I.A^LETTRE DE M. DE ROUVRAY
• MoNSiEUii, j'ai receu celle 'qu'il vous a pteu m'escrire par la poste , dans le paquet de M. le' président Jeannin, et la dernière par la voye du messager. Vous estiés encoi'es en quelque espérance qu'il se pourroit rhabiller quelque chose de la déclaration touchant les conseils. C'est à quoi nous avons faict tout ce qui se ' pouvoit d'instance. L'on nous a dict que si la chose estoit en son entier , que vostre advis eust este suivi. Celui que Ton a ici eu de la resolution prise à La Rochelle , d'accepter ladicte déclaration , et se contenter de ce que la royne nous offire pour le présent, a donné ici une joye fort générale» J'en ai de ma part et Faurai plus grande, si rien n'aesclaté plus avant depuis l'arrivée de H. de &ohin en ce lieu ; car je tiens qu'il
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.est du bien du service du roy , de l'utilité de nos fiiires et de nostre propre honneur , que nos désunions ne paroissent dadvaatage c|u dles ont faict jusques ici, et mesmeinent qu'en la résolution qui a esté prise là, M. de Rohan y'^aye quelque part du gré, puisque, par mauvais conseil, il a esté diverti de l'avoir toute entière, jugeant bien que demeurant avec mesconten* tement, combien qu*il soit deschu de ce qu'il se pro-' inettoit dans La Rochelle , qu il trouvera neantmotns d ailleurs assés de paille pour allumer le feu, lequel, pour peu de commandement qu^il n'y a , ne produira que trop d*embrasemenl en la saison, et aulx termes ou ce povre estât est reduict A quoi j adjouste que la considération de M. de Rohan seul est asséfs de poids pour donner ce désir à la roy ne, qui, bonne et sage comme elle est, en quelque saison de fermeté que puisse estre Testât, y doibt désirer la conservation et non la ruyne d ung tel seigneur^ et quant à nous, Tinterest gênerai de nos Eglises y est S|i visible, qu*il n'en fitult poînct aller au déni. En vostre particulier, monsieur, je m'asseure que vous y ressentes ce qui vous y peult toucher et concerne particulièrement , sans vous arrester aulx mauvais procédures dont il a usé envers ' vous, telles, sans double, qu'elles poun oient faire, cabrer ung esprit moins solide , moins attaché au bien public , et moins charitable que le vostre , en ce changement duquel je vois diverses fins se tirer. Je ne doubte poinct que divers projets ne se fassent ; voilà le premier mouvement que je prends, du jeu que j'y doibve jouer, et à quoi je serai grandement joyeux d'estre fortifié de vos bons et sages advis. Je parerai , autant que je pourrai , au mespris que Ton y pourroit prendre de lui, pour éviter les effects d'ung désespoir,
LETTRE» ete.
auquel, par ce moyen, on le pourroit porter, que je prévois ne pouvoir estre suivi que de mauvais et dangereusL ineonvenieiis , ét pour Testât et pour nous mesmes. Et à cela, monsieur, vous pouvés et puissamment et dextremement travailler , comme je m'asseure que vous ferés, pesant beaucoup mieuhc que moi les suites de cela. Possible nous trouverons nous à ceste heure en une assiette plus propre que nôus n*avons esté jusques ici , d'une soKde reunion de tous ; car chacung ayant eu son tour, le reste se rendra plus aisé à joindre à Tadvenir. Ainsi de nos mauk Dieu lireroit ung grand bien. Je le juge ainsi, et ce de tant plus que j'y vois les propensions ; de deçà dont quelques termes s'estoient Jettes, j'attendrai à vous en donner plus particulier advis, quand Pon en sera venu plus avant. Je vous avois escrit par advance d'ung jour ce que dessus ; maintenant "vous verrës , par ce qui voua est mandé d'ailleurs , ce que j'ai mal exprimé, de quoi vous fere's vos jugemens de celle que voici , qui est ta pareille de vos advis, etc.
DmS janvier i6x$.
