princes d'Allemaigne de la relligion reformée; pourtant il me semble qu'il seroit bien nécessaire que le roy de Navarre escrivist derechef <?//! roy de Dannemarck pour ]e remercier du fidèle debvoir qu'il a faict pour avancer la cause commune, et le pryer de continuer, s'offrant l'occasion (comme pour certain il fera), et y adjouster les aullres argumens que vous savez propres, pour asseurer et augmenter leur commune amitié , et croyez qu'il lui peut escrire comme à ung prince qui lui est ami très affectionné. Aussi qu'il lui plaise escrire une aullre \^i\.Ye ^wàSx. électeur de Saxe . i ".Qu'il l'a tousjours teneu pour ung de ses meilleurs amis, voire pour père. 1^ . Que quehjues théologiens d'Allemaigne l'ont publicquement insimulé de plusieurs hérésies, et les Eglises reformées de France, contre tout droict et raison. 3° Qu'il est contrainct de défendre son honneur, et remonstrer l'innocence desdictes Eglises. 4"- Ql'c P'^i' telles accusations , le roy de France est irrité contre lui ; il est rendu odieux à plusieurs grands seigneurs qui lui esloient auparavant amis, et ses ennemis daubant plus incités à lui nuire davantage, que le pape et ses adherens ont d'aultant plus d'occasion de lui covu^^e sus, et convertir leurs forces contre les Eglises reformées de France, qui ne se peult faire sans l'effusion du sang d'une grande noblesse et de plusieurs gens de bien ( qui ont tant de fois demonstre vertu et consîance pour la défense de la vraie relligion), et d'ung nombre infini de povres femmes et enfans innocens. 5". Qu il désire surtout que ledict électeur ait vraie cognoissance de son intégrité

et innocence, aussi que ce lui est une véhémente douleur d'entendrê~qu'il n\t conceu une mauvaise opinion de lui. Pour reste cause, qu'il le prye très affectueusement vou Hoir lire et considérer la confession de foi qu'il lui envoiera de brief, par homme exprès, et la déclaration de son opinion sur les articles de la relligion qui sont en controverse; et s'il y trouve quelque erreur, ou chose ambiguë, ou qui ne soit assez clairement expliquée, qu'il le prye lui voulloir doulcement remonstrer selon la charité chrestienne , et qu'il suivra volontiers son ad vis, s'asseurant qu'il sera conforme aux escrits des prophètes, apostres et le commun consentement de l'Eglise orthodoxe. 6°. Cependant qu'il prye ledict électeur user de son auctorité envers lesdicts théologiens, afin qu'ils le déportent de le blasmer et detracter de lui et des Eglises de France, jusqu'à ce qu'ils y aient esté suffisamment ouïs. 7°. Parce que le droict des parties ne peultestre plus facilement cognu ne déclaré , ne les dissentions qui sont entre ceulx de la relligion reformée plus promptementne seurement finies, ne composé que par ung synode gênerai et libre, qu'il prye très affectueusement ledict électeur de voulloir nommer, quelque lieu oh il puisse estre teneu , et aussi le jour , et qu'il ne fauldra d'y envoyer, et les Eglises de France. 8°. Qu'il a envoyé pour mesme cause et fin devers tous les roj^s et princes de la relligion reformée, afin qu'ils ne adjoutent foi à ceulx qui detracteront de lui et des Eglises de France. Aussi, pour faire cesser telles calomnies et injures aux pays de leur obéissance, jusques à ce que, par ledict synode gênerai , il soit suffisamment demonstré en quoi les Eglises de France errent en la relligion. 9°. Qu'il ^ expressément commande à ceulx qui sont allez devers^les aultres princes, que, après avoir eu leurs

advis, ils aillent trouver ledict électeur, afin que le tout soit resoîeu et concleu, selon qu'il advisera et jugera estre expédient pour composer lesdictes pernicieuses contentions en la relligion, ([ui sont cause de tant de tristes calamités que la clirestienté a soufi'ertes, et partira , ci après, s'il n'y est promptement pourveu, et qu'il approuvera volontiers son advis.

Les articles qui touchent l'honneur du roy de Navarre, sa personne, ses mérites envers ceulx de la relligion, et la guerre, aussi l'effusion du sang du povre peuple, se doibvent traicter gravement et amplement , les ungs afin que ledict électeur voye les malheurs que telles condamnations et dissentions apportent. Que le roy de Navarre lui a esté tousjours vrai ami , qu'il ne Fa jamais offensé ; néanmoins qu'il semble que lesdictes condamnations ayant esté seulement faictes pour totalement le destruire; les aultres, pour esmouvoir ledict électeur à pitié, qui sont champs assés amples, pour donner plaisir à tel esprit que le vostre.

Jai expressément dict que le roy de Navarre avoit envoyé devers les roys et princes de la relHgion reformée pour trois causes. L'une , afin que ledict électeur, estant pryé du roy de Dannemarck d'accorder au roy de Navarre sa juste pryere, il y veuille plustost consentir et avec son honneur, que d'attendre que les aultres princes l'en requièrent. L'aultre, afin qu'il cognoisse que toute la chrestienté entendra le tort qu'il faict à plusieurs roys et princes par telles condamnations. La troisiesme qu'il n'a occasion de deffendre l'insolence de quelques corrompeus théologiens, pour offenser tant de princes. J'ai ceste espérance en Dieu , si le roy de Navarre escrit une si honneste et affectionnée lettre audict électeur, qu'il en aura bonne responce; car je

A M. DE DANZAlY. 91

vous puis asseurer que le roy de Dannemarck lui en parlera de très grande affection , aussi , qu'on ne demande (qui est le principal) que chose saincte, juste et très raisonnable.

