CCXVI. — ^ LETTRE DE M. DE ROUVllAY
M, Duplessis.
MojNSi£:ija, mon retour de Fontainebleau en ce lieu, le jour mesme que le dernier messager est parti, feut cause que vous n^avës eu dè mes lettres par lui. Maintenant je vous dirai pour response à plusieurs que j'ai i^ceues de vous, depuis les dernières que je vous -ai cscrites, que j'ai continué à faire sentir quasi par toutes
MsAi. u£ DupLESSis-Moaif Air. Tomb xu, iiQ
. LETTRE I>£ M. D£ AOUYRAY
les provinces, comme je vous avois mandé que j'avoif commencé à faire au Hault Languedoc et BasseGuyenne , les prises que la prooédure de ceste dernière province' en son svnode donne à nos adversaires , et les ad vantages qu'ils en veulent tirer , lesquels sous leur nom Je déduis si amplement, que je m'asseure qu'il y aura pea de personnes qui ne soyent marris de celà. Je le faia de façon neantmoîns que ladicte province n aura subject de se plaindise du sieur de Aonvray, représentant tout ce qui se peult dire d'excuses, et lesquelles, en efiéct, j'ai ici exagérées y leur ayant dict qu'ils se deb* voient à eulx mesmes imputer ces egaremens» aukqueb Ton donne quelque subject par le refus ou inexécution des choses justes et promises « attendu que la concession d'icelle est le plus seur et plus puissant moyen qu'aye le prince de retenir ses subjects en Tobeissance qu'ils lui doibvent. Il fault neantmoins nous retenir "dans les bornes, et fortifier nostre droict plus par pa* tience que par impatience. Je m*asseure qu*ti viendr» quelque goust de demeurer dans ces termes ; car il n'y a quelque province où, par de nos amis particulier» , je n'aye espanché cela , è\ ce n*est le Poictou et l'Anjou , et celles qui vous altouchent, dont je me suis asseuré que vous n oublieriés rien ; tellement que je me promets qu^an synode national l'on ne prendra du tout ce train; mais possible sera il repris principalement, si ' deçà ils donnent contentement, comme ils me promettent sur mon mémoire, qui A esté fort examiné les deux, jours avant que le conseil se soit retiré de Fontainebleau, et oii Rouvray feut oui, et là représenta fort librement tout ce qui se peult dire là dessus; plu^ sieurs choses y feurent accordées, sur lesquelles on desiroit qu'il donnast advis par les provinces. Il respon-
A M. BUPLESSTS. 45 r
^kft que les plainctes estant non sur le default des ^ûCessiokis, tnais des exécutions, qu'il ne pouvoit plus avant {celles ni parler ni escrire. Ainsi Ton remit à quand Ton seroit ici pour travailler auk efTect^ es choses qui se pou voient promptement effectuer; leur ayant faict gousler la raison que vous specîBés dans vostre lettre à la royne, telle à la vérité qu il n y a riea à désirer; approuvant aussi grandement le project que
vous avés, pour nous faire mieulx: goustcr à ceste majorité , vous suppliant d'y hastir ce que vous verres à propos pour T^dvenir; car je m'asseure quHl se trouvera beaucoup de gens capables de le bien recevoir et faire valoir. J'ai faict voir vostre susdicte lettre à plu- «ieurâ, et particulièrement à tout plein de fort hoq<« nestes gens qu'il y a ici de Montpellier à Nismes, qui l*approuvent grandement et s'en sentent bien fort vos ôbligés. Aujourd'hui le baron de Saugeon m'a faict voir celle que M. de Koban escrit à la royne, respondant k une qu'il avoit receue de mesme teneur que la Vjûstre. Je m'asseure qu^on en secouera ici les oreilles* Je vous en ferai avoir la copie si je puis. Il a escrit quant et quant au sieur de Rouvray, qu'il remercie de . bi franchisé qu'il tesmoigne au baron de Saugeon, et de ce qu'il lui a envoyé des advis qu'il ne pouvoit sçavoir d'ailleurs, et la copie du mémoire qu'il a donné aulx niinisUes, lequel il loue et approuve en tout et partout. Vous aurés veu la copie de l'advis donné par M. de Bouillon, sur lequel j'attends le vostre. Quant à fuoi , j'esliiiic 1 1 coniineace à recognoistre qu'il y ressentira ung effcct de son malheur ordinaire , à sçavoir que ni les ungs ni les aultres n'en recevront contentement; et certes s'il m'eust creu , il ne Teust pas donné par jcscrit; aussi n'a il pas esté désiré sans mystère. Du
452 LËTTA£ ,D£ M. D£ ROUVRAY
depuis neanfmoins , ces matières ne se soni poinct ag^*
tees, et le tout est demeuré fort court. De quoi le sieui; Armet a eu charge de fiiire quelque plaincte , et d'ea
demander la raison à M. le chancellîer, et quant el qi^ant sçavoir de lui si la royne veult qu'il fasse le Toyage de Guyenne avec elle, afin qu'il s'y prépare
pendant qu'il est chez lui. A quoi il lui a esté respondeu qu'oui; et pour le surplus, on n'a poinct eu de response.
