XIV. — ^ LETTRE DE M. DE MIRANDE
ji M. Duplejsis.
Monsieur , depuis le parlement de MM. de La Primaudaye et Bouchereau, Tenvoi en court de M., de Bessay a esté suivi de MM. de La Gresçonniere et Duparc d'Arctiiac, sur les advis qu'on a eus des grabages suin^eneus à Paris , à cause de la mort du baron de Lux. Les diemiers ne sont chargés que d'offres de service à leurs majestés en ceste occurrence. Je ne sçais s'ils seront veus de bon œil ; ils se le promettent ainsi, st je le désire de bon cœur, afin que toutes choses se
4B LETTRE DE M. DE MIEANDE, ete.
puissent terminer comme elles doibvent. Nostremaisoft de ville avoit esté privée de surseoir sa deputation, de peur qu'elle se vendiquast la gloire d'avoir trouvé la quadrature du cercle. Elle a feict tout ce qu'on a voul* Jeu , et donné le devant à ceulx qui vont peult estre conter par delà que sans eulx, qui y ont mis la bonne main , toutes choses alloient mal. A la fin , elle a aussi faict une deputation de MM. Gargouiiieau et de La Goutte; le dernier estoit obligé d*y aller, quand il n'eust poinct esté député; Taultre va fiiire son coup d essai, n'ayant pouict encore» esté employé en tels messages; il est pourtant d'un bon haras, et crois qu*il . ne fera poinct mal. Pour le regard de nos particularités et divisions domestiques, il se recognoist visiblement qu'elles ne sont animées que du dehors; car depuis que les ressorts secrets qui les faisoient jouer se sont ung peu retirés , toutes choses sont fort tranquilles. Le mal est que nous avons peu de gens voués qui veuillent ou puissent recognoistre cela; et que par plusiejii^ petits libelles et gazettes qui viennent du dehors,.toutes choses sont entièrement en verdeur*
Du 20 janvier i6t3.
ji MM. les députés de la reconciUaiian, (i)
Messieurs , j'estime que maintenant , par la grâce de Dieu , l'afTaire de Xaintonge est composé , qui tenoit depuis si long temps nos églises en fiebvre; et partant » qu'il s'en va temps de penser à leur donner quelque
(i) Ou pour la recoaciiiation des priaâpaab( de la relligion..
LETTRE DE M. DUPLESSIS, etc. 49
meilleure habitude ^ qui semble ne pouvoir procéder que d'ung bon consentement de toutes les parties; ce qui faict que je m'adciressc à vous, cjui aviés esté esieus et ordonnés de messieurs du synode national de Privas pour procurer, par la gueriaon de tant de casseures , une saincte u a ion entre nous, et t|m , je inasseure, après toute la peine que vous, .y aves prise , par je ne sçais quelle fatalité, vous appercevés asaés, par les syuiptumes qui en arrivent , que rintérieur n'est pas bien net partoul ; que ceste cure y d où que le. mal en vienne, n*a esté que palliative, partant a besoing que ' Vous mesmes y remettiës la main à bon escient, qui ne. debvés poinct croire ni vostre commission finie , ni vostre conscience pleinement deachargee tandis que ce mal dure. Je dis donc, messieurs, soubs vostre permission, qu'au premier jour vous vous debvés donner le loisir de penser sérieusement à pprfiiire cest œuvre , non simplement pour tirer de nous m des signatures, ni des sermens de renoncer au passé et d'estre lions amis à Tadvenir, ce 'qui sufBroit penit estre si nous n'avions rien à agir ou à souffrir ensemble, mais bien d'avoir mesme. but pour le bien de Testât et de .nos églises , et d'y contribuer nos affections et nos actions unanimement; par où leurs ntajtr^stes puissent faire plus solide .fonds .de nostre obeissanœ et fidélité en toutes ocoasicNUs quelconques; nos églises aussi, soubs le beni'iice.de leurs edicts, en reprenant leur ancienne liaison et concorde, se garantissent du mespris et se rendent plus uules à leur service.