Et quoi qu'il fasse, si les princes susdicts demeurent en leur opinion, et y soient contlrmés par les remonstrances diidicl roy de Navarre, nostre parti en Allemaigne ne sera moindre que celui de nos adversaires. Mais j'ai ceste opinion que ledict électeur sera à la fin vaincu par prières et par la raison, quand il verra la délibération et poursuite qu'en faict ledict roy de Navaire.

Je fay souvent mention d'une confession de foi générale escrite au nom du roy de Navarre pour ces causes: 1°. Que je ne me puis apercevoir d'aullre moyen pour deraonstrer son innocence en la relligion que celui là. 2^. Qu'on y ajoutera plus de foi, et sera plus agréable qu'à ung particulier. 3". Qu'on ne lui reprochera qu'il confesse aultrement de bouche qu'il ne croit de cœur, comme à ung tlieologien, aussi j'ai cesle opinion que les théologiens d'vlllemaigne accepteront plustost la confession dudict roy de Navarre, que du plus docte théologien qui vive mesmement , s'd met en l'article de la samcte Cène une pure et simple confession de ce qui est suffisant à nosire salut, car cela est le subject de union et concorde. J'envoie à présent une reforme d'une particulière confession de la saincte Cène, parce qu'elle est agréable au roy de Dannemarck, et approuvée des principaulx théologiens de son royaume, et quand il la monstrera audict électeur, il lui dira que telle est son opmion , et espère que ledict électeur ne la rejeitera. Aussi j'ai mis la controverse qui est entre les théologiens «c //2o«f6>/?/-<^j-e/z//^, et mandiLcationis corporis

ga LETTRE DE M. DUPLESSIS

Christi m sacra Cœna , vous y ajoulerés et changerés ce qu'il vous plaira. Quand nous conviendrons de ce qui est nécessaire à nostre salut, il est certain que ceste controverse sera d'autant plus facilement finie. Je fay mention de Chytraeus et de Jacobus Andrse, principaulx aucteurs du livre de Concorde, afin que Tung soit cogneu impudent calomniateur par ses escrits, s'il attribue telle erreur aux Eglises de France; et l'aultre ung pernicieux docteur, par le jugement de plusieurs princes et doctes théologiens d'Allemaigne. J'ai ci devant envoyé à M. de Villiers ung exemplaire de la raison dudict Chytraeus : je vous prye , monsieur, pourvoir en tout comme vous jugerez estre expédient et nécessaire; quant à moi , je n'ai rien promis, ne donne espérance à personne quelconque de ce que je vous escris; ne ferai que selon vostre advis; nul n'aura occasion de s'en plaindre : Dieu veuille conduire le tout à son honneur et gloire. Si le roy de Navarre s'y veult employer, je vous prie, monsieur, autant affectueusement qu'il m'est possible, que vous m'en veuilliez en gênerai advertiren toute diligence, et que c'est qu'il veut poursuivre généralement ou particulièrement , afin que je puisse préparer ce qui sera nécessaire pour l'avancement et accomplissement de ce qu'il désirera. Estant en doute si l'électeur de Saxe viendroit par deçà , je ne vous en ai osé asseurer, afin que ne fissiez entendre chose au roy de Navarre, audict électeur, estoit agréable à M. Languet, et la lui voulleust présenter, je vouidrois de bon cœur que sa majesté lui en donnast la charge , car il la sçauroit mieulx conduire que personne que je sçache; mais il ne fault mettre ce bon sieur là en peine. Jesçai que vous ne ferez rien que de son consentement; ledict électeur doibt partir de Dresden le troisiesme

A M. DE DANZA.Y. gS

d'avril , pourtant il ne sera en Dannemarck que sur la fin dudict mois. v

Le roy de Pologne avoit ci devant pryéje roi de Dannemarck d'envoyer ses députés à Stettin , ville du duché de Pomeranie, au commencement du mois de janvier dernier passé , et qu'il ne fauldroit d'y envoyer les siens pour convenir des articles d'une ligue ou confédération ensemble contre le Moscovite : ceulx du roy de Dannemark s'y sont trouvés, mais le Polonnois s'est excusé. L'on dict que ledict Moscovite a envoyé devers lui, pour faire paix ou trêves. Je ne doute poinct qu'il n'accepte volontiers l'une des deux conditions, veu le peu de moyen qu'il a de continuer la guerre, aussi que les estats de Pologne veullent avoir la paix. Je suis très marry que monsieur se soit allé embrouiller avec ce mariaige, car cela ne faict que diminuer sa réputation et honneur; et s'il ne succède , je crains que telle pratique ne soit grandement préjudiciable à l'une et à l'aultre partie. Pour le moins, il n'y aura jamais amitié entre eulx , dont infinis maulx peuvent advenir et à eulx et à plusieurs aultres. Si vous entendes quelque chose certaine de laroyne d'Angleterre , je vous prye très affectueusement, monsieur, m'en advertir; car comme vous sçavez cela est d'importance par deçà. Aussi je vous prye me faire cest honneur que je sçache souvent de vos bonnes nouvelles, car je vous promets qu'elles me sont de très grande consolation. Je ne vous puis dire aultre chose de feu M. de Varenes , sinon qu'il estoit de Picardie, et que feu madame la duchesse de Valentinois, pour quelque faulte qu'il feit, eut la confiscation de son bien. Je vous envoie la forme de son cachet : je ferai pour son fils comme s'il estoit le mien propre.

Monsieur, je me recommande bien humblement à

94 LETTRE DE M. DUPLESSIS , cic.

vostre bonne grâce, et prye Dieu de vous donner très

heureuse et longue vie.

Ce dernier de febvrier i 58o.

Vostre obéissant ami.

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