4 M. Marbofdi.
M. Marbaiitt, je vous escris celle ci d'avance. Je receus hier au soir une ample despesche de nos députés de La Rochelle, des 8, lo et 1 1 du présent. Vous aviés sceu que M. Dubois de Cargi oy estoit alléà Sainctiean, pour faire venir M. de Kohan , et on cioyoït que c'estoit en intention d'avoir le gré de la conclusion de l'af«* iaire selon les propos qu'il en avoit eu à diversea re*
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prises avec M. Bouchereau. Mais, tout au rebours, il a tenté des son arrivée, qui feut le 9, tous moyens de rompre et de révoquer la résolution prise eu la maison de ville, en suscitant la lie du peuple contre le magistrat, tellement que la ville a ordonné gardes aulx can* tons et capitaines pour y commander, qui ont reprimé la folie preste à esclore, et ont ùàct cognoistre à lui et aulx siens qu'ils ne voulloient poinct de trouble. Cela les estonne, et neantmoins ils persévèrent ; mais le 1 1 an matin , la maison de ville lui desclara qu'elle ne voyoit poinct qu*il feust besoing d^assemblee; qu'elle nous scandalisoit dedans et dehors le royauline; que la royne < nous maintenant ee qu'elle avoit promis' par M. de " Bouvray, nous nous debvioiis contenter; que pour son particulier ils ne le voulloient pas abandonner, mais qu'ils le pryoient aussi de ne les pas perdre; qu'ils estimoient qu'il debvoit escriic a la royne pour la contenter, et qu'ils joindroient leurs lettres pour la supplier de lever tous les cfaangemens qui avoient esté faicts auk propositions présentées par M. de Rouvray, tant pour son particulier que pour le public. Et de là, voyés combien il est nécessaire pour finir une fois cette confusion que sa majesté soit conseillée de s*y resouldre. A quoi ont tendeu plusieurs de mes précédentes. Là dessus il a demandé que ces remonstrances feussent entendeues eu la maison de ville, pour la nécessité de tenir l'assemblée dont nous n'avons poinct encores Tisseue. C'est en espérance d'y faire entrevenir quattre de chacune des huict compaignies, qui seront toutes deux contre tout ordre, aGn de contrecarrer la maison de ville et la bourgeoisie , quelque remonstrance que M.Merlin lui ait faict au contraire, qui par avant suivoît ce parti,^ et s'en confesse trompé. Le sens moral de toul
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ceci est, qu'il avoit promis à ces partisans en diverses provinces de faire déclarer La Aochelle et s'en trouver court. D abord il dict au président qu'il parloit le ian« gage de Paris; mais qu'il s'ahusoit, que la \ille estoit en sa disposition. Cela a faict ouvrir les yeuix à beaucoup de gens. M. de La Primaudaye feut afu devant de lui. Grand comme vous le sçavës, il ne feit pas semblant de le voir. M. Boucbereau y feut introduict par M. Merlin. Forte plaincte contre moi, comme l'ayant abandonné, et de partie deveneu médiateur; ce que j'avois predict à M. de Rouvray, lorsqu'il feut d'advis que je feisse le voyage. Mais pour qui estoit il que pour lui? Au reste, à lui mesmes forces rudes paroles, et les moindres epithetes sonnent la trahison. De long temps j*ai apperceu de la fatalité en ceste conduicte; maintenant plus que jamais, qu'il dict : «Que La Rochelle veuille ou non, rassemblée tiendra, et sinon chez elle, ailleurs » ; faisant valoir l'arrivée de Sainct Angel de Perigord près de lui, qui publie que, sî nous n'avons la guerre, tout est perdeu, et que toutes lesauitres provinces n'attendent que le mot. Cependant nos députés se voullant retirer après avoir esté reteneus du maire par trois fois, plusieurs gens de bien les ont encores pryés de demeurer; M. Bessay mesmes (tout ardent qu'il est), aultrenient que tout se perdroit. A quoi ils ont acquiescé, nonobstant toutes sortes d'indignités qu'ils ont souffertes. Ce qui me laisse encores quelque espérance que M. de Rohan vouldra revenir; mais par le sentiment de la seule impossibilité de faire aultre chose, et à contretemps et de mauvaise grâce. Je me ronge en vous escrivant ceci; mais vous m'estes tesmoing que je Tavois de long temps preveu , et moins m'en est il fiischeux à supporter* Cependant^ si sur
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eeste suite du baron de Lux, tué par le chevalier, il eust scieu prendre son parti , comme je lui en ai donné advis à temps, il pourroit amener son affaire à tel poinct qu'il eust voulleu, en obligeant la royne. Et neantmoins je ne me puis encore» lasser; feust ce par les cheveulx, et m*en deust il voulloir du mal à jamais, je n'omets encores aulcung effort pour Ten retirer. C'est ce qne vous en communiquerés àM. de Rouvray, dont le sommaire est ; Qu'en vain couvre je tant que je puis ce mal entendeu^puisqu il veult qu'il paroisse ; mais d'abondant que le mal estoit irrémédiables! nos députés ne se feussent formalisés , ainsi qu'il leur avoit escrit.