Pour à ce parvenir, semble qu'il seroit nécessaire que vous, messieurs , qui avés. vocation de nos églises à procurer, et. leur hfeo en gênerai , et particulièrement ceste junion, convipssiés ensen^^ble, ^ppellassiés telles
MbM. DB DuFLVttU-MoRVAY. ToUtB XII. 4
5& LETTEE
-personnes doulces, de pieté et de prudence, que sçaurés. bien choisir, du but qu'aujourd'hui nos églises se doibvent proposer, et duquel les principauix membres d'iceiles doibveist estre imbus, pour y diriger leurs actions, et des procédures .qui s'y doibvent tenir, à ce que désormais nous ne soyons poinet distinguée, ou plustost divisés, par estre dicts youlloir la paix ou la guerre; prendre le milieu ou les extrêmes, suivra foibles ou forts conseils , dont nous nous entrediffii^ mons xni' faisons profiot les ungs des aultres, et bien souvent, selon que la chaleur npus porte, nous laissons emporter k termes plus odieûx; mais, unis en intention et moyens , n'ayons aultre contention que de faire à i envi le bien public, lequel sans doubte, par la bénédiction de Dieu, 4|ai accompaignera oe&te concorde ,• nous verrons autant prospérer de jour en /jour en nos mains que, par le nialiieur de nos discordes, noue' Tavons veu déchoir depuis nng an et quelques mois. '
• Par forme d'ouverture, et soubs vos meilleurs jugegeroens, je m'expliquerai plus clairem^l. Je pense que jusques ici , p»r tant de tentatjvee- faictes par nos églises eu court , à diverses reprises , nous debvons avoir recogneu toujt ee que nous pouvons attendre pour le présent de leurs majestés sur 'nos requestes ; et que, soit que la condition de Testât né le comporte, ou que la contradiction des adversaires lemporie , les importunités que nous pourrions continuer vers leurs majestés ne nous produiront rien qu ung blasme de n'avoir jamais faict, et de leur estre tousjours en charge. En attendant donc que Dieu leur touche le cœur, ou leur ouvre les moyens de nous nueuix iaire , tnon advis seroit que 'nous en demeurassions où nous
DE M. DUPJLËSSIS. 5l sommes, sans les presser sur les articles de nostre cahier , sur lesquels ne nous est poinct encores (aict de droict , nous contentans de presser par messieurs uos depulés gèneraulx l'exécution réelle des choses qui nous sont accordées , nommeement du mémoire baillé par M. de Rouvray , et de faire reparer les griefs, et satis-* &ire aulx plainctes de Tinexecution ou contravention de nos Eglises. Ce qu'estant par vous approuvé, seroit besoing , par Tentremise des personnes de créance entre elles, de les en rendre capables ; ce que j'estime ne seroit malaisé, quand on leur en representeroit les raisons et utilités. J'adjouste que cest ad vis estant trouvé bon de vous, messieurs , et par vos diligences, de nosdictes Eglises, et des personnes nommeement desquelles elles vous ont recommandé et commis la réconciliation, j'entendrois que messieurs nos députés gèneraulx feussent chargés de remercier très humblement et solemnellement leurs majestés au nom de nos Eglises, des favorables responses qu'il leur auroit pieu 6ire sur plusieu») articles de nostre cahier , avec sérieuses protestations de leur gratitude, fidehté et obéissance; et neantmoins pour ne faire préjudice aulx grâces et faveurs à venir, leur coulassent que ces grâces de leurs majestés leur font espérer que quand la condition de leBffs affaires le portera, elles ne leur desnieront pareille faveur et clémence sur le surplus, lar-'jelle ils tasclieront de mériter par toutes sortes de très immbles services.