L'on tient asseurenieiu que M. d'Espernon nest poinct content; et de faict, il a fort veu et entreteneu M. de Nevers ici, avant son parlement pour Metz (oii Ton ne croit pas qu'il doibve beaucoup demeurer et y laisser son fils). U y en a qui croyent que tes ungs et les aultres, mescontens des ministres, pourroient bien se raccommoder ensemble. Mais je vois en cela deux pièces mal aisées à unir. Toutesfois nous sommes en ung siècle oh il ne se fault estonner de rien. Je vous envoya la copie d'une lettre de M. de Bouillon au sieur de RouTray, receue aujourd'hui, où vous verres ses agitations et appréhensions qui lui ont esté réveillées par son propre interest. Mais, quoi que c en soit, poussant à Tespaule pour le contentemant des Eglises, comme aussi j'y ai convié et engagé M. le mareschal Desdiguieres, possible se fera il quelque chose de meilleur. Je vous supplie que j'aye vostre advis sur ladicte lettre.
J'oubliois à vous dire comme M. de Sully a esté voir à Ghasteauroux M. le prince, entre les bras duquel lui et son fils se sont jettes, et ce tout ouvertement Le baron de Saugeon, qui revient aujourd'hui devers Imï à Mouron, me l'a ainsi rapporté; et comme mondict sieiirle prince lui en a bien promis et conté ici, Ton leur brasse tous les jours quoique attaque, et surtout
sur la charge du fils. A Gargeau , l'on veult mettre ung
lieutenant de roy; ce que Icdict M. de Sully ne veull endurer, et en a faict response à la royne, qui avait envoyé ung valet de pied pour lui proposer. La province s'écrie là dessus, et nous cliarge d'en parler vigoureusement; ce que nous ferous. Depuis ce commencement ci dessus, j'ai receu la vostre dernière, du a de ce mois, où j'ai vostre advis sur le mémoire et advis de M. de Bouillon, dont je vous ai envoyé la. copie. C'est la vérité qu'il remonstre chaussure à son pied. Pour rassemblée nationale, je vois aussi vos sentimens; bien joyeux que vous approuviés le procédé que nous y prenons, pour nous demesler d'avec les plus cchaufFés; et cependant je juge bien avec vous qu'il fault tousjours avoir ce baston à la main pour ie hausser ou' baisser selon que les choses iront. Nous àvons aujourd'hui receu lettres, de messieurs du corps de ville de La Rochelle, sur ce faict, qui estiment que nous n'y debvons rien presser jusqu'au synode national. J'espanciie partout autant que je puis ce sentiment, que la majorité du roy nous doibt trouver en une meilleure assiette, tant entre nous qu'envers Testai; et c'est à quoi il fault travailler de toutes parts. J'avois bien sceu l'envoi de ces poudres à Angoulesroe, et 111 en a voit on parlé et diet que c'est pour les magnificences du voyage du roy et de la royne. C'est la veritc que M* de Rohan'se trouvera aulx estats de Bretaigne, et ainsi le tiennent aussi tous les siens. Matlame sa niere a veu M. de Yilleroy et M. avec lesquels elle
est entrée en matière, ayant adoulci suivant vos advis, et où je l'ai fort reconfirmée au style qui lui estoit prescrit ; mais tout cela est encores sans forme. Le sieur de Rouvray lui a conseillé de ne proposer le retour de
454 LETTRÉ DE M- DE ROL VRilY , etc.
M. de Rohao , aîns leur donne qvelque femp^ pour h»
iroir venir; car j'ai recogneu que cela se doibt mesim* ger délicatement. Cependant Ton verra ce que deviendront les affaires du Bas Languedoc, d'oii les députas viennent dans quelques jours , et me larde grandement de voir cela terminé. Je vous en envoyé une lettre^ Leurs depulës au synode national sont MM. Gigord at
Bansillon, n^iinislies; et MM. de Sainct Privât cl Massanes. Nous ne sçavons encores leurs résolutions SUF l'assemblée générale. Cela ira selon leurs contentemana ou mescontentemens. Je vous envoyé aussi une lettre qui ma esté addressee de Lçyden« M. ûumoulm ne m'a encores rien faict sentir sur son affaire. Vous ver» rés ce que M. de Bouillon m'en escrit. Ce que nous retournons à Fontainebleau , où le çonseii est contri»^ mandé pour s'y rendre lundi au soir, arrestera que je ne pourrai presser cçst affaire. De là, je m'en irai i^ir^ ung tour chés moi, oU je n'arresterai que quinze jours, pour me rendre ici nu temps que je juge que toutQ la court s'y ramassera. Pour TafTaire de Pousauges, j'ai ireu ce que vous nous escrivés. Mais je Tois cest affaire se porter à une descente, si par vostre entremise il n*y est porté quelque accommocieme^u; ce qui est fort à désirer, veu Tavance que m'a rcipr^^^té Mr de La WiU letiere de deux bastimen^.