Depuis j'ai receu les vostres du 9 courant , par le lacquais de madame de Rohan; et du 12 courant, par Pordinaire à raesine lieure. Je vois bien que M. le président Jeannin a remis sur vous l'article des conseils , afin de n'engager Fauctorité deja royne, ni la' parole du conseil. Si est il nécessaire qu'il en parle h messieurs nos députés generaulx, s'ils veullent que ceste tolérance entre eulx resoleue, fasse fruict dedans les peuples offensés de la defïense. Cependant j'ai faict extraict des propres termes esquels il s'est exprimé à vous , et en donne présentement advis à nos députés à La Rochelle. La vérité est qu'ils s'y sont, et vertueusement et prudemment, portes; et que sans eulx, qui faisoient Tou- Terture, ceulx de La Rochelle n'osoient entamer. Aussi ne les peuvent ils laisser revenir; et après leur congé pris deux et trois fois , les retiennent encores. Des que j'eus lai nouvelle de l'acte du chevalier en la personne du baron de Lux, je leur despescbai , et, par M. Boucbereau, donnai à M. de Roban 1 advis que m'escnvés lui estre donné de monseigneur le prince , et qu'il prist l occabiou à ia cbaulde. Je n'eu ai encores response^
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désormais cest office viendroit bien tard ; et , en
l iiuiueur où je serni^ je ue crois pas qu'il ait oreille pour j entendre. Ce que vous pouvés assés juger par le style des lettres de ceulx aulx passions desquels* il s*est abandonné, desquelles que vous dirai je, sinon en commisération de nos députés; le mot du comique* y II Y a ici une citation grecque qu'il rCa pas été pos" sibie de lit-e). Mais le plus déplorable est quelles lui feurent communiquées à Sainct Jean, devant, et n*y osa répugner. Je crois que la craincte qu'on a eue de nos brouillcries , et que nous ne feissions profict des leurs,, a hasté la grâce du clievalien Cependant une injure impunie en invite une plus grande* et y a jà quelque temps que je ne me puis tenir de dire que M. de Bouillon a de quoi penser à lui. Gè qui lui deb vroit estre ung aiguillon pour faciliter la souldure de nos cassines; et à nous tous, pour nous rendre plus utiles à Testât. Je verrai ce que M. de Rohan dira à M. Bouchereau ; et selon cela, le public remédié, n'obmettrai rien pour remettre ce qui seroit disloqué. Mais je vous répète encores qu*il estoit du tout impossible aultre» ment. Je suis bitn aise du bon cliemin où sont mes pensions. Je ne sçais s'il se trouvera rien, pour mes debtes. M. de Buillon se Êiict bien tirer pour achever mon payement. Je vous rcconirnande mon marché de La Caiilere et M. François. Mais je desirerois fort que vous presentassiés une requeste à messieurs de la direction en mon nom, narrative des grandes ruynes qui sont en ce chasteau, tendante à ce qu il leur plaise ordonner commission à quelqu*ung de MM. les thresoriers de France, pour se transporter ici, et en fane son procès verbal, pour sur iceiui ordonner quelques fonds; car pour les trois ponts seulement ^ j*en serai pour plus
AH. MARBATILT* /|5
de cinq censescus, sans les aultres ruynes. Cela vieudroit à temps, pour lors que Testât se dressera ; et f ailleurs es re^ponses de M. Cahier y a ung article exprès qui promet d*y pourvoir. Je vous prye de ne uegliger poinct cest affaire, tandis qu'on est en bonne humeur vers mot. Des que je sçaurai que vous pourrés toucher mille escus comptans par delà sur mes penaions, je vous envoyerai mon contract, pour fiiire avec madame de La Tremouille pour les lods et ventes ié
la forest , etc. '
Du 1 8 janvier |6i3.