Les utilités que je prétends de cet advis, sont celles ci : premièrement que nos Eglises, quijusques ici ont flotté entre craincte et espérance , sçauront à quoi se tenir, et prendront terre et assiette en la condition qu'il plaist à Dieu leur donner, pour la mesnagcr à sa
gloire, délivrées de Tapprehensioa et anxiété en laquelle elles ont esté que la feroielé, soit de nos poursuUeâ , soit du refus, les jet tas t enfin en trouble. Secondement : que la royne recevant ceste asseurance de nostre contentement et protestation de noslre dévotion, agitée qu'elle est de diverses inquiétudes, se trouvera en repos de ceste part, et prendra plaisir, pour nous continuer en icellc, de nous faire exécuter ses promesses, et lever les occasions de defiiance. Ce que, demeurant lés choses en suspens^ elle ne feroit qu'à regret, ni ses ministres soubs elle. Mais qui plus est, peu a peu prenant confiance de nous , se resouldra à plus forts conseils contre ceulx qui vouldroient troubler Testât, ou dedans ou dehors, ne doubtant poinct, par 1 exemple des choses passées, que nostre fidélité concurrente avec celle de ses boçs subjects catholiques romains, ne soit suffisante, avec la grâce de Dieu, de la tirer de tous affaires. Troisiesmement: que ces catholiques romains, amateurs de Testât, que nous sçavons
avoir tant déplore nostre division, voyans inic bonne , union reslabUe entre nous , et icelie bandée ù bten faire, reprendront avec nous , de tant plus 4]u*ils voyent les anciens partis, par la diminution de nostre ^«'^ngi se renouer en ce royaulme ; dont consequemment ils s'encouragei^ont à toutes choses bonnes. Quattriesmement : c[ue par là nous nous préparerons à avoir nostre roy propice et favorable, lorsqu'il viendra en majorité; temps qui (si nous n'y prenons garde) nous aura at- Uappé premier que nous y avons pensé; quand il nous trouvera bien unis ensemble au bien de son estât , nous entretenans bien avec nos concitoyens de reiligion contraire, et surtout ayans tesmoignage de la royne de l'avoir fidèlement servie pendant sa minorité. Peult
cstre mesmes que entre ci et là aura elle eu subject de l'esprouyer en quelque occasion importante; tellement que par là il attendra de nous les mesmes services que le feu roy son pere , partant nous départira mesme protection ; au lieu que si sa majesté trouve la royne en aigreur vers nous , ou nous à elle en charge , y a danger que les prétendons recens deservtces n'effacent les anciens notables services , et que les jeunes conseilleps qui se trouveront auprès de lui, par la suggestion de nos malveiilans, ne lui Ëissent essayer ses- premières vigueurs et rigueurs contre nous. Ores pour refermer lentameure que nos procédures ont peu faue en Taffection de la royne , et de ceulx qui ont la direction des aiFaires, le témps qui reste entre ci et la majorité ne nous sera poinct tiop long, au moins si nous voulions que la cicatrice s'en efl&ce, Ginquiesmement : que tous . ceulx avec lesquels nous avons à converser, et aulx"quels nous sommes en quelque sorte comptables de la profession que nous fiiisons de TEvangile , quand ils verront que nous aurons compassé nos nécessités à celles de Testât , nous auront en bonne odeur, et eu* suite U profession que nous faisons pour nous estimer désormais membres utiles et nécessaires, au lieu de nous retrancher comme nuisibles; surtout si Dieu nous ftict la grâce qu'en cest entretemps il se présente quelque occasion en laquelle nous fassions voir à la royne et à Testât, que, quand nostre relligion nous est asseuree, il ne nous reste auitre marque ni livrée de parti qu'une fidélité moins variable, en tant que non hypothéquée à auitre respect ni scrupule quelconque. Sixicsmement : que les princes et estats voisihs et alliés de eeste couronnne, faisans mesme profession que nous, vers lesquels on nous a scandalisés de désir de nou-
Yeaulté, à Toccasion de ces longues poursuites « nous Joueront de les avoir terminées , en nous accommodant l\ l'eslat des affaires do la clirestienté , et des leurs mesmes, qui ont besoing que ce&t estât demeure en paix, pour estre assistés de sa puissance contre ceulx qui 1rs peuvent troubler. Au lieu qu'ils prendroient occasion de nous blasmer, si on s'excusoit ou exemptoit de les assister, sur Fapparence que* nous donnerions de voulloir troubler le dedans , raison qui nous doibtde tant plus esmouvoir, que nous voyons le duc de Savoye s'armer apparemment contre Genève, de laquelle ou la ruyne ou le péril nous seroit imputé. Et à ces raisons et utilités s'en pourroient adjouster beaucoup d'aultres que vous pouvés assés juger, et qui ne se peuvent commodément commettre à la plume.
Ores, messieurs, cest advis soit soubmiSi à vos prudences; mais s'il a ce bonheur d^estre approuvé de vous, ou aultre meilleur, tendant à mesme fin, j'estime qu'il sera du tout besoing que deux de vous prennent la peine de revoir ceulx vers lesquels vous aviés eu charge de la part de messieurs du synode national , pour les leur faire agréer, et soubs icelui concevoir la vraie et essentielle reconciliation qui vous est commise; afin que nos volontés et nos esprits, sans varier, soient portés à mesme &n et par mesmes voyes. A quoi des à présent , et à tout ce qu'il vou^ plaira en ordonner, je me soubmets et promets m'employer de ce peu que je puis. Dieu, par sa grâce, veuille ouvrir nos yeulx au bien , et addresser nos pas k le suivre, etc.
Du »3 janvier 161 3.