‹ Mémoires et correspondance de duplessis-MornayChapitre 102 sur 142 · CCXX. — * LETTRE De M, de La Ravatxîiere à M. Dttplessis · texte numérisé non relu

CCXX. — * LETTRE De M, de La Ravatxîiere à M. Dttplessis

MovsiEUE, je crois que tous atirés sceu la £içon et

avec quel regret je me suis embarqué pour venir ici, et les instances que je ieis pour n amener pomct les gens d'Eglises, sur l'advis que j^avois de plusieurs lieux de la prise de ce lieu, quoique j'eusse receu ung nouveau commandement de la royne pour les mener, tant par lettres que par la bouche de M. de Beauvais Nangis, que sa majesté envoya exprès à Cancalle, avec sa lettre qui portoit créance sur lui. Enfin, monsieur, je ne vous sçaurois représenter les afflictions et tourmens d'esprit que j*ai receus à mon embarquement, et n'ai peu me resouidre en ma conscience, pour la sentir genee, qu'au bout de quinze jours que relaschasmes en Angleterre , oii j'ouvris mon cœur à M. Soutlif pour recevoir de lui consolation; laquelle il me donna, me disant que ^s'il eust esté en ma place , il en auroit faict autant comme moi , et que ma conscience n estoit nul* lement ofFensee, puisque c'estoit la volonté et par le commandement de la royne; me disant aussi que si le roy d'Angleterre lui avoit commandé de mener des jésuites aux Indes, qu'il leferoit, quoiqu'il soit ecclésiastique. Enfin , il ne ine restoit plus de scrupule que la promesse volontaire que je vous a vois faicte, et à beaucoup de mes amis sw? cela. Il me dict que je ne faisois tort qu'à moi mesmes, et que cela ne vous im-

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portoit; avec une infinité «Taultres bonnes raisons qui m'ont mis en liberté; car véritablement je crois que Dieu nons envoya ceste furieuse tourmente à Ouessant , afin que, reiaschant en Angleterre, je feusse délivré de Tangoisse que j avois, de, laquelle je feusse mort en mon voyage; comme je crois, sans les bons advis de ce sainct personnage qui ne se contenta pas de cela seulement, mais qui nous assista de tout ce qui nous feit besoing; nous prestant jusques à 3oo escus pour nous accommôder; et déplus, je îek festin aulx capucine chés lui> qui ne se passa sans qu'il leur feist paroistre leur erreur. Le gouvernéui* de leur feit fort

bonne chère aussi et leur donna forée provisions au partir, et madame sa femme leur voulieut donner argent et or en bonnes quantités. Je crois que toutes ces courtoisies là, venant des huguenots, ont esté cause qu'ils m'aiment tant comme ils font; car ils me rendent plus de debvoirs d'amitié que H. de ftàzilly, et ne me scandalisent jamais, ni les miens non plus, me tenant en cela ce qu'ils me promirent à Gancalle, par escrit. Il en est mort ung ici, Tauitre s'en va en France, les auhres deux sont en cesie isie, oh ils ont desjà baptisé douze ou quinze personnes. Ils sont resoleus ne donner aultre iastructiôn auU sauvages que leur faire cog- . aoîstre Dieu et Jésus Christ crucifié pour nostre salut. S'il en demeurent là, cela ne seroit que bon; mais je «rains qu'ils fassent comme TEscossois. Ce sera comme il plaira à Dieu , lequel je supplie vous bénir et toute vostre maison; vous suppliant me pardonner la faulte que j*ai faicte , et ne Vous en scandaliser , puisque je h*aî aultre but que de servir à la gloire de mon Dieu, le reste de ma vie, voullant l'achever par sa grâce en la foi de mon saulveur. Ayés tousjours ceste créance de

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moi, monsieur, et que je serai toute lîia vie vostre plus humbieatfiddlê serviteur, RAVAaDlËR^,..

Et depuis ma lettre escrite, Voyant nôii affaires en boa estât, et nous tous ayant signé une bonne union et corraspondanoe entre cevAx <fii avoieAt ung peu le

sang chaud , je me suis resoleu d'aller ce mois de mars, Dieu aidant, avec cinq cents Indiens et cinquante Fran^ çois, me promener pour un g ou quinze mois dans

Ie3 rivKies de Para, de Pacajara, Conioupa, Amazonnes et branches d'icelles, Ouitre les contentemens que je recevrai en ung si beau et long voyage d'y fiiire

quelque chose de bon, en ce que cognoissant seulement des esclaves qui sont ici, qu'avons sauvés paraostre veneue,qui sont de ces rivières sdsdietes, ils nous disent qu'il y a ung grandissime nombre de peuple qui ne demande que le trafic de ferraille et auUres bagatelles dont ils sont bieù pôvres. l'envoyé encores descottvrir d'ung aultre côstë trente ou quarante hommes; car je ne veul& perdre temps, tant que je Miis iei, etd.

IhiaS nov«iiibr« 161I.

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