XUI. LETTKE DE M. D'AEASENS .
jI m. Duplessis.
Mon SIEUR f il y a asses long temps que je ne vous ai poinct escrit, ne s'estant rien trouvé de nouveau
en nostre republicque y pendant que le différend de La Rochelle nous a teheus en incertitude de son evene-^ ment; et maintenant que tout s'y est conformé au désir de la royne, paisiblement et en quelque sorte avec advantage des Eglises, je me veuxL conjouir-atec vous d'une si sainctc œuvre , qui a principalement réussi par la dextérité de vostre entremise , et croit on asseurement en.;ce$te court que sans vous plusieurs, ayans pour hut de n'estre poinct contens de rien qu'on leur eust peu offrir, alloient ppusser les afiaires dans 1 ex-< tremité; lesquels vous.avés aidé à ranger souhs la raison, et contenir dans les bornes ^'une juste obeis-> saQ<;e. Le voyage que M. de Rolian a faict à La ilochelle a laissé quelque tintouin en roretlle de ceulx qui tousjours ont raoDStré l'avoir délicate; el de faict, le séjour
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qu'il est mandé y faire, donne soupçon de quelque dessein^^ et feust ptîult estre à désirer fjuo ce seigneur eust tiré à soi la gloire de cest accommodement, en acceptant promptement ce qu*on offroit. U a semblé aulx gens de bien de de( à , (]ifon poiivoit se conteoler plustost que d'espérer dadvantage par le troubie ; la paix, estant grandement nécessaire pour conserver la monarchie en caste foible minorité qui , en sa rupture, alloit unir les papistes, la division desquels se formant de plus en plus et à veue d'œil , ayant à produire des nouveaultés, améliorera grandement la condition des Eglises, si on laisse faire k nature. On renoua ici le traicté de mariage d'entre madame Chrestianne et de M. le prince de Galles. Les conditions qu'on stipula pour la seureté de la relligion de madame seront dures aux Anglois, car on demande qu'elle ait en son train quattre personnes ecclésiastiques; ses officiers de bouche et de chambre. Français; chapelle, et place pour baptiser et enterrer les catholiques; mais la renonciation qu'on entend qu'elle fasse, et le prince avec elle, de tout ce que ci après elle pourroit prétendre de droict sur la couronne et biens patrimoniaulx , ayant à se contenter pour tout de son dot de sept cent mille escus, sera bien do plus difficile digestion, si ce n'est que l'exemple moderne du roy d'Espaigne serve de véhicule; touteslbis les Bspaignols ont plustost stipulé ceste renonciation, leur £Ue ayant droict à la succession , que les Français qui ent leur loi Salique, n'estoit qu'on voulleut espérer Roussillon, Navarre et Bearn. Le cas advenant, je vous supplie, monsieur, me vouUoir esclaircir si ces couronne et principaulté sont annexées à ceste couronne, sans que les masies isseus de ceste maison n'y puissent plus rien espérer par l'exclusion que feroient les roys de
France à cause de ceste seule annexion. Nous traictons encores de confédération avec les ailles anseatiqués et le roy de Dannemarck, qui en redoubte la suite , Se hnoïi volontiers emporter à celle d'Espaigne. Les ambassadeurs de Tarchiduc sont pour cest effect avec lui. L'empereur prend le mesme train que son devancier; tout à la dévotion de Rome et d'Espaigne. Les princes cependant voyent le mal , mais n*y pourvojent poinct; an contraire, se déchirent par fiictions : les ungs se dûtbvent assembler, et nous rechercher d'entrer en leur ligue; ce que ne feront pas s'ils ne la font plus solide, au regard du secours qu'on aut*a à donnera Toppressé, et perpétuelle ; de quoi le roy de la Grande Bretaigne s^entreroet. Devant hier feut ici tué M. de Bethune en duel, qui n'est pas petite perte; car c'estoit ung gentilhomme véritablement vertueux; maison l\i voulleu perdre; de quoi M. de Villamould vous dira les particularités, etc.
Dq 19 janvier 16 13.