Nous allons enfin, après ne pouvoir plus reculer, travailler à ||t chambre de Tedict, oîi nous ramar^ querons ung echai;itiilun de ce qqe nous debvoni» espérer, etc«
Du 9 noTeçpbre
CCXVIl.^'^ LETTRE DE M. DUPLESSIS
A M, de Romrajr.
Monsieur, j'ai receu les vostres du 9, avec celles qui y estaient joinetes; vous aurés depuis soeu par les miennes le passage de monseigneur le prince en ce lieu, du 6; il ra'avoit fort asseuré qu'il rcpasseroit, • mais il a eu ung gentilhomme de M. de Nevers, qui Ta hasté, et pour ce il a pris son chemin de Graon à La Flèche et à Vendosme, pour l'abréger. A La Flèche, le sieur de La Varenne le festoya, et soupa avec lut, le fils de M. d^Espernon et quelques aultres.
J'espere que les despesches que vous avés faictes touchant les adtantages que nos malveiilans prennent des procédures du synode de Basse Guyenne , porteront coi][) vers tous ceulx qui n'ont interests que le bien de nos Eglises; et cependant vous verrës par ung petit mot ci inclus, que je viens de recevoir, que le conseil de XaiiUonge, arrivé de Bretaigne, porte en meuneendroiot; mais je veulx croire que U synode sera plus sage. Vous avés très prudemment laict de desclarer à ces messieurs , que vous ne pouvés plus vous arrester aulx promesses , car aussi ne gueriroient- elles de rien; mais s'ils daignent déférer à Tac! vis que je donne à la royne, par mes lettres, et prendre bien le temps, il y a apparence d'opièrer puissamment dans nos provinces, et surtout fault commencer par le contentement du Bas Languedoc, Je serai bien aise d'avoir copie de la lettre que M. de Rohan a eàcrite à la royne, sur le mesme subject. M. de Parabere se trouvant en peine de la response qu'il avoit à faire à une semblable, m'a
456 LETTKK DE M. DUPLESSIS, ete.
envoyé Sibor ej^pres; je lui ai baillé copie de la inieuoe , adjoustant plusieurs raisons pour s'y conformer, et ceste concurrence ne vîendroit que fort à propos. Par mesiue voye, j'eus lettres de M. de La Rochebaucourt, qu'on appelle a}ijourd'hui M. de Brassac» lequel, sans là maladie de sa femme , me yenoit voir ici , et tient eslroictè correspandance avec moi. J'ai considéré la lettre que vous escrit M. de Bouillon, du a. Je le vois tousjours dans les tenues generaulx, qui ont besoing 4'estre. reduicts à quelques spécialités.. Si on satisfaict Yostre mémoire, on coupera racine avec peu. de con^ tradiction à ces desordres, sans qu'il soit grand besoin^ que nous nous en decWions satisfaicts au préjudice des aultres; cai* ce seroit tousjours entretenir une division, s'il n'y est poinct satisfaict, recours à impetrer rassemblée nationale, à laquelle chacung à l'envi porte ce qu'il doibt. Je desirerois itoutesfois qu'il s'en yavir leust expliquer dadvantage. M. le prince me paria ici de M. de Sully, comme l'ayant laissé en fort bon train ; vous sçavës ce que cëla veolt dire; celui pourra estre ung support contre l'innovation pretendeue.à Fargeau. M, de Rohan a"^ présidé aulx estats de.Bretaigne,.et.on croît qu'il repassera bientost en Poîctou. Je me promettois bien, que vous n'approuveriés pas les termes
dont on avoit embouché madame de Rohan. Certes,
je ne comprends poinct la raison, ni d'ung si hault air, m d'ung si fort style. Je n'ai eu aulcune response dcPousauges, et ne sçais quelle resolution ils prennent.
On leur faict croire que M. de Rohan obtiendra tout
du comte de Caravas; ce que je ne cuide pas, etc.
Du i5 noTeabi^
LETTRE, eus. 